03/08/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #322183

Cameroun : face aux spéculations sur Paul Biya, l'exécutif défend la continuité de l'État

Komla YAWO

Après près de deux mois d'absence, le gouvernement camerounais a finalement pris la parole sur la situation du président Paul Biya. Dans un entretien accordé à RFI, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement,  René Emmanuel Sadi, a assuré que le chef de l'État est "en vie" et qu'il rentrera "très bientôt" au Cameroun. Une déclaration destinée à apaiser les spéculations, mais qui laisse encore de nombreuses interrogations.

 Paul Biya, une longue absence qui nourrit les interrogations

Paul Biya, âgé de 93 ans, n'a plus été vu publiquement au Cameroun depuis son départ, le 7 juin 2026. Présenté au départ comme un "court séjour privé en Europe", ce déplacement dure désormais près de deux mois.

Cette absence prolongée a alimenté les rumeurs sur son état de santé. Plusieurs sources ont évoqué une hospitalisation à Genève et une intervention chirurgicale au genou. L'opposition est allée plus loin en demandant au Conseil constitutionnel de constater une vacance du pouvoir, estimant que cette situation créait une incertitude institutionnelle.

Face à ces spéculations, René Emmanuel Sadi a choisi d'opposer un argument essentiellement juridique. Selon lui, la Constitution ne prévoit la vacance du pouvoir qu'en cas de décès, de démission ou d'empêchement définitif, constaté officiellement par le Conseil constitutionnel. L'absence prolongée du président ne figure pas parmi ces cas.

Le ministre affirme donc que "le président Paul Biya est en vie", n'a pas démissionné et demeure pleinement en fonction. Il annonce également son retour prochain, sans toutefois avancer de date.

Une communication prudente sur l'état de santé

L'entretien révèle également la stratégie de communication du gouvernement. René Emmanuel Sadi confirme que Paul Biya séjourne à Genève, mais rejette les informations faisant état d'une hospitalisation.

Il reconnaît toutefois que le chef de l'État a subi "une intervention" il y a quelque temps et évoque la possibilité de consultations médicales, sans fournir davantage de précisions. Interrogé sur le lieu exact où se trouve le président, le porte-parole répond qu'il n'est pas à Genève et ne peut donc apporter plus d'informations.

Cette communication, très mesurée, cherche à rassurer sans divulguer de détails médicaux. Mais ce manque de précisions entretient également les interrogations sur la capacité réelle du président à exercer ses fonctions.

Le pouvoir veut afficher la stabilité de l'État

Au-delà de la santé de Paul Biya, le gouvernement cherche surtout à démontrer que les institutions continuent de fonctionner normalement. René Emmanuel Sadi affirme que les administrations poursuivent leurs activités et que la stabilité du pays n'est pas remise en cause. Il insiste sur le fait que tous les ministres restent en fonction malgré le remaniement annoncé après la réélection du président, qui n'a toujours pas eu lieu huit mois plus tard.

Le même raisonnement est avancé concernant le poste de vice-président créé par la récente révision constitutionnelle. Son titulaire n'a pas encore été désigné, mais le porte-parole rappelle que seul le chef de l'État décide du calendrier des nominations.

Ces réponses illustrent une caractéristique du système politique camerounais notamment la forte concentration des décisions autour du président. Même absent du territoire, Paul Biya demeure présenté comme l'unique autorité habilitée à trancher les principaux dossiers politiques.

Cette intervention marque ainsi une rupture avec plusieurs semaines de silence officiel. Le gouvernement répond aux interrogations sur la légalité de l'exercice du pouvoir et tente de rassurer sur la stabilité des institutions. En revanche, il ne fournit ni calendrier précis pour le retour du président ni explications détaillées sur les raisons de son absence prolongée.

Si cette communication peut temporairement désamorcer les appels à constater une vacance du pouvoir, elle ne met probablement pas fin aux interrogations. Tant que Paul Biya ne réapparaîtra pas publiquement ou ne reprendra pas ses activités au Cameroun, le débat sur son état de santé, la transparence du pouvoir et la continuité de l'État continuera d'occuper une place centrale dans la vie politique camerounaise.

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