02/08/2026 dedefensa.org  4min #322083

 Les débris de la France et Xenia Fedorova

Le sort « politicien » de Xenia Fedorova

Andrew Korybko

Les critiques de la politique française concernant le conflit ukrainien sont de facto criminalisées.

La France a ordonné l'expulsion de Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, qui vit dans le pays depuis près de dix ans et partage régulièrement des points de vue pro-russes sur les plateformes médiatiques françaises. Le motif invoqué est que ses opinions relèvent de la désinformation et visent à déstabiliser la société. Certes, tout pays est libre d'expulser qui il veut et pour n'importe quel motif, mais l'image de la France est désastreuse dans ce cas, car le pays se présente comme un bastion des valeurs occidentales.

Parmi ces valeurs figure la liberté d'exprimer des opinions politiques dissidentes dans certaines limites raisonnables, limites que Mme Fedorova n'a jamais franchies puisqu'elle n'a jamais appelé à la violence et n'a aucun lien avec un quelconque service de renseignement étranger, notamment russe. "Semer le doute sur la légitimité du soutien apporté à l'Ukraine", l'une des accusations portées contre elle, selon les révélations de Mme Fedorova, revient à criminaliser les critiques de la politique française concernant la guerre par procuration menée par l'OTAN et la Russie en Ukraine.

La France joue aujourd'hui un rôle disproportionné dans le conflit ukrainien. De l'extension de son parapluie nucléaire vers l'est jusqu'à la Pologne, conformément à sa nouvelle politique de "dissuasion avancée", à la fourniture à l'Ukraine de renseignements ciblés sur les infrastructures russes situées profondément à l'intérieur de ses frontières universellement reconnues, et même à la planification d'un déploiement de troupes en Ukraine après un cessez-le-feu, la France a tout fait pour devenir le membre le plus influent de l'UE contre la Russie. Ceci risque d'entraîner un affrontement conventionnel avec la Russie, susceptible de dégénérer en Troisième Guerre mondiale.

Les médias français qui donnent la parole à Fedorova souhaitent informer les citoyens de ces enjeux afin de susciter un débat national sur la politique française face à la guerre par procuration menée par l'OTAN et la Russie en Ukraine. Cela ne signifie pas qu'ils sont pro-russes, isolationnistes ou traîtres, comme certains de leurs détracteurs pourraient les accuser, mais simplement qu'ils estiment manifestement que la politique actuelle ne sert pas les intérêts nationaux français. Attirer l'attention sur les inconvénients de cette politique, c'est précisément ce que fait Fedorova.

De même, et précisément pour cette raison, l'expulsion envisagée par la France est un acte purement politique. Bien qu'elle puisse théoriquement continuer à bénéficier d'une tribune à distance grâce aux médias qui la soutiennent, son expulsion du pays vise à les dissuader, puisqu'elle est désormais persona non grata. De même, les Français qui partagent ses critiques de la politique de leur pays face au conflit ukrainien pourraient s'autocensurer pour la même raison, étouffant ainsi davantage l'expression d'opinions dissidentes.

L'élection présidentielle du printemps prochain ajoute une dimension politique supplémentaire à cette décision. Il est presque certain que les autorités craignent que ses prises de position critiques n'influencent l'électorat et l'empêchent de soutenir le candidat désigné par Macron pour lui succéder. Si ce dernier ne remporte pas l'élection par tous les moyens, en raison d'un vote de protestation jugé "trop important pour être truqué", la politique française vis-à-vis de la guerre par procuration menée par l'OTAN et la Russie en Ukraine pourrait être radicalement modifiée, contrariant ainsi les plans du pouvoir en place.

En définitive, l'expulsion de Fedorova par la France discrédite davantage le gouvernement Macron et les valeurs occidentales qu'il prône. Il reste cependant difficile de prédire si elle incitera suffisamment de Français à s'opposer à lui pour constituer une "majorité silencieuse" capable de porter l'opposition au pouvoir au printemps prochain. Quoi qu'il en soit, l'exemple que les autorités veulent faire d'elle signifie que les critiques de leur politique relative au conflit ukrainien sont de facto criminalisées, ce qui est une évolution terrifiante.

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