05/08/2026 elcorreo.eu.org  4min #322338

Oligarques qui privatisent jusqu'à nos émotions

par  José Luis Lanao*

La dernière manœuvre prévue par Infantino pour la Coupe du Monde et la Coupe du Monde des clubs.

Un jour, les Martiens sont arrivés et ont conquis le monde en quelques jours. Ils ont appliqué la loi du plus fort, ce qui leur semblait être un excellent moyen de régler les choses. Cependant, des objections se sont élevées et l'un des dirigeants terrestres les plus marquants - un grand type orange aux cheveux blonds, accompagné d'un autre à la chevelure en bataille - a fait valoir que les droits de l'homme devaient être respectés. Les Martiens sont restés perplexes. Ils savaient que sur Terre, on pouvait tuer un tas de gens sans grand problème, voire faire disparaître en une nuit toute une civilisation. Celui qui s'était érigé en porte-parole de l'humanité précisa en outre qu'eux méritaient une certaine priorité : "L'Amérique d'abord", déclara-t-il. Celui aux cheveux en bataille acquiesça d'un signe de tête et lança : "C'est ça, mon président, putain".

Les Martiens ne comprenaient rien. Les humains leur semblaient tous identiques, mais apparemment, ils étaient différents les uns des autres. L'humain dominant leur expliqua qu'il existait différents pays, certains meilleurs que d'autres, et que le sol terrestre était divisé par des lignes. Les Martiens sortirent leurs images de la Terre prises depuis l'espace, mais ils ne voyaient rien, et quand on leur expliqua qu'il s'agissait de lignes imaginaires, et non réelles, ils comprirent encore moins. Il n'y avait plus de priorité nationale, surtout depuis que les autorités martiennes leur avaient retiré à tous, non pas tant le passeport que la carte de crédit. Ils en avaient conclu que c'était là le véritable document d'identité.

Les extraterrestres étaient perplexes et, après la visite d'une délégation de "La Libertad Avanza" présidée par celui aux cheveux ébouriffés, leur patience à l'égard des humains avait atteint ses limites : "Nous partons. C'est insupportable".

L'excellente idée narrative du journaliste  Iñigo Domínguez, adaptée par ce chroniqueur à notre réalité en lambeaux, nous interpelle sur le monde dans lequel nous vivons. Un sceptique, adepte du modernisme éclairé, se demanderait qui voudrait conquérir la Terre si les "Martiens" y vivent déjà. Certains extraterrestres terrestres ne voudraient-ils pas proposer Gianni Infantino au poste de secrétaire général de l'ONU ? Eh bien voilà.

Le fait est qu'aucun missile sol-air ne saurait mettre hors d'état de nuire le président de la FIFA. Aujourd'hui, l'Italo-Suisse envisage de mener ce projet d'illusion visant à privatiser les Coupes du Monde par équipes nationales et la Coupe du Monde des Clubs. Ces oligarques, qui ne connaissent pas de répit, ne cessent de foncer tête baissée jusqu'à modeler le monde à leur image, où tout est susceptible d'être privatisé. L'information a été publiée par le journal britannique The Times, qui fait état de la création de la société FIFA Forward Enterprise en vue de la vente d'actions participatives à des investisseurs privés.

La "multinationale" du football a confirmé le projet, sous réserve de l'approbation des 211 fédérations qui se feront un plaisir d'encaisser des tonnes d'argent. Le quotidien britannique estime que Infantino pourrait devenir, en 2031, le PDG de la société. Notre football, celui de toujours, dominé par un PDG. Quelle joie ! Qui ne voudrait pas d'un PDG dans sa vie ? Un PDG au petit-déjeuner. Un PDG au moment de se coucher. À Noël, mettez un PDG à votre table et vous verrez comment il réduira le nombre de convives.

Le monde tourne et tourne sur sa barbarie et sa stupidité, les joues un peu plus pâles. Le nouvel ordre mondial aura des "Martiens" autoritaires comme règle, et non comme exception. Ce n'est pas tant la peur de l'avenir qui nous fait frissonner, mais la peur de l'incapacité à imaginer des avenirs meilleurs que le présent que nous vivons.

 José Luis Lanao* para  Página 12

 Página 12. Buenos Aires, le 30 juillet 2026.

*José Luis Lanao Journaliste. Il écrit pour Página/12, "Las Mañanas" de Víctor Hugo Morales. Ancien joueur de Vélez Sarsfield de Buenos Aires, de clubs espagnols, et Champion du Monde des Jeunes à Tokyo en 1979

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(Traduit de l'espagnol depuis  El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

 El Correo de la Diaspora. Paris, le 8 août 2026.

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