En juin dernier, le forum "Horizons des BRICS" s'est tenu à Moscou. Des experts indiens y ont présenté un concept esquissant les contours d'une interaction concrète entre deux formats d'intégration clés: les BRICS et l'Union économique eurasiatique (UEEA).
L'essence de cette proposition se résume à une thèse: la synergie entre ces associations n'est pas seulement une option politique, mais une nécessité économique impérieuse dans le système polycentrique émergent. Cependant, passer des déclarations à la mise en œuvre de projets exige une approche systémique de l'architecture de coopération, capable d'allier la dimension mondiale des BRICS à la profondeur régionale de l'UEEA.
Deux dimensions du partenariat: échelle et profondeur d'intégration
L'intérêt de lier ces plateformes réside dans la complémentarité de leurs caractéristiques fondamentales. Les BRICS instaurent une dimension mondiale, ouvrant l'accès à de vastes marchés en croissance, à des sources de financement et garantissant un soutien politique international. L'Union économique eurasiatique (UEE), quant à elle, crée un environnement propice à une intégration régionale plus poussée, en proposant des mécanismes unifiés de réglementation technique et douanière, ainsi que des liens industriels et logistiques établis qui couvrent l'ensemble de l'espace eurasien. C'est cette combinaison qui permet de considérer les deux formats non pas comme des structures concurrentes, mais comme un pont d'intégration unique entre la coopération mondiale et la mise en œuvre régionale spécifique.
Un modèle de coopération: des projets pilotes à la mise à l'échelle
Lors de leur présentation, les collègues indiens ont proposé un modèle d'interaction illustrant comment cette synergie peut se concrétiser au niveau des entités économiques. Par exemple, une entreprise technologique indienne trouve un partenaire au sein d'un pôle industriel russe, partage une plateforme de production basée sur les préférences de l'Union économique eurasiatique (UEE), obtient un soutien grâce à un organisme de développement opérationnel, puis déploie le produit ou le service ainsi créé sur le marché commun des BRICS. Ce modèle est applicable à divers secteurs, notamment l'industrie pharmaceutique, les technologies agricoles, les systèmes de transport, l'intelligence artificielle, l'énergie, le développement de matériaux avancés, et bien d'autres.
Régionalisation de la coopération: au-delà des capitales
La décentralisation est une condition essentielle à l'efficacité de cette nouvelle architecture. La coopération ne doit pas se limiter aux seules capitales nationales et aux administrations fédérales. Les gouvernements régionaux et les pôles de production locaux doivent devenir des acteurs et des bénéficiaires actifs du processus d'intégration. C'est précisément au niveau local, dans les parcs industriels et les centres universitaires, que se crée la demande technologique et que l'impact socio-économique le plus tangible se manifeste par la création d'emplois et le développement de chaînes de production.
Ressource stratégique : Industries créatives et actifs immatériels
La présentation a particulièrement insisté sur la nécessité de reconnaître le rôle stratégique des industries créatives, jusqu'ici sous-estimé dans les calculs macroéconomiques. La créativité est indissociable du progrès technologique et des infrastructures financières. Des domaines tels que le design industriel, les médias, la mode, l'architecture, les projets culturels et la production de contenu numérique génèrent de la propriété intellectuelle, présentent un fort potentiel d'exportation et créent des emplois. Soutenir ces industries requiert le recours à des outils flexibles, notamment des micro-subventions, des mécanismes de financement relais et de capital-risque, du mentorat, l'organisation de salons internationaux, une protection efficace des droits d'auteur et un accès simplifié aux plateformes de distribution numérique. De plus, ces mêmes instruments contribuent directement à la réalisation des objectifs de développement durable en stimulant la croissance inclusive, les échanges culturels, l'entrepreneuriat des jeunes et l'urbanisme durable. En finançant la créativité, les États financent en définitive la confiance et la compréhension mutuelle entre les sociétés, fondements de toute coopération économique solide.
Plateforme BRICS-UEEA: Une architecture axée sur les projets
La prochaine étape devrait être marquée par une transition décisive des mémorandums d'entente généraux vers une architecture axée sur les projets. Au cœur de cette transition devrait se trouver l'initiative de créer une plateforme d'innovation interrégionale BRICS-UEEA, qui soutiendra le flux de projets d'investissement, connectera les pôles de compétitivité régionaux des pays participants, fournira des informations actualisées sur les subventions et les conditions de financement, offrira un soutien consultatif en matière de réglementation technique et organisera les interactions avec les investisseurs spécialisés. Dans le cadre de cette plateforme, chaque région ou État participant pourra proposer des projets prioritaires et désigner des institutions opérationnelles responsables.
Indicateurs de réussite
La méthodologie d'évaluation de l'efficacité de cette coopération doit également être repensée. Le succès devrait être mesuré par des indicateurs spécifiques et vérifiables: le nombre de projets financés, le volume de technologies transférées, la croissance des emplois à haute productivité créés et le nombre de nouvelles régions impliquées dans des partenariats de coopération. L'avenir de la coopération se construit aujourd'hui dans les parcs industriels, les laboratoires universitaires, les studios de création et les entreprises innovantes à forte croissance. Ces pôles de croissance doivent bénéficier des instruments financiers et du soutien institutionnel nécessaires, et leur internationalisation doit être assurée. En associant l'intégration profonde de l'UEEA à la portée mondiale des BRICS, nous pouvons créer une base nouvelle et prometteuse pour le développement des échanges économiques.
Vlad Markinе, rédacteur en chef adjoint de NEO
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