Déclenchée par les projets immobiliers de luxe du gendre de Donald Trump sur des territoires protégés du pays, la "Révolution des flamants roses" en Albanie s'est transformée en une contestation plus globale, dénonçant un modèle de société inégalitaire où le peuple albanais est sacrifié sur l'autel du "développement économique" exigé par l'Union européenne.
Depuis le 23 mai 2026, l'Albanie est secouée par des manifestations à répétition que le gouvernement du Premier ministre Edi Rama semble être incapable de maîtriser. Le mouvement de protestation, initialement local et largement cantonné à quelques groupes écologiques, s'est considérablement étendu au fil des semaines, et on trouve désormais parmi ses participants des représentants de tous les segments de la société albanaise, jeunes ou vieux, progressistes ou conservateurs.
Au fur et à mesure de la croissance de la contestation, celle-ci s'est également métamorphosée, et ne se contente plus de critiquer les décisions du gouvernement albanais en matière de développement dans les zones protégées du pays. C'est désormais le système politique albanais dans son ensemble qui est pris pour cible, dans ce qui ressemble de plus en plus à un rejet massif de tous les choix de société réalisés par ce système politique dans les dernières décennies. Ce n'est pas pour rien que les tentatives de divers politiciens, socialistes comme conservateurs, de tourner le mouvement à leur profit se sont pour l'instant soldées par des échecs : qu'ils soient au pouvoir ou pas, les membres de la classe politique albanaise sont considérés comme responsables de la situation.
Certes, depuis déjà plusieurs années, l'Albanie a l'habitude de voir émerger de temps en temps des mouvements de protestation. On peut songer aux manifestations ayant eu lieu en 2017 et en 2019 à l'instigation du principal parti d'opposition, la société albanaise étant très polarisée politiquement ; ou encore aux manifestations de 2022 ayant fait suite à la hausse du prix des carburants, dans le contexte du début de la guerre en Ukraine et d'une inflation en forte hausse.