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19/08/2026 reseauinternational.net  6min #323778

Trump furieux : la guerre contre l'Iran révèle les vraies limites de la puissance militaire américaine

par Raphaël Besliu

Cinq mois. C'est le temps qu'il aura fallu pour que les contraintes matérielles de la guerre contre l'Iran rattrapent les projections initiales de Washington. L'administration américaine avait envisagé un conflit de trois à quatre semaines, mais celui-ci est désormais entré dans son sixième mois. Dans le même temps, des informations du Washington Post et de Reuters, reprises par ZeroHedge, font état de tensions internes au sommet du Pentagone et d'un niveau préoccupant de certains stocks de munitions américaines. Au-delà de la querelle entre Donald Trump et Pete Hegseth, ces révélations posent une question stratégique plus profonde sur la capacité des États-Unis à soutenir durablement une guerre de haute intensité.

Selon deux sources citées par Reuters et reprises par ZeroHedge, Washington aurait utilisé "pratiquement tous" ses missiles ATACMS et Precision Strike Missiles, tandis que leurs stocks seraient désormais à des niveaux critiques. ZeroHedge relie leur emploi aux tentatives américaines visant d'abord à provoquer un changement de régime en Iran, puis à contraindre Téhéran à rouvrir le détroit d'Ormuz. Les stocks de missiles de défense Patriot font eux aussi l'objet d'inquiétudes persistantes, même si la source ne les décrit pas explicitement comme épuisés. Pour Washington, le problème dépasse donc la seule logistique : lorsqu'une guerre absorbe rapidement certaines des munitions les plus importantes sans produire de résultat décisif, la profondeur des arsenaux devient elle-même une limite stratégique.

Iran : la guerre prévue pour quelques semaines entre dans son sixième mois

Au cœur des révélations du Washington Post se trouve Pete Hegseth. Selon plusieurs responsables américains s'exprimant sous couvert d'anonymat, le secrétaire à la Défense aurait été l'un des plus fervents partisans du déclenchement de la guerre contre l'Iran et aurait convaincu Donald Trump qu'une victoire rapide et relativement facile était possible. L'administration envisageait alors une campagne de trois à quatre semaines. Le conflit est désormais dans son sixième mois. ZeroHedge rapporte qu'au moins 18 militaires américains ont été tués, plusieurs centaines blessés et que certaines estimations évaluent déjà le coût de la guerre à plus de 100 milliards de dollars.

"Les affirmations concernant des stocks épuisés, des désaccords internes et la position du secrétaire sur l'Iran sont fictives", a déclaré le porte-parole du Pentagone Sean Parnell.

La Maison Blanche et le Pentagone contestent catégoriquement le récit du Washington Post. Karoline Leavitt a qualifié ces informations de "fausses nouvelles à 100%" et assuré que Donald Trump accordait une "confiance absolue" à Pete Hegseth. Sean Parnell affirme également que le secrétaire à la Défense "n'ira nulle part". Ces démentis doivent être mentionnés clairement. Ils coexistent cependant avec les informations distinctes rapportées par Reuters selon lesquelles les stocks d'ATACMS et de PrSM se trouvent à des niveaux critiques après que Washington aurait utilisé pratiquement toutes ces armes.

Selon les responsables cités par le Washington Post, Trump se serait montré de plus en plus exaspéré par Hegseth après avoir appris que les pénuries de munitions qu'on lui avait présentées comme résolues étaient loin de l'être. Le secrétaire à la Défense aurait alors tenté de reporter une partie de la responsabilité sur son adjoint Steve Feinberg, ancien dirigeant de Cerberus Capital Management et important donateur républicain devenu numéro deux du Pentagone. Ces affirmations sont contestées par l'administration et doivent rester présentées comme telles. Elles illustrent néanmoins la tension politique qui apparaît lorsque les assurances données au début d'une guerre se heurtent aux limites matérielles constatées plusieurs mois plus tard.

Iran : quand la profondeur des arsenaux limite la puissance américaine

Au-delà de Pete Hegseth, c'est la question de la capacité militaire américaine qui devient centrale. ZeroHedge souligne que l'Iran a combiné des technologies de missiles sophistiquées avec un vaste arsenal de drones relativement peu coûteux pour frapper les forces américaines et alliées autour du Golfe. Dans le même temps, les informations de Reuters sur les stocks d'ATACMS et de PrSM montrent la vitesse à laquelle une guerre prolongée peut exercer une pression sur les arsenaux occidentaux. La sophistication technologique ne suffit donc pas à elle seule : dans un conflit de haute intensité qui se prolonge, le volume disponible et la capacité à reconstituer les stocks deviennent des éléments déterminants de la puissance militaire.

L'effet politique attendu en Iran semble lui aussi avoir été plus compliqué qu'anticipé. ZeroHedge affirme que les bombardements américains, marqués selon lui par plusieurs épisodes ayant causé d'importantes pertes civiles, dont des dizaines d'écolières, ont contribué à resserrer une partie de la population iranienne autour du régime. Parallèlement, le recul de Trump sur sa menace de lancer "la plus grande attaque depuis la Seconde Guerre mondiale" a été largement attribué aux avertissements du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Celui-ci aurait exhorté le président américain à renoncer, craignant qu'une frappe massive ne provoque surtout une riposte dévastatrice contre l'Arabie saoudite et d'autres États du Golfe. ZeroHedge ajoute que les inquiétudes du Pentagone concernant la diminution de ses capacités offensives ont probablement également pesé dans le calcul américain.

Une autre alerte illustre la tension sur les capacités disponibles. Selon le Washington Post, le commandant de l'US European Command a averti par écrit ses supérieurs que ses forces étaient fortement sollicitées et qu'il pourrait être placé dans une situation où il devrait choisir entre défendre le "territoire américain" et défendre Israël. Une telle mise en garde ne signifie pas que Washington serait devenu incapable d'assurer ses engagements militaires, mais elle révèle la difficulté croissante de maintenir simultanément plusieurs priorités stratégiques lorsque les moyens disponibles sont soumis à une forte pression.

Ce que cette guerre met ainsi en lumière est l'écart possible entre l'image d'une puissance militaire disposant d'une capacité de frappe presque illimitée et les contraintes matérielles d'un conflit prolongé. Les stocks de munitions définissent concrètement ce qu'un État peut soutenir dans la durée. Lorsque certains missiles de longue portée seraient presque épuisés, que les réserves de Patriot restent sous tension, que des commandants alertent sur l'étirement de leurs forces et qu'un allié régional majeur aurait lui-même cherché à freiner l'escalade, la question ne porte plus seulement sur la supériorité technologique américaine. Elle porte sur la capacité de Washington à convertir cette supériorité en résultats politiques sans épuiser progressivement les moyens nécessaires à ses autres engagements stratégiques.

source :  Géopolitique Profonde

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