07/08/2026 ssofidelis.substack.com  7min #322539

« L'effet rebond », ou la nouvelle vie du protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis

Par  Pepe Escobar, le 6 août 2026

Washington a pratiquement déclaré que le protocole d'accord Iran-États-Unis est révolu. Pas dans le coma : il a rendu l'âme.

Pourtant, nous assistons peut-être aujourd'hui au rebond spectaculaire par excellence - comme cadre directeur de la politique étrangère de l'Iran de l'après-guerre.

À toutes fins pratiques, Téhéran présente désormais ce qui était auparavant connu sous le nom de "Mémorandum d'Islamabad" comme le fondement de ses futures relations extérieures - et exige que Washington respecte les engagements pris dans le protocole d'accord signé par le président américain.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Araghchi, se rendra à Islamabad ce vendredi, sur invitation officielle du ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar. De plus en plus d'éléments indiquent que le Pakistan est redevenu le garant central, le canal militaire et le pont stratégique reliant Téhéran et Washington, ainsi que le CCG.

Les contradictions, bien sûr, abondent. Alors même que Téhéran désigne publiquement le Pakistan comme médiateur, et qu'Islamabad semble également coordonner ses actions au plus haut niveau avec une Arabie saoudite qui ne cesse de jouer sur les deux tableaux, Trump a préféré, lundi dernier, rendre hommage - publiquement - à l'Arabie saoudite, au Qatar et même aux Émirats arabes unis, mais pas au Pakistan.

Plongeons-nous dans cet imbroglio. L'accord mort-vivant a survécu sur un radeau, à la merci d'un océan géopolitique déchaîné et de la colère des dieux, pour renaître en tant que doctrine diplomatique dirigeante de l'Iran.

Bien qu'il soit lui aussi considéré comme une cause perdue par Téhéran, le président Masoud Pezeshkian a désormais publiquement qualifié l'engagement envers cet accord de fruit du jugement collectif du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC).

Il a également déclaré que le protocole d'accord devra constituer la pierre angulaire des futures relations étrangères de l'Iran et a appelé à ce que l'administration Trump soit contrainte d'honorer ce qu'elle a signé à Versailles.

Ainsi, l'accord comateux semble bel et bien avoir neuf vies : il a cessé d'être un mécanisme de cessez-le-feu temporaire pour renaître en tant que cadre stratégique à long terme.

L'influence américaine décline sur tous les fronts

Araghchi s'est entretenu à plusieurs reprises directement avec le maréchal Asim Munir, comme l'ont confirmé une nouvelle fois nos sources proches de la table des négociations - pour l'instant dans l'impasse.

Ce qui signifie qu'Araghchi ne se contente pas d'agir par le biais des canaux diplomatiques civils. Il dialogue avec le plus haut responsable militaire pakistanais au cours de la phase la plus délicate de ce drame "ni guerre, ni paix".

Malgré toutes ses erreurs de jugement évidentes en s'attaquant - simultanément - au Yémen et aux Unités de mobilisation populaire (PMU) en Irak, l'Arabie saoudite, par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, fait également partie de ce dispositif de communication.

Le principal canal de négociation est donc militaro-stratégique : il ne se limite pas au simple plan diplomatique.

Quiconque parie sur le Pakistan pour le rôle de médiateur entre l'Iran et l'Arabie saoudite doit s'attendre à traverser une période très délicate.

En effet, le Premier ministre Shehbaz Sharif, le maréchal Munir et le ministre des Affaires étrangères Dar se rendront en Arabie saoudite de ce jeudi à samedi pour des discussions de très haut niveau avec le prince héritier MbS.

Le ministère pakistanais des Affaires étrangères présente cette visite comme un événement hautement stratégique. Cela signifierait qu'Islamabad ne se contente pas de transmettre des messages entre Téhéran et Riyad, mais contribue à établir un cadre diplomatique et de sécurité régionale durable reliant les deux capitales.

L'administration Trump, acculée, tente peut-être d'empêcher que l'on reconnaisse - à tous les niveaux aux États-Unis - qu'une nation islamique dotée de l'arme nucléaire, étroitement alignée sur la Chine et développant des relations stratégiques avec l'Iran, est absolument indispensable aux négociations.

Il ne faut jamais sous-estimer la psychologie "macho" de Trump : reconnaître pleinement la médiation pakistanaise révélerait à quel point il a perdu le contrôle unilatéral de l'ensemble du processus.

Le Pakistan joue à fond la carte de l'ambiguïté stratégique. Islamabad continue de dialoguer avec Washington tout en refusant de se comporter en vassal des États-Unis et en s'alignant pleinement sur telle ou telle position. C'est ce qui lui permet de préserver sa crédibilité auprès de Téhéran, Washington, Riyad, Pékin et Moscou.

Parallèlement, l'AIEA n'a pas vérifié les stocks d'uranium enrichi de l'Iran depuis le 28 février, Téhéran ayant restreint l'accès à 20 installations déclarées.

Le dernier inventaire vérifié faisait état d'environ 440,9 kg d'uranium enrichi à 60 %.

En d'autres termes, cette "incertitude" nucléaire s'est désormais transformée en une arme stratégique.

L'administration Trump n'a littéralement aucune idée de l'endroit où se trouve l'uranium enrichi de l'Iran, ni de la quantité dont il dispose. Elle ignore si une partie a été dispersée, à quelle vitesse l'Iran pourrait passer à un enrichissement de qualité militaire (le professeur Ted Postol connaît la réponse), et si une intervention militaire détruirait les stocks ou accélérerait la militarisation.

Ajoutons à cela que les moyens d'action militaires, économiques et politiques de l'administration Trump sont sur le point de s'effondrer sous les yeux du monde entier : les réserves stratégiques de pétrole (SPR) frôlent un seuil critique historique, les marges de raffinage du diesel atteignent des niveaux extrêmes, il n'y a pratiquement plus de trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, les primes d'assurance contre les risques de guerre montent en flèche, et les stocks de missiles de précision longue portée sont presque à sec.

Et pourtant, les déclarations publiques de Washington et de Téhéran restent diamétralement opposées.

Trump insiste sur les négociations en cours. Les grands médias américains laissent entendre qu'un accord pourrait être imminent. Téhéran nie la reprise de toute négociation et insiste sur la seule négociation active - de nature technique - concernant les accords maritimes et de transport entre Téhéran et Mascate

Mais la question à un milliard de dollars, c'est en réalité de savoir qui tient les rênes du processus diplomatique.

Les faits indiquent que le ministre des Affaires étrangères iranien communique avec le chef de l'armée pakistanaise, tandis que le Qatar n'est au mieux qu'un acteur secondaire, et que le Pakistan coordonne directement ses actions avec Riyad.

Ce que veut vraiment la Chine

Pendant ce temps, ce qui se passe dans les sphères du pouvoir à Téhéran reste d'une importance capitale.

Selon nos sources, Ahmad Vahidi, le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), continue d'exercer une influence considérable au sein de l'appareil de sécurité iranien.

Reflétant le sentiment qui règne dans la rue, plusieurs responsables haut placés au sein du CGRI sont farouchement opposés à toute négociation avec les États-Unis. À cela s'ajoute que l'Assemblée des experts a publiquement dénoncé tout compromis avec Washington et condamné ce qu'elle qualifie de capitulation.

Pas étonnant qu'Araghchi soit soumis à une pression politique énorme. Mais la situation est encore plus grave : Vahidi a personnellement exigé la démission du président Pezeshkian.

La pression institutionnelle immédiate semble viser plus directement Araghchi et le processus de négociation que Pezeshkian en personne. Autrement dit, la lutte pour le pouvoir à Téhéran ne porte pas simplement sur la survie du président. Elle porte sur les termes du protocole d'accord - ou du cadre d'Islamabad - et s'il peut devenir une politique iranienne permanente.

La variable clé à surveiller dans ce contexte extrêmement instable : le contenu du protocole d'accord s'inscrit, sur toute la ligne, dans un alignement stratégique avec Pékin.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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