
par Nate Bear
La Finlande, souvent considérée comme le pays le plus heureux du monde, affiche désormais le taux de chômage le plus élevé d'Europe, la demande d'aide alimentaire a explosé de plus de 70% et le nombre de sans-abri, qui était en baisse depuis plus de dix ans, a augmenté de 34% en seulement deux ans. La situation dans le pays est si grave que près de 20% de la population finlandaise est désormais considérée comme menacée de pauvreté.
Autrefois considérée comme le modèle par excellence d'une vie agréable, d'une gouvernance compétente et d'un État-providence solide, la Finlande s'effondre à une vitesse fulgurante. Comment les choses ont-elles pu dégénérer si rapidement ?
En trois mots : l'OTAN, l'austérité et la russophobie.
Ces trois éléments sont liés. La Finlande réduit son État-providence à l'os pour respecter l'objectif de l'OTAN de consacrer 5% du PIB aux dépenses militaires, un objectif devenu nécessaire après que le pays a abandonné sa neutralité et troqué l'État-providence contre un État guerrier à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
La rapidité de l'effondrement a été stupéfiante.
En 2019, le taux de risque de pauvreté était de 11% et, en 2022, le pays était en passe d'atteindre un taux de chômage historiquement bas. Tout a changé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la réaction hystérique et excessive du pays face à une menace imaginaire. Ce n'est pas seulement mon avis. Plusieurs universitaires finlandais, notamment Heikki Patomäki, professeur de politique internationale à l'université d'Helsinki, ont déclaré que les circonstances ne justifiaient tout simplement pas que la Finlande adhère à l'OTAN, qu'elle rompe ses liens économiques précieux avec la Russie et qu'elle militarise sa frontière.
Les faits le confirment.
Au moment de son invasion de l'Ukraine, la Russie ne disposait que de quelques milliers de soldats répartis dans diverses bases le long de sa frontière de 1340 km avec la Finlande. Ces bases abritaient une poignée de batteries de défense antimissile et quelques dizaines de chars. Une grande partie des troupes et du matériel a ensuite été déployée en Ukraine, laissant les bases vides. Il n'y avait manifestement aucune menace d'invasion, et Poutine l'a souligné en mai 2022 lors d'un entretien téléphonique avec le président finlandais de l'époque, Sauli Niinistö.
Mais à ce stade, la russophobie et l'hystérie autour de l'adhésion à l'OTAN avaient déjà commencé à prendre une ampleur propre. Sanna Marin, la jeune premier ministre finlandaise de l'époque, chouchoute des médias libéraux, s'est révélée une promotrice particulièrement efficace. Bien qu'elle ait affirmé dans les jours qui ont suivi l'invasion russe qu'il n'y avait aucune menace, son ton est devenu nettement plus belliciste au cours des mois suivants. Elle a déclaré que la Russie "représentait une menace pour nous tous" et s'est mise à parler comme une dirigeante en temps de guerre, affirmant en septembre 2022 que "la Russie peut défier la Finlande, nous faire chanter et nous menacer, mais nous ne céderons pas". Il faut garder à l'esprit qu'à ce moment-là, la Russie ne disposait pratiquement d'aucune troupe ni d'aucun équipement à sa frontière occidentale avec la Finlande. La menace russe qu'elle invoquait était entièrement imaginaire, une hallucination.
Néanmoins, en avril 2023, la Finlande a adhéré à l'OTAN, quelques jours seulement après la défaite de Marin face à la droite et à l'extrême droite lors d'une élection où la position politique vis-à-vis de la Russie faisait l'unanimité, les conservateurs, les ethno-nationalistes et les sociaux-démocrates de Marin chantant tous sur le même air.
Après sa défaite, Marin s'est empressée d'aller travailler pour Tony Blair, tandis que le nouveau gouvernement conservateur-nationaliste s'est attelé à démanteler l'État-providence finlandais pour financer le privilège de l'adhésion à l'OTAN.
Le gouvernement finlandais a désormais bien avancé dans son programme visant à réduire 9 milliards d'euros de dépenses publiques d'ici 2027, ce qui inclut d'importantes coupes dans la sécurité sociale (notamment les aides au logement, les allocations familiales et les allocations chômage), les soins de santé, l'éducation et les budgets alloués aux communes, tout en augmentant les impôts des salariés aux revenus moyens. Les coupes dans les services de santé ont été particulièrement brutales, avec notamment une forte réduction des effectifs hospitaliers, des soins aux personnes âgées et des services aux personnes handicapées, tout en redéfinissant les "obligations de service minimum" pour justifier la fourniture de soins de moindre qualité aux patients. Le gouvernement a également réduit de manière drastique le financement des organisations œuvrant pour la paix et des initiatives visant à remédier aux nouvelles relations de type "guerre froide" avec la Russie.
De plus, le nouveau gouvernement a complètement fermé tous les postes-frontières avec la Russie que les sociaux-démocrates de Marin avaient partiellement fermés, et a commencé à construire de longs tronçons de barrière frontalière, sécurisés par des troupes, des caméras de vision nocturne et des détecteurs de mouvement.
Et tandis que le pays tout entier souffre désormais de la paranoïa belliciste qui s'est emparée des dirigeants finlandais, ses villes frontalières ont été particulièrement touchées.
Avant la guerre, les Russes traversaient régulièrement la frontière pour faire leurs achats, se restaurer, séjourner à l'hôtel et se rendre dans les résidences secondaires qu'ils possédaient dans les villes et villages situés le long de la frontière. Tout cela a disparu. Une estimation citée dans une récente étude finlandaise évalue la perte liée au tourisme russe dans la région frontalière de la Carélie du Sud à pas moins d'un million d'euros par jour. Le taux de chômage dans certaines régions frontalières avoisine désormais les 20%.
La frontière constituait également autrefois une importante porte d'entrée commerciale entre l'UE et la Russie, mais sa fermeture a entraîné la disparition d'une grande partie du transport routier de marchandises et des activités de transit. L'OCDE affirme que l'est de la Finlande est passé du statut de "porte d'entrée économique" à celui de "barrière de sécurité", une transformation qu'elle salue bien sûr plutôt qu'elle ne la déplore, en affirmant que s'opposer à la Russie est important non seulement pour la Finlande, mais pour l'Europe dans son ensemble.
Viennent ensuite les matières premières telles que le gaz et le bois.
En 2021, la Russie représentait environ 92% des importations de gaz de la Finlande. La Finlande a remplacé la totalité de ces importations par un mix de sources, notamment du GNL bien plus cher en provenance des États-Unis, ce qui signifie que la Finlande, qui affichait auparavant parmi les prix du gaz les plus bas d'Europe, a désormais les prix du gaz les plus élevés d'Europe.
Quant au bois, en 2021, 70% des importations de bois de la Finlande provenaient de Russie, et ce bois fournissait environ 10% de l'ensemble du bois brut utilisé par l'industrie finlandaise. Les usines de pâte à papier en Finlande ont par la suite fait faillite et le secteur a été confronté à des pénuries qui persistent encore aujourd'hui, après que l'UE, avec le soutien de la Finlande, a interdit aux pays d'acheter du bois à la Russie.
Les décisions de la Finlande, prises tant de manière indépendante que collectivement au sein de l'UE, ont plongé plusieurs millions de citoyens finlandais dans la misère. Pourtant, alors même que le pays démantèle l'État-providence, il dépense plus d'argent que jamais, environ 8,1 milliards de dollars en 2025, en armement de guerre pour lutter contre une menace qui n'existait pas auparavant. Une menace que la Finlande a rendue réelle par son nouveau militantisme anti-russe au sein de l'OTAN, Poutine promettant de réagir au renforcement des effectifs à la frontière finlandaise.
Et parmi les bénéficiaires d'une Finlande nouvellement armée et agressive figurent les marchands d'armes du complexe israélien d'apartheid et de génocide, qui, en 2024, ont vendu à la Finlande son système de défense aérienne "David's Sling", dont l'efficacité est contestable, pour 316 millions d'euros. La Finlande a également acheté des missiles pour chars et navires à la société israélienne Rafael, qui a fourni la plupart des armes et des équipements utilisés pour commettre le génocide de Gaza. Le gouvernement finlandais a déclaré que le génocide de Gaza perpétré par Israël ne l'empêcherait pas d'acheter des armes à ce pays, une position qui n'a rien d'étonnant parmi les dirigeants européens en faillite morale. La Finlande consacre également 10 milliards d'euros à l'achat d'avions de chasse américains, ainsi que quelques milliards d'euros à des missiles et des bombes planantes destinées à être tirées depuis ces appareils, tout en accordant à l'Ukraine 2,3 milliards d'euros d'aide militaire directe sur trois ans.
Tout cela est complètement dément, mais nullement surprenant compte tenu de la russophobie qui imprègne tous les cercles du pouvoir européens et s'est ancrée sur le continent.
La Finlande a en effet sabré dans tout ce qui faisait d'elle, aux yeux de beaucoup, l'envie du monde entier. Le pays a mis à mal le modèle qui lui avait assuré un niveau de vie si élevé, un modèle notamment fondé sur la neutralité et de bonnes relations avec la Russie.
Au lieu de cela, le pays s'est imposé un programme d'ajustement structurel pour financer son adhésion à une alliance militaire dont il n'avait pas besoin, cette adhésion créant un ennemi qui n'existait pas, un ennemi qui se trouve être une superpuissance nucléaire avec laquelle il partage une frontière immense.
Le prix à payer a été, et continuera d'être, très élevé, et ce sont les Finlandais ordinaires qui le paieront pendant longtemps.
Mais cela ne se limite pas à la Finlande.
Partout en Europe, nous assistons au remplacement honteux de l'État-providence par l'État guerrier, tandis que les marchands de génocide et de mort s'en mettent plein les poches.
source : Do Not Panic