Sayid Marcos Tenorio, 8 août 2026.- Au fil de l'histoire, presque toutes les luttes de libération nationale ont été qualifiées de "terrorisme" par les puissances exerçant une domination coloniale ou une occupation étrangère. Cette stratégie n'a rien de nouveau.
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L'Empire britannique a qualifié de terroristes les combattants de l'IRA en Irlande et les guérilleros de l'EOKA à Chypre. La France a présenté le Front de libération nationale (FLN) algérien comme une organisation criminelle. Il en a été de même pour le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO) en Namibie, et même le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela.
L'histoire a toutefois donné raison à ces mouvements et condamné les régimes coloniaux qui cherchaient à perpétuer leur domination.
Ce schéma révèle une constante : ceux qui occupent un territoire cherchent à priver le peuple occupé de toute légitimité à résister.
La déshumanisation de la résistance est une stratégie coloniale. En qualifiant tout résistant de "terroriste", on détourne l'attention de l'occupation illégale, de l'apartheid et du déni du droit à l'autodétermination pour la reporter sur la réaction du peuple occupé.
Ce discours se heurte toutefois à des limites claires au sein même du droit international.
De la Charte des Nations unies à la résolution 1514 (XV) sur la décolonisation et à la résolution 2625 (XXV), qui réaffirme le principe de l'autodétermination des peuples, il est désormais établi que les peuples soumis à une domination coloniale, à une occupation étrangère ou à des régimes racistes ont le droit de lutter pour leur libération.
Plusieurs résolutions ultérieures de l'Assemblée générale des Nations unies ont reconnu la légitimité des mouvements de libération nationale et admis qu'une telle résistance pouvait prendre la forme d'une lutte armée, à condition qu'elle reste soumise aux règles du droit international humanitaire.
C'est précisément pour cette raison que la communauté internationale n'a jamais assimilé automatiquement les mouvements de libération nationale à des organisations terroristes.
Le droit international humanitaire régit la conduite des conflits armés et impose des obligations à tous les belligérants, y compris aux mouvements de résistance.
Il n'élimine pas pour autant le droit politique et juridique d'un peuple à résister à l'occupation. Confondre ces deux dimensions ne sert que les intérêts des puissances occupantes, car cela transforme un conflit de nature politique et juridique en une simple question de maintien de l'ordre.
L'histoire de ce que l'on appelle l'"État d'Israël" met elle-même en évidence cette contradiction. Avant 1948, l'Irgoun et le Lehi étaient considérés comme des organisations terroristes par le gouvernement britannique en raison d'attaques telles que l'attentat contre l'hôtel King David et l'assassinat du médiateur de l'ONU, Folke Bernadotte.
Des années plus tard, leurs dirigeants ont accédé aux plus hautes fonctions gouvernementales et Menachem Begin a reçu le prix Nobel de la paix. Cela démontre que l'étiquette de "terroriste" reflète souvent davantage les circonstances politiques qu'une définition juridique immuable.
Dans le contexte actuel, ce débat demeure d'une grande actualité. La Palestine continue d'être reconnue par les Nations unies comme un territoire sous occupation, tandis que le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU, dans l'attente de la concrétisation du droit de son peuple à l'autodétermination.
Dans ce cadre, le Mouvement de résistance islamique (Hamas), apparu durant la Première Intifada, et le Front Polisario, reconnu par les Nations unies comme le représentant du peuple sahraoui dans le processus de paix au Sahara occidental, s'inscrivent dans la tradition historique des mouvements de libération nationale.
Tout comme l'ANC en Afrique du Sud, le FLN en Algérie, la SWAPO en Namibie, le FRELIMO au Mozambique et bien d'autres mouvements, ils fondent tous deux leur lutte sur la revendication, par leurs peuples, du droit à l'autodétermination face à l'occupation ou à la domination étrangère.
Cela ne signifie pas pour autant que toute action militaire menée par des organisations de résistance soit automatiquement légitime au regard du droit international.
Les règles du droit international humanitaire s'appliquent à toutes les parties à un conflit et interdisent les attaques délibérées contre les civils, quelle que soit la cause défendue.
Toutefois, d'éventuelles violations de ces règles ne remettent pas en cause, en soi, la légitimité juridique de la lutte pour l'autodétermination, et ne transforment pas automatiquement un mouvement de libération nationale en organisation terroriste au regard du droit international. Il s'agit de questions distinctes, souvent confondues par souci de convenance politique.
Il n'y a pas de colonialisme sans résistance. Il n'y en a jamais eu.
La Résistance française face à l'occupation nazie, les guérillas vietnamiennes, les combattants algériens, les Sud-Africains ayant affronté l'apartheid, les mouvements de libération africains, le Front Polisario et la résistance palestinienne démontrent tous qu'aucun peuple n'acceptera indéfiniment la perte de sa terre, de sa souveraineté et de sa dignité.
La véritable question n'est donc pas de savoir pourquoi la résistance existe.
La question que le monde devrait se poser est de savoir pourquoi perdurent les occupations militaires, les processus coloniaux et les régimes qui dénient à des peuples entiers le droit de déterminer leur propre destin.
Tant qu'il y aura colonisation, apartheid, annexion illégale et déni du droit à l'autodétermination, il y aura des mouvements de résistance armée.
Et le droit international, en dépit des pressions politiques et des tentatives de criminaliser les mouvements de libération, continue de consacrer le principe fondamental selon lequel la liberté des peuples ne constitue pas un acte de terrorisme, mais un droit humain fondamental.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR
L'AUTEUR
Sayid Marcos Tenório est historien, spécialiste des relations internationales, fondateur et vice-président de l'Institut Brésil-Palestine (Ibraspal). Il est l'auteur de l'ouvrage "Palestina: do mito da terra prometida à terra da resistência" (Palestine : du mythe de la terre promise à la terre de la résistance) (Anita Garibaldi/Ibraspal). Son compte X : soupalestina

