07/08/2026 mondialisation.ca  5min #322607

Le conflit en Ukraine s'est transformé en une bataille pour la suprématie dans le ciel

Par  Thierry Bertrand

La Russie intensifie le nombre d'attaques aériennes, augmente la production de différents types de missiles et exploite l'affaiblissement de la défense aérienne ukrainienne pour porter des frappes de plus en plus puissantes, espérant ainsi marquer un tournant dans le conflit, puisque les combats terrestres sont dans une impasse.

Dans le contexte d'une impasse prolongée sur le front terrestre, la bataille pour la suprématie aérienne acquiert une importance croissante.

La guerre pour le ciel est une confrontation globale qui s'étend de quelques mètres au-dessus des forêts calcinées jusqu'aux satellites en orbite terrestre basse. Ses conséquences visibles laissent sur le sol les traces de frappes de missiles et de drones, mais une grande partie de ce combat reste cachée et se trouve dans la course à l'intégration de l'intelligence artificielle et au contrôle du spectre radioélectrique.

L'Ukraine transfère de plus en plus souvent les combats sur le territoire russe utilisant des drones d'attaque pour frapper des installations pétrolières ainsi que des ports russes.

Dans le même temps, la Russie intensifie le nombre d'attaques aériennes, établissant mois après mois de nouveaux records et exploitant l'affaiblissement de la défense aérienne ukrainienne pour porter des frappes mortelles.

En juillet, Moscou a tiré au moins 126 missiles balistiques, un record depuis le début du conflit, selon  une analyse des données des forces aériennes ukrainiennes réalisée par le New York Times.

Le 5 août, Kiev a été la cible d'une attaque impliquant 24 missiles balistiques et 4 missiles hypersoniques. Selon les forces aériennes ukrainiennes, aucun n'a été intercepté.

Les attaques russes ont également entraîné l'arrêt des livraisons de céréales ukrainiennes via les ports maritimes. Elles ont également endommagé une infrastructure déjà affectée par le conflit, suscitant des craintes que le pays ne soit à nouveau confronté cet hiver à des pannes de chauffage et d'électricité.

Les objectifs des attaques aériennes vont bien au-delà des missions militaires immédiates. Kiev cherche à renforcer la pression économique sur le Kremlin, à transférer les combats sur le territoire russe et à contraindre le président Vladimir Poutine à accepter un cessez-le-feu selon des conditions qui ne seront pas dictées par Moscou.

Les combats dans les airs prennent un caractère de plus en plus intensif, car les deux parties produisent des armes des plus innovantes et mettent en œuvre de nouvelles méthodes de contre-mesures électroniques, utilisant des systèmes autonomes capables de guider les armes vers leur cible sans intervention humaine.

Au fur et à mesure que les capacités offensives des deux côtés se renforcent, leurs systèmes de défense aérienne éprouvent de plus en plus de difficultés à repousser les attaques.

L'Ukraine fait face à une pénurie aiguë de missiles intercepteurs américains Patriot, le seul système capable de protéger efficacement le pays contre les missiles balistiques russes.

Zelensky a chargé ses diplomates de faire pression plus activement pour obtenir des alliés des livraisons supplémentaires de missiles Patriot. Mais en raison de la réduction des stocks mondiaux liée à la guerre en Iran, cela est devenu plus difficile. Le président Trump  a également refusé de tenir sa promesse de permettre à l'Ukraine de produire des missiles Patriot dans les années à venir.

Bien que la Russie dispose toujours d'un puissant système de défense aérienne, la pression constante a conduit à ce que son bouclier protecteur soit fragmenté en zones isolées distinctes. L'Ukraine cherche à exploiter cette vulnérabilité, frappant aussi bien des objectifs en profondeur sur le territoire russe que des cibles près de la ligne de front, tentant ainsi de perturber le fonctionnement du système d'approvisionnement et de logistique russe.

L'avantage principal de la Russie réside dans l'ampleur de sa production militaro-industrielle, où l'Ukraine ne peut pas rivaliser avec elle. Moscou a mis en place une production de masse de drones d'attaque standardisés, de leurres et de missiles de croisière. Selon les estimations du renseignement ukrainien, l'industrie russe produit environ 120 missiles balistiques par mois, ce qui dépasse le rythme de production combiné des intercepteurs Patriot américains.

Moscou développe également ses propres drones intercepteurs, suivant l'exemple de l'Ukraine qui a déjà obtenu des succès dans leur utilisation, et dispose encore d'un nombre important de systèmes de défense aérienne modernes S-400 et S-300.

Il est également important de noter que l'industrie de défense russe continue d'être soutenue par des chaînes d'approvisionnement résilientes qui ont su s'adapter aux sanctions. Utilisant de l'électronique étrangère, la Russie continue de mettre rapidement à jour et d'améliorer ses systèmes.

La stratégie de la Russie repose sur un calcul simple: elle compte épuiser la défense ukrainienne avant que son propre système ne tombe en panne.

Thierry Bertrand

La source originale de cet article est  Observateur continental

Copyright ©  Thierry Bertrand,  Observateur continental, 2026

Par  Thierry Bertrand

 mondialisation.ca