par Alfredo Jalife-Rahme
Le Pacte de La Mecque est une alliance musulmane comparable au Pacte de Bagdad que les Anglo-Saxons constituèrent durant la guerre froide, avec l'Iran impériale contre les nationalistes arabes et l'Union soviétique. Sauf que, cette fois, il est dirigé implicitement contre Israël.
La géopolitique tellurique du Moyen-Orient est une conséquence de la guerre Israël/États-Unis contre l'Iran et de l'irrédentisme talmudique du "Grand Israël" - qui n'a jamais existé. La signature du pacte tripartite de défense dans la Mecque - sainte pour 2,1 milliards de fidèles islamiques mondiaux - a ébranlé les plaques tectoniques déjà mouvantes du Moyen-Orient. Le Pakistan avait déjà signé un pacte de défense [1] avec l'Arabie saoudite, où il avait déployé 8 000 soldats, des chasseurs-bombardiers et des drones [2]. Ainsi, le nouvel invité est la Turquie, en attente de l'ajout de l'Égypte [3].
L'Arabie saoudite a enfin compris que la priorité de Trump c'est Israël par-dessus tout. Netanyahou avait déjà poursuivi un "hexagone d'alliances" avec la Grèce, Chypre et l'Inde, tandis que l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett a décrit la Turquie comme "le nouvel Iran" - auquel il a ensuite ajouté le Qatar - et a alerté l'opinion, en plein milieu de la période électorale, contre un "axe sunnite hostile (sic) avec le Pakistan nucléaire [4]".
Khawaja Asif, ministre pakistanais de la Défense, a défié Israël en le qualifiant de "menace pour l'ensemble du monde islamique" et a proposé de "se débarrasser des juifs européens (note : les Khazars)" alors qu'il avait déjà défini Israël comme "une entité malveillante et une malédiction pour l'humanité" en raison de son caractère "cancérigène [5]". La Turquie, qui partage l'agenda anti-kurde de sécession de l'Iran, a déclaré que le pacte n'était pas dirigé contre le pays perse [6].
Le ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, a présenté la "menace du pacte pour la sécurité d'Israël" comme un "évènement très dangereux et très préoccupant" qui "nécessite de renforcer nos alliances avec la Grèce et Chypre (note : la partie grecque, pas la partie turque), les Émirats arabes unis (EAU) et le Somaliland." Curieusement, il n'a pas ajouté l'Inde [7]. La réaction du ministère iranien des Affaires étrangères a été très ductile : "Il n'y a aucune raison de craindre que le pacte soit contre l'Iran. La Turquie et le Pakistan entretiennent des liens historiques profonds avec l'Iran. Les pays de la région ont finalement compris qu'ils ne pouvaient pas compter sur les États-Unis pour leur sécurité [8]."
Le Jerusalem Post soutient que l'Accord conjoint de défense de La Mecque "est perçu par l'Iran comme un succès majeur", tandis que Huda Albadi, chercheuse aux Émirats arabes unis, désigne le pacte comme "un tigre de papier" et expose la "mentalité régionale inquiétante qui considère Israël comme une puissance déstabilisatrice, et non l'Iran [9]".
Au milieu de la méga-tendance mondiale vers la multipolarité, l'Arabie saoudite n'a pas cédé aux pressions de Trump pour adhérer aux accords d'Abraham contre nature, alors que la Turquie et le Pakistan ont vigoureusement défendu les Palestiniens face au génocide israélien. Le chercheur iranien Mohammad Marandi estime que le pacte visait à soutenir l'Arabie saoudite à la fois dans sa guerre contre les guérilleros yéménites d'Ansarallah et à assurer la sécurité et le transport en mer Rouge [10].
L'Arabie saoudite compte près de 20 millions d'habitants (sans compter 45 % d'expatriés migrants, principalement originaires d'Inde) ; une superficie de 2,15 millions de kilomètres carrés et un PIB (pour son pouvoir d'achat) de près de 3 000 milliards de dollars (trillions en anglo-saxon). La Turquie, membre de l'OTAN avec le deuxième plus grand contingent, compte 85,3 millions d'habitants, sur une superficie de 783 562 kilomètres carrés et un PIB de 4 000 milliards de dollars (avec une parité en matière d'achats) grâce à sa puissance industrielle et à son exportation abondante d'armes, en particulier de drones. Le Pakistan, seul pays de la triade doté de 170 bombes nucléaires (financées par l'Arabie saoudite), compte une population de 240,4 millions d'habitants - dont au moins 20 % de la population est chiite (environ 50 millions !) - pour une superficie de 881 913 kilomètres carrés et un PIB de 1,8 illion de dollars.
Le South China Morning Post soutient que la nouvelle position du Pakistan se fait au détriment de l'Inde, tandis que la Chine, sans grand tambour médiatique, s'impose [11]. Les États-Unis sont ils en train de quitter le golfe Persique, où la Chine s'affirme, main dans la main avec le Pakistan ?
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " Joint Statement Issued Following Pakistan Prime Minister State Visit to Saudi Arabia", Governement of Saudi Arabia, September 17, 2025.
[2] " Pakistan deploys jet squadron, thousands of troops to Saudi Arabia during Iran war" Asif Shahzad, Saad Sayeed & Mubasher Bukhari, Reuters, May 18, 2026.
[3] " Histórico Pacto de Defensa Saudita con Pakistán y Turquía :¿VS Israel o Irán o Yemen ?", Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 11 de agosto de 2026.
[4] " What's Netanyahu's planned 'hexagon' alliance - and can it work ?", Elis Gjevori, Al-Jazeera, February 23, 2026.
[5] " Pakistan's defence minister calls Israel 'curse for humanity' in deleted post", Middle East Eye, April 10, 2026.
[6] " Fidan : Mecca defense pact does not target Iran", Al-Mayadeen, August 18, 2026.
[7] " @SprinterPress", Sprinter Press, X, August 9, 2026.
[8] " @IranObserver0", Iran Observer, X, August 10, 2026.
[9] " 'A paper tiger' : Iran sees Saudi, Turkey, Pakistan defense pact as a major win, expert tells 'Post'", Danielle Greyman-Kennard, The Jerusalem Post, August 10, 2026.
[10] " Seyed M. Marandi : Iran-Oman Hormuz Deal Almost Reached & the Saudi-Turkey-Pakistan Defence Pact ", Glenn Diesen, YouTube, August 9, 2026.
[11] " 'Islamic Nato' ? Why Pakistan's new defence pact has India on edge", Biman Mukherji, South China Morning Post, August 11, 2026.
