05/08/2026 les-crises.fr  10min #322351

L'Ice affirme que 51 personnes sont décédées en détention sous Trump. Les experts estiment ce chiffre sous-estimé

Dans le cadre de la campagne de déportation massive menée par Trump, les immigrés sont incarcérés dans des prisons et des camps insalubres et surpeuplés.

Source :  Mike Ludwig, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des agents de l'ICE font face à des manifestants au centre de détention de Delaney Hall, dans le New Jersey, le 12 juillet 2026. Les manifestations contre les abus commis dans les centres de détention pour immigrés se poursuivent alors que le nombre de décès en détention grimpe en flèche sous la présidence de Donald Trump. Andrew Lichtenstein / Corbis via Getty Images

Mamuka Artmeladze, un ressortissant géorgien âgé de 43 ans, a été retrouvé mort le 4 juin 2026 alors qu'il était détenu par les services fédéraux de l'immigration. Bien que son nom ne figurait pas encore dans les registres en ligne des décès de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) au moment de la publication de cet article, Artmeladze aurait été la 50e personne à décéder en détention sous la garde de l'ICE depuis le retour au pouvoir du président Donald Trump. L'un des deux décès survenus récemment dans une prison d'immigration tristement célèbre de Louisiane, la mort de Artmeladze est l'un des derniers signes en date montrant que la campagne d'expulsion massive menée par le président a, comme on pouvait s'y attendre, provoqué une crise des droits humains au sein d'un vaste système de prisons et de camps d'immigrés.

Au moins 51 personnes sont décédées alors qu'elles se trouvaient en détention de l'ICE depuis le début du second mandat de Trump, selon les registres fédéraux. Au moins 19 décès ont eu lieu entre le 1er janvier et le 4 juin 2026, soit une moyenne d'environ un décès tous les huit jours au cours des six premiers mois de cette année.

Par ailleurs, au moins deux personnes handicapées sont décédées cette année des suites d'une hypothermie peu après avoir été relâchées par les services de l'immigration par un froid glacial, notamment une Haïtienne de 31 ans qui est morte après avoir été abandonnée à un arrêt de bus de Pittsburgh pendant 30 heures début mars. Bien que les médecins légistes aient conclu que ces deux décès étaient des homicides, l'ICE ne les inclut pas dans son décompte officiel, et les experts estiment que les 51 décès signalés depuis janvier 2025 pourraient être sous-estimés.

Depuis des mois, des manifestants, des inspecteurs fédéraux et des Démocrates au Congrès tirent la sonnette d'alarme sur les conditions de détention dangereuses auxquelles sont confrontés plus de 68 000 adultes et enfants pris dans la vague de répression lancée par Trump. Alors que l'ICE prétend prodiguer des soins adéquats aux détenus, les données issues des contrôles révèlent une tendance manifeste aux abus, à la négligence médicale et aux décès évitables au sein de ses prisons et camps. Les détracteurs affirment que ce nombre sans précédent de décès est la conséquence prévisible de la politique de l'administration Trump, qui consiste notamment à se battre devant les tribunaux pour incarcérer les immigrés aussi longtemps que possible tout en développant de manière agressive les centres de détention et camps pénitentiaires gérés par le secteur privé.

"Grâce à l'afflux de fonds accordés par les Républicains du Congrès, ils infligent autant de souffrances que possible, quel qu'en soit le coût" a déclaré Vanessa Cárdenas, directrice exécutive de l'association de défense des droits des immigrés America's Voice, dans un communiqué en date du 22 juin.

Dans une lettre adressée au secrétaire du Département de la Sécurité intérieure (DHS), Markwayne Mullin, les sénateurs Alex Padilla (Démocrate, Californie) et Richard Durbin (Démocrate, Illinois) ont déclaré que le nombre de décès en détention fédérale était inacceptable et ont exigé que l'administration cesse d'incarcérer les sans-papiers jusqu'à ce que les autorités répondent aux préoccupations des législateurs concernant les conditions de vie dans les centres de détention de l'ICE.

"Le fait que davantage de personnes soient placées en détention pendant des périodes plus longues a, comme on pouvait s'y attendre, exercé une pression accrue sur un système déjà miné par la négligence médicale et des conditions de vie dangereuses" ont écrit les sénateurs le 18 juin. "Votre administration n'a soit pas tenu compte de cette conséquence prévisible, soit a agi en dépit de celle-ci."

Les décès se multiplient après que Trump a ordonné la "détention obligatoire"

Le 12 avril, le corps sans vie d'Aled Damien Carbonell-Betancourt a été retrouvé pendu à un drap dans sa cellule du centre de détention fédéral de Miami, en Floride, et sa mort a été présumée être un suicide. Troisième ressortissant cubain à mourir sous la garde de l'ICE sous Trump, Carbonell-Betancourt avait reçu en mars un diagnostic d'anxiété et s'était vu prescrire des médicaments par un médecin de la prison fédérale, mais il avait nié tout antécédent d'idées suicidaires, selon un communiqué de presse de l'ICE.

Comme le souligne Andrew Free, chercheur spécialisé dans les questions d'immigration, Carbonell-Betancourt est entré sur le territoire américain en 2024 dans le cadre d'une "parole" (libération conditionnelle) et n'a été ni inculpé ni condamné pour aucun crime. Les infractions au droit de l'immigration relèvent du droit civil et non du droit pénal, mais Carbonell-Betancourt a été incarcéré dans une prison fédérale en vertu des politiques de détention obligatoire mises en place par Trump, au lieu d'être autorisé à suivre la procédure d'immigration depuis son domicile. Carbonell-Betancourt fait partie d'au moins dix hommes dont le décès, survenu alors qu'ils étaient détenus par l'ICE, a été qualifié de suicide depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, selon l'Associated Press.

Le 4 juin, Mamuka Artmeladze a été retrouvé mort au tristement célèbre centre correctionnel de Winn, en Louisiane, après quatre mois d'incarcération, selon certaines informations. On sait peu de choses sur Artmeladze ou sur les circonstances de sa mort. L'ICE a envoyé une notification légalement obligatoire aux législateurs, mais aucun communiqué de presse n'apparaît sur son site web. Il s'agit du deuxième décès survenu à Winn en 2026, après celui d'Alejandro Cabrera Clemente, âgé de 49 ans, survenu le 11 avril.

Le décès d'Artmeladze est survenu deux jours après la publication par le Bureau de l'inspecteur général du DHS d'un rapport accablant sur le centre pénitentiaire de Winn. À la suite d'une visite inopinée de cet établissement situé dans "l'allée de la détention" - une région rurale de Louisiane où des milliers de sans-papiers sont transférés pour être isolés des communautés du reste du pays - les autorités fédérales de contrôle ont constaté que le personnel ne respectait pas les normes d'hygiène, ne fournissait pas de soins médicaux, ne garantissait pas aux détenus l'accès à des documents juridiques et enfreignait la politique relative à l'usage de la force. Dans un cas précis, un gardien a utilisé une prise d'étranglement interdite pour "maîtriser" une personne.

Le centre correctionnel de Winn n'est que l'un des dizaines d'établissements de l'ICE à travers le pays qui sont critiqués pour incarcérer inutilement des immigrés. Dans le New Jersey, des manifestants organisent une veillée depuis des semaines malgré les attaques de la police, tandis que les personnes détenues à la prison pour immigrés de Delaney Hall mènent une grève de la faim et une grève du travail pour protester contre une nourriture immangeable et le manque d'accès au monde extérieur. Des familles entières sont incarcérées à Delaney Hall, y compris des femmes enceintes et des familles avec de jeunes enfants.

"Les enfants sont la dernière cible de l'obsession cruelle, haineuse et anti-immigrés de cette administration" a déclaré Cárdenas, en évoquant des rapports faisant état d'enfants handicapés privés d'accès à des soins de santé vitaux et de tout-petits contraints de comparaître devant un tribunal.

Peu après son retour au pouvoir, Trump a ordonné à l'ICE d'appliquer une politique de "détention obligatoire" sans précédent : tout immigrant entré aux États-Unis sans avoir été contrôlé est susceptible d'être incarcéré sans audience de mise en liberté sous caution, dans l'attente de comparaître devant un juge et de contester une décision d'expulsion. Cette mesure a contraint les avocats de la défense à déposer plus de 15 000 requêtes faisant valoir que la détention obligatoire viole la clause d'habeas corpus de la Constitution, afin d'obtenir la libération de leurs clients, selon le suivi des procédures judiciaires de Politico.

Les juges se sont prononcés contre l'ICE dans la grande majorité des cas. Bien que les tribunaux fédéraux aient largement rejeté la politique de détention obligatoire au motif qu'elle constitue une violation du droit à un procès équitable, les cours d'appel restent divisées sur la question de savoir si la Constitution garantit aux non-citoyens le droit à une audience de mise en liberté sous caution pour sortir des "centres de détention" qui font office de prisons pour les sans-papiers. Selon les observateurs, cette question sera très certainement portée devant la Cour suprême.

"Tous ces décès en détention sont évitables"

Les militants pour les droits des immigrés affirment que l'intention est claire : rendre la procédure de défense contre les ordonnances d'expulsion si difficile - voire pratiquement impossible depuis une cellule de prison - que les personnes choisissent de "s'auto-expulser" d'elles-mêmes. Cependant, cette politique délibérément pénible semble avoir des conséquences mortelles.

En avril, le San Francisco Chronicle a publié une enquête portant sur 32 décès survenus sous la garde de l'ICE depuis l'entrée en fonction de Trump. Les journalistes ont transmis les rapports de décès, les procès-verbaux d'autopsie et les dossiers médicaux des patients à 14 médecins afin qu'ils procèdent à un examen indépendant. Dans au moins 17 des 32 cas, les médecins ont conclu que la personne aurait pu survivre si les retards et les défaillances des soins médicaux n'avaient pas eu lieu. Cette enquête fait écho à un rapport de 2024 qui révélait que 95 % des décès enregistrés dans les centres de détention de l'ICE entre 2017 et 2021 auraient probablement pu être évités. Ces données étaient d'ordre public lorsque Trump est entré en fonction et a imposé la "détention."

"La cruauté n'est pas fortuite, c'est le but recherché" a déclaré Cárdenas.

Le 5 juin, des responsables de l'ICE ont confirmé que l'agence ne signalerait plus les décès de détenus qui se trouvaient récemment en détention, une mesure que le DHS a qualifiée de "mesure de bon sens." Ce changement est venu annuler une politique mise en place sous la présidence de Joe Biden, qui exigeait que les décès survenant dans les 30 jours suivant la libération d'une détention fédérale liée à l'immigration fassent l'objet d'une enquête et soient signalés au Congrès. Homer Venters, ancien médecin-chef du système pénitentiaire de la ville de New York, a déclaré à l'Associated Press que le suivi des décès après la libération constituait une approche standard pour identifier les lacunes en matière de soins de santé.

"Ne pas signaler ces décès revient à ignorer délibérément les conséquences sanitaires les plus graves, qui peuvent refléter des lacunes dans les soins ou aider à suivre les épidémies" a déclaré Venters.

Dans un article publié sur son Substack #DetentionKills, Free a fait valoir que chaque décès survenu sous la garde de l'ICE devrait être considéré comme évitable, car la "détention obligatoire" n'est rien d'autre qu'un choix politique juridiquement contestable.

"Tous ces décès en détention étaient évitables, car les personnes placées en détention civile ne devraient pas être incarcérées dans des prisons" a écrit Free le 17 avril. "Ce n'est vraiment pas plus compliqué que cela."

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Mike Ludwig est journaliste chez Truthout, basé à La Nouvelle-Orléans. Il est également auteur et animateur de "Climate Front Lines", un podcast consacré aux personnes, aux lieux et aux écosystèmes en première ligne de la crise climatique. Suivez-le sur Twitter : @ludwig_mike.

Source :  Mike Ludwig, Truthout, 23-06-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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