05/08/2026 elucid.media  12min #322354

Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas : ce que Brexit, gaz russe et immigration ont changé Pib et croissance de l'Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas 2026

Par  Olivier Berruyer

Depuis 2022, l'économie allemande est à l'arrêt. Deux années de récession, un rebond de 0,2 % en 2025, un PIB qui n'a jamais retrouvé son sommet. Le pays qui avait bâti son modèle industriel sur le gaz russe bon marché en paie la facture, et sa production par habitant est retombée à son niveau de 2017. Accident de conjoncture, ou facture de choix politiques que Berlin comme Bruxelles préfèrent ne pas nommer ? Pendant qu'on continue d'expliquer au Royaume-Uni que son problème s'appelle le Brexit, sa croissance dépasse désormais celle de l'Allemagne. Et les Pays-Bas, longtemps gagnants de la crise énergétique, en découvrent le contrecoup. Trois réponses opposées, un même mouvement de fond. Nos graphiques démêlent, pays par pays, ce que la croissance affichée doit à la démographie, ce qu'elle doit au commerce extérieur, ce qu'il en reste vraiment pour les habitants - et pourquoi la panne allemande engage toute la zone euro bien au-delà de 2026.

 1- Allemagne : une économie pétrifiée depuis 2022
 2- Royaume-Uni : un Brexit pas si problématique
 3- Pays-Bas : un pays qui résiste plutôt bien aux crises

Élucid vous propose cet été une série d'analyses sur les économies des grands pays d'Europe et des BRICS. Si vous appréciez ce type de suivi original et inédit, n'hésitez pas à  vous abonner sur notre site ou notre application mobile, afin de nous aider à poursuivre notre travail d'information dès la rentrée prochaine. Merci d'avance pour votre soutien ! En Allemagne, une économie pétrifiée depuis la crise de 2022

En Allemagne, l'observation du  Produit Intérieur Brut (le fameux PIB, c'est-à-dire en simplifiant la valeur de ce que le pays a réellement produit) montre clairement la robustesse de l'économie germanique qui a beaucoup moins souffert des différentes crises depuis un demi-siècle. Elle montre toutefois des signes d'étouffement depuis deux ans, en raison de la crise des coûts énergétiques engendrés depuis la guerre en Ukraine.

Le PIB allemand du premier trimestre 2026 est très proche de son sommet historique atteint en 2022, mais il ne l'a pas retrouvé. La crise économique de 2020 a été de moindre ampleur que dans beaucoup de pays européens. La situation s'est normalisée en 2021 et l'économie s'est remise à croître. Mais la crise de 2022 a alors durablement frappé le pays, qui était très dépendant du gaz russe à bon marché : son PIB stagne depuis lors.

Si l'on s'intéresse à la croissance du PIB allemand (c'est-à-dire à la valeur de sa hausse ou de sa baisse), le pays n'a connu qu'une récession de -4 % en 2020, rapidement compensée en 2021. En 2023, la croissance a chuté, affichant même une décroissance de -0,9 %, qui s'est poursuivie en 2024 avec -0,5 %. Un léger rebond de +0,2 % a eu lieu en 2025.

En 2026, la croissance devrait rester faible, les prévisions tournant autour de +1,0 %. Cependant, les conséquences de la guerre d'Iran pourraient encore plus plomber ce maigre chiffre.

Hors crise, depuis une dizaine d'années, la croissance allemande fluctue donc entre +1 % et +3 % par an. Elle connaît une nette panne depuis 2022, et se situe début 2026 à +0,4 %.

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L'analyse des contributions sectorielles à la croissance au cours des dernières années révèle que la croissance allemande était largement entretenue par la consommation et l'investissement. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le commerce extérieur a une contribution assez faible en moyenne. C'est lié à un effet du mode de calcul du PIB. En réalité, les exportations allemandes reculent, mais les importations reculent encore plus fortement.

Un PIB par habitant pénalisé par l'explosion de l'immigration en Allemagne

Le recours au PIB trimestriel par habitant permet de mieux analyser l'évolution du niveau de vie moyen. Il est en effet important de tenir compte de la croissance démographique : si le PIB augmente de +1 % et que la population augmente de +2 %, la richesse par habitant baisse en réalité de -1 %. Cet indicateur est donc beaucoup plus pertinent pour apprécier la croissance réelle d'une économie.

L'Allemagne, pourtant en déclin démographique naturel, a connu deux chocs démographiques importants en 2015 et 2022, lorsque le pays a fortement accru l'immigration, turco-syrienne d'abord puis ukrainienne ensuite. À chaque fois, cela a permis de faire cesser le déclin démographique : la population a même augmenté à un rythme de plus de 1 % par an.

Si le solde naturel (c'est-à-dire les naissances moins les décès) s'établit à -300 000 habitants chaque année, le solde migratoire des deux années des pics s'est élevé respectivement à +1 million et +1,5 million d'immigrés (à titre de comparaison, il est seulement de +170 000 en France). La population a cependant très légèrement baissé en 2025.

La prise en compte du facteur démographique change donc les choses : après la crise de 2020, il a fallu deux ans au PIB allemand par habitant pour retrouver son niveau d'avant crise, mais il ne cesse de diminuer depuis lors. La production par habitant est donc désormais inférieure à celle de 2019, et elle se situe même au niveau de celle de 2017. La situation semble grave pour le moteur économique de l'Europe.

Sur le temps long, comme dans beaucoup de pays occidentaux, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant en Allemagne s'est essoufflée depuis 15 ans, peinant à dépasser les 2 %. Le PIB par habitant est resté trois ans en décroissance ; il est actuellement à +0,5 %, en hausse, car les flux migratoires ont été largement ralentis.

Enfin, durant la décennie 2010, l'économie allemande a nettement surperformé par rapport à celle de la France, ce qui n'était pas le cas durant la décennie précédente.

Depuis les années 1960, une croissance qui ralentit moins qu'ailleurs

Pour prendre du recul sur la dynamique de croissance allemande, on peut observer la croissance décennale depuis les années 1960. On remarque que le phénomène des Trente Glorieuses a pris fin avec les crises des années 1970, mais que depuis les années 1980, la croissance moyenne a diminué moins qu'ailleurs, en particulier en raison du rebond des années 2010, décennie portée par la mondialisation et boostée par l'euro, qui a largement bénéficié à l'Allemagne.

La baisse constatée depuis les années 1970 est liée à différents facteurs. En particulier, les Trente Glorieuses ont été induites par la forte mécanisation du pays et l'introduction de techniques ayant fait exploser la productivité. Mais il est désormais de plus en plus dur de continuer à l'augmenter.

Sur le temps très long, cet affaiblissement progressif de la croissance du PIB par habitant se vérifie : hors guerres, il faut remonter jusqu'aux années 1890 pour retrouver une croissance du PIB par habitant aussi faible sur l'ensemble d'une décennie que celle observée entre 2000 et 2019.

À l'échelle d'une vie humaine, on a l'impression qu'on vit une "panne" de la croissance, et donc les responsables politiques baratinent sans cesse la population, promettant le "retour de la croissance" pour peu qu'on les élise. Bien entendu, ceci n'arrive jamais, pour la bonne raison que la croissance a retrouvé son très bas niveau historique. "L'anomalie", c'était les Trente Glorieuses.


Royaume-Uni : un Brexit pas si problématique

Le Royaume-Uni a connu une évolution économique globale assez proche de celle de la France, avec un PIB d'un niveau équivalent - le Royaume-Uni devançant notre pays.

L'économie britannique a subi une très grave crise en 2020 ; la baisse trimestrielle du PIB a été supérieure de 6 points à celle de la France. Cela a laissé des traces, et il a fallu du temps à l'économie pour récupérer. À peine l'avait-elle fait qu'elle a été durement frappée par la crise de 2022 et l'économie a stagné à son niveau de 2019 durant deux ans.

Au Royaume-Uni, la croissance a légèrement augmenté pour atteindre +1,0 % en 2024 et +1,3 % en 2025. Pour 2026, les prévisions tournent autour de +0,7 % à +1,1 %, mais ces dernières sont probablement optimistes au vu de la guerre d'Iran.

On note que, contrairement à la rengaine entretenue par les grands médias, le Brexit n'a eu qu'un effet limité sur la croissance du Royaume-Uni. C'est logique, car cet ensemble de pays a négocié un accord de libre-échange avec l'UE, et les liens économiques sont au final assez proches de ceux qui existaient avant la sortie de l'UE.

Les conséquences du Brexit sont essentiellement politiques, et non économiques : le Royaume-Uni a retrouvé sa souveraineté politique, et il vote des lois comme bon lui semble. Certaines sont bonnes, d'autres non, mais ce sont ses lois qu'il vote désormais sans demander d'autorisation à Bruxelles.

Hors crise, le taux de croissance britannique fluctue globalement entre +1 % et +3 % par an depuis une dizaine d'années.

Au niveau des contributions sectorielles, la croissance britannique est en général entretenue par la consommation des ménages. Le commerce extérieur a en moyenne une faible contribution, ce qui est peu étonnant pour un pays aussi désindustrialisé.

Une évolution du PIB par habitant proche de celle du PIB

Depuis de nombreuses décennies, le Royaume-Uni disposait comme la France d'une démographie robuste. Elle a reflué outre-Manche, avec une croissance de la population retombée à +0,2 % par an. Si le solde naturel a fondu depuis 2020, l'immigration reste en général soutenue, et le pays a accueilli plus de 1 million d'immigrés ces 4 dernières années.

En conséquence, le PIB par habitant du Royaume-Uni a nettement diminué depuis le début de 2022, avant de rebondir en 2024, et de stagner en 2025.

Sur le temps long, comme dans beaucoup de pays occidentaux, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant au Royaume-Uni (hors crise) s'est plutôt maintenue depuis 20 ans, se situant entre +1 et +2 %. Mais lors de la crise de 2022, ce PIB par habitant a décru, au rythme de -1 % par an. Il augmente désormais au rythme d'environ +0,7 % par an.

Sur longue période, l'économie du Royaume-Uni a une évolution très proche de celle de la France depuis la crise de 2008. Elle connaît ses propres problèmes, mais il est assez trompeur de tout attribuer au Brexit.

Depuis 50 ans, une croissance britannique en atterrissage

Sur le temps long, on s'aperçoit que la croissance britannique a connu une sorte d'atterrissage progressif depuis ses niveaux des Trente Glorieuses (moins hauts qu'ailleurs), passant de +3 % à environ +1 %. La première moitié des années 2020 est quasiment à l'équilibre.

Au final, la croissance du PIB par habitant du Royaume-Uni est retombée à un niveau plus classique sur le temps très long d'environ +1 % par an. Ce niveau a cependant été "boosté" depuis deux siècles, ce pays ayant été le cœur de la Révolution industrielle.


Pays-Bas, un pays qui résiste plutôt bien aux crises

Les Pays-Bas, cinquième plus grosse économie de l'Union européenne, ont connu une évolution économique globale assez proche de celle du Royaume-Uni.

La crise économique de 2020 a été de bien moindre ampleur dans ce pays que dans beaucoup de pays européens. Le pays n'a connu qu'une crise limitée en 2022 ; la croissance y a été très forte en raison du rôle central de "hub commercial" du pays par lequel entrent beaucoup de marchandises pour l'UE via le port de Rotterdam.

La production économique a donc été boostée par l'explosion des prix de l'énergie importée, dont le transit a généré de plantureux profits. Le contrecoup de la baisse des prix en 2023 a entraîné une petite récession, mais l'économie est repartie en 2024.

Aux Pays-Bas, la croissance de 2022 a donc été exceptionnelle, atteignant +5 %, suivie d'une baisse de -0,6 % en 2023 et d'une hausse de +1,1 % en 2024 et +1,6 % en 2025. Pour 2026, les prévisions tournent autour de +0,8 % à +1,2 %, mais ces dernières semblent optimistes au vu de l'environnement géopolitique mondial.

Hors crise, la croissance néerlandaise fluctue globalement entre +2 % et +3 % par an depuis une dizaine d'années. Elle tourne cependant à +1,4 % actuellement.

Au niveau des contributions sectorielles, la croissance néerlandaise est en général entretenue par la consommation des ménages et un fort investissement des entreprises.

Un PIB par habitant en croissance modeste

Depuis de nombreuses décennies, les Pays-Bas disposaient comme la France d'une démographie relativement robuste. Elle se maintient avec une croissance de l'ordre de +0,5 % par an. Si le solde naturel a diminué depuis 2020, l'immigration reste en général soutenue.

En conséquence, le PIB par habitant a nettement diminué depuis le début de 2022, avant de rebondir depuis 2024.

Sur le temps long, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant aux Pays-Bas (hors crise) s'est plutôt maintenue depuis 20 ans, se situant entre +1,5 et +2,5 %. Mais lors de la crise de 2022, ce PIB par habitant a décru en raison du boom de l'immigration jusqu'à -1 % par an. Il augmente désormais au rythme soutenu d'environ +1,0 % par an.

Comme ailleurs, une croissance néerlandaise en atterrissage

Sur le temps long, on s'aperçoit que la croissance des Pays-Bas a connu une sorte d'atterrissage progressif depuis ses niveaux des Trente Glorieuses, passant de +5 % à environ +1,5 %. La première moitié des années 2020 est proche des +1 %.

Un tel atterrissage de la croissance en Occident est sans conteste de bon augure pour la Planète. Mais pour que cela soit également bon pour les citoyens, il conviendrait de réorganiser en profondeur l'économie, afin de conserver notre prospérité avec une croissance bien plus faible que par le passé.

Cette analyse graphique originale d'Olivier Berruyer pour Élucid est une mise à jour de notre suivi régulier et actualisé des grands indicateurs économiques.

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