Par Catherine Roman
L'analyse ci-dessous est basée sur une interview (de fin juillet 2026) réalisée par Irina Dubois (Dialogue Franco-Russe) de Piotr Tolstoï, journaliste et homme politique russe. Piotr Tolstoï est Vice-Président de la Douma d'Etat (la chambre basse de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie qui a remplacé le Soviet Suprême après la fin de l'URSS) et est un descendant du célèbre écrivain Léon Tolstoï, auteur du chef d'œuvre littéraire du XIXème siècle "Guerre et Paix".
L'Association Dialogue Franco-Russe ( dialoguefrancorusse.com) a été créée en 2004 par des personnalités françaises et russes d'horizons différents désirant renforcer la coopération entre les deux pays. Elle a été placée, à sa création, sous le patronage des Présidents français et russe, Jacques Chirac et Vladimir Poutine. L'Association Dialogue Franco-Russe est aujourd'hui un instrument privilégié, mis "sous pression" par les autorités françaises, de communication entre les milieux politiques, économiques et culturels des deux pays et travaille sur la base exclusivement de dons depuis la mise en place du régime des sanctions européennes.
Piotr Tolstoï nous livre dans cette interview sa vision de l'actualité internationale liée à la Russie : de la guerre en Ukraine au changement récent au sein du gouvernement de Volodymyr Zelensky en passant par le réarmement de l'Allemagne, l'attaque potentielle de la Pologne, l'évolution du dossier sur l'explosion des gazoducs Nord Streams, des incendies sur le territoire européen et des relations avec les Etats-Unis.
La guerre en UkraineL'impact des dernières attaques en profondeur sur la Russie commandées par Volodymyr Zelensky (notamment sur les raffineries) ne vont pas modifier grandement la situation sur le terrain. Le fait est que les troupes ukrainiennes reculent. Les tentatives de Zelensky de masquer ses défaites sur le front par des opérations de drones à longue portée sur le territoire russe sont vouées à l'échec en raison, entre autres, du système de défense russe. Il est vrai toutefois que quelques raffineries de pétrole aient été endommagées mais cela n'a pas engendré de pénurie sérieuse. A ce jour, le gouvernement de Vladimir Poutine a mis en place des mesures alternatives et la situation est globalement normalisée après 3 ou 4 jours plus ou moins perturbés.
L'économie russe est robuste et ne peut être sévèrement altérée par les actions de Kiev alimentées notamment par les missiles européens et étatsuniens. A l'heure actuelle, d'après les données des organismes internationaux, la Russie se situe au 4ème rang de l'économie mondiale. Dans ce cadre, il apparaît naïf de penser que ces attaques ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe freinent les opérations de Moscou sur le front, au contraire.
En ce qui concerne une potentielle frappe nucléaire du Kremlin sur l'Ukraine, cela semble peu probable à août 2026 au regard de la législation russe et des limites qu'elle impose (en cas de menace sur l'existence du pays) ainsi que de la patience extrême du Président Vladimir Poutine dans sa détermination de finaliser avec succès l'opération spéciale. Une frappe préventive russe pour démoraliser la population ukrainienne ne paraît pas envisagée (note de l'auteur de l'article : contrairement à ce qu'ont fait les Etats-Unis lors de la 2ème guerre mondiale sur Hiroshima et Nagasaki).
Aujourd'hui, la Russie a suffisamment d'options pour ne pas activer l'arme nucléaire afin de prendre le contrôle total des territoires des Républiques du Donbass qui ont été déjà rattachées à la Russie et éventuellement d'autres régions telles que la Petite Russie pour assurer la sécurité de la Russie à long terme. Il en résulte que l'Ukraine telle qu'elle était géographiquement à partir de 1991 jusqu'au coup d'Etat de Maïdan de 2014 a cessé d'exister.
Le blocus maritime récent des ports tels que Odessa organisé par le Kremlin semble surprendre le régime de Kiev et ses sponsors occidentaux bien que ce soit eux qui aient commencé à attaquer des bateaux russes marchands en mer d'Azov. Ce tournant naval apparaît comme une intensification de la pression russe face au trafic d'armes ukrainien à partir des ports d'Odessa, Nikolaev, Izmaïl,...le but étant de limiter l'approvisionnement en armes du régime de Zelensky via ces hubs maritimes et encourager également, à ce titre, la destruction des tunnels entre la Pologne et l'Ukraine ainsi que d'autres infrastructures de transport militaire ukrainiennes. Cette démarche vise avant tout à protéger les vies des soldats et des officiers russes.
On rappellera de surcroit qu'Odessa est une ville russe fondée par l'Impératrice Catherine II et que les populations, entre autres, de Nikolaev, d'Odessa et de Transnistrie veulent être rattachées à la Russie. Ceci explique pourquoi la Russie est extrêmement sensibilisée au sort des civils et vise les militaires, les structures utilisées par ces militaires ainsi que celles pétrolières (note de l'auteur de l'article : qui alimentent le complexe militaire ukrainien).
Parmi les victimes civiles ukrainiennes, on compte notamment celles dues au système de défense aérien ukrainien dont les roquettes tombent sur les villes et villages avoisinants. La Russie enregistre également des pertes civiles liées à des drones ukrainiens mais dont les médias mainstream font peu de cas. A titre d'exemple, Moscou a été attaquée récemment par 200 drones qui ont été abattus aux alentours de la capitale ce qui a engendré quelques dommages parmi les civils. Ces drones ukrainiens visent non seulement Moscou mais aussi Belgorod, Rostov-sur-le-Don et d'autres villes basées plus loin des frontières ukrainiennes. On note toutefois que ces opérations loin de démoraliser la population russe renforcent son sentiment d'unité et sa volonté de vaincre le régime de Kiev, d'éliminer sa menace par une large victoire militaire en réclamant aujourd'hui des frappes russes plus puissantes.
Le réarmement de l'AllemagneLe service de renseignement extérieur russe a déclaré récemment que les autorités allemandes s'efforçaient d'obtenir un accès direct aux technologies nucléaires dans le but notamment de faire de l'armée allemande celle la plus puissante d'Europe, d'après les déclarations du Chancelier Friedrich Merz. Aujourd'hui, la capacité économique de l'Allemagne lui permet de développer son industrie de production militaire et ses vues sur les programmes nucléaires sont un tournant pour les pays européens.
Le gouvernement russe n'anticipe toutefois pas, à son niveau, de changement majeur face à cette nouvelle posture de Berlin mais rappelle que récemment, en Allemagne, 200 000 entreprises ont été fermées dont, par exemple, le producteur historique de batteries Varta qui a déposé son bilan fin juillet 2026. A ceci s'ajoute les difficultés du secteur automobile d'outre-Rhin, le tout ne pouvant être compensé par la croissance du secteur militaro-industriel générée pour faire face à une soi-disant menace russe à l'horizon de 2030.
A l'heure actuelle, sans gaz et énergies russes en général, l'Europe occidentale ne peut être compétitive économiquement sur les marchés mondiaux.
La Russie va-t-elle attaquer la Pologne ?Ces derniers jours, les médias mainstream occidentaux parlent de menaces d'attaques russes sur le territoire polonais. Au-delà de la volonté de titres éditoriaux sensationnels européens provocateurs, la Russie n'a aucune raison de déclencher des hostilités avec Varsovie tant que celle-ci ne représente pas une menace vitale pour la sécurité russe ce qui n'est pas le cas actuellement pour l'Ukraine qui vise à intégrer l'OTAN.
Les déclarations de menaces russes font partie d'un climat au sein de l'Union Européenne et au Royaume-Uni russophobe et agressif mais cette attitude de la coalition de Bruxelles et Londres ne menace pas directement actuellement la Russie. La plupart des populations de ces pays connaissent les Russes et sont majoritairement plus mesurées dans leur jugement que le sont leur gouvernement.
Les récentes évolutions du dossier des Nord StreamLe Parquet allemand a pointé il y a quelques jours la responsabilité directe de l'Etat ukrainien dans les attentats contre les gazoducs Nord Stream contrairement à ce qui était antérieurement présenté comme une faute des Russes dans l'explosion des deux conduites stratégiques gazières.
D'après une enquête du magazine Cicero de l'été 2022, les Allemands ont été informés via les services néerlandais de la préparation du sabotage des gazoducs par les Ukrainiens. Les éléments, bien que les dirigeants occidentaux soient russophobes, commencent à être pris en compte mais cela est un travail qui s'inscrit dans le long terme.
A aujourd'hui, établir des relations normales avec les autorités européennes se révèlent impossible face à la grande quantité de mensonges véhiculés et qui ne sont démentis ni par Bruxelles, ni par Londres, ni par toute autre capitale de l'Union Européenne.
Il faudra certainement attendre la victoire de la Russie en Ukraine pour que la situation change et que les leaders européens changent aussi.
Les incendies dans l'Union EuropéenneOn assiste, cet été, à une vague d'incendies spectaculaires notamment en France et en Espagne mais, l'Union Européenne interdit l'utilisation des hélicoptères russes Kamov qui sont pourtant très efficaces pour lutter contre les incendies, interdiction provenant du régime des sanctions imposées à la Russie dans le cadre du 21ème paquet bruxellois.
Dans la réalité, ces sanctions sont beaucoup plus dommageables pour les économies occidentales que pour celle de la Russie et ne changent pas l'attitude de Moscou dans le conflit ukrainien ainsi qu'à la future coopération avec l'Europe mais, elles ont un impact négatif sur la vie des citoyens européens tant au niveau économique qu'écologique notamment avec ces incendies.
On notera que les hélicoptères russes existent, sont prêts et à la disposition des Français, entre autres, si le gouvernement d'Emmanuel Macron en fait la demande.
La relation entre les Etats-Unis et la RussieLa Russie continue de négocier toutefois avec les Etats-Unis sur le dossier ukrainien sachant que le USA ne sont pas neutres et ne veulent pas forcément la paix en jouant ce qui pourrait s'apparenter à un double jeu, situation qui peut apparaître comme paradoxale. En fait, Washington déclare être prêt à négocier et l'administration Trump est ouverte à un dialogue en tant que grande puissance mondiale, statut qu'elle reconnaît également à la Russie.
L'Union Européenne a, selon les responsables russes, semble-t-il perdu son statut de grande puissance internationale ne décidant de rien et ayant abandonné sa souveraineté en affichant, de plus, un refus de discuter avec Moscou.
Historiquement, l'Union Européenne ne peut être considérée comme garante de la sécurité de l'Ukraine, ce rôle revenant de facto à la Russie depuis des siècles.
Les remaniements au sein du gouvernement de Volodymyr Zelensky
Le remaniement de mi-juillet 2026 intervenu dans le gouvernement de Volodymyr Zelensky n'apparait pas comme significatif aux yeux de Moscou, ces politiciens ukrainiens d'hier et d'aujourd'hui étant considérés comme des criminels de guerre et des individus corrompus. Ces changements à Kiev n'affectent pas la volonté de la Russie de mener à bien la guerre et de la gagner avec panache.
En conclusion, la Russie est toujours ouverte aux Russophiles malgré le complexe militaro-industriel occidental qui fournit des armes aux Ukrainiens leur permettant d'attaquer des civils russes. Les personnes aimant et visitant la Russie peuvent ainsi jouer le rôle d'ambassadeurs auprès des leurs concitoyens par leur connaissance des réalités russes et contrebalancer, à leur niveau, les discours virulemment russophobes de leur gouvernement.
Catherine Roman
Le 2 août 2026
Image en vedette : Capture d'écran. L'ancien président français Jacques Chirac (décédé le 26 septembre 2019) et le président russe Vladimir Poutine. Source : Jacques Chirac : la diplomatie gaullienne et l'amitié franco-russe, le 26 septembre 2019.
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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Par Catherine Roman

