20/08/2026 mondialisation.ca  9min #323968

La diplomatie façon baron de l'immobilier

Par  Patrick Lawrence

Notre époque est celle de la "normalisation" — c'est-à-dire l'acceptation progressive, pour ne pas dire insidieuse, du caractère "naturel" de réalités répréhensibles, souvent criminelles, et très souvent d'une stupidité aberrante. La normalisation, précisons-le d'emblée, est une ruse essentielle des puissants dans un monde aussi aberrant et autodestructeur que le nôtre.

Ce processus de normalisation est, dans les cas les plus visibles, impossible à ignorer.

Il a fallu au pouvoir officiel et aux médias à son service... quoi ?... environ un an pour normaliser le génocide à Gaza. Le terrorisme sioniste est désormais normalisé. La complicité des États-Unis dans ce terrorisme au quotidien est désormais normalisée. Le régime criminel de Tel-Aviv est normalisé.

Manifestement perturbé et incompétent, Donald J. Trump est désormais normalisé en tant que président, partageant le même toit que Jefferson, Lincoln, F.D.R. et Kennedy.

Dans sa lettre d'information Substack publiée l'autre jour, Simplicius a attribué cette tendance au "syndrome de normalité", c'est-à-dire à l'acceptation généralisée de ce qui est, simplement parce que tel est le cas. Dans l'histoire, c'est une caractéristique courante des empires en phase déclinante. Sous le titre  "Bienvenue au Cirque d'Ormuz, le plus grand show planétaire !", on peut lire ceci :

"La société américaine vit dans un état de"normalité biaisée", tandis que des politiciens au teint bronzé au spray ne cessent de vanter une sorte d'"âge d'or"alors que pratiquement tout ce qui touche à l'empire américain part lentement à vau-l'eau".

"Mort et enterré", dirais-je. Peut-être même "plus qu'enterré".

Il y a ensuite les cas de normalisation dont on ne parle pas souvent. Et j'en viens ici aux méthodes diplomatiques et de gouvernance du régime Trump.

On ne lit jamais dans la presse grand public à quel point les émissaires de Trump agissent en dehors des limites acceptables, ni à quel point leurs obsessions idéologiques sont néfastes, ni à quel point leurs loyautés font défaut, ni à quel point ils s'avèrent incapables de s'acquitter de leurs fonctions, ni, en somme, à quel point leur ignorance du monde est destructrice. Non, tout cela a été normalisé.

Prenons le cas de Charles Kushner, l'ambassadeur de Trump à Paris.

Charles Kushner est un criminel condamné — pour évasion fiscale, subornation de témoins et contributions politiques illégales — qui a déjà purgé une peine de prison. Charles Kushner est un sioniste fanatique qui, plus tôt cette année, a refusé de se plier à la demande du ministère français des Affaires étrangères lorsqu'il a été convoqué pour répondre de ses provocations antisémites omniprésentes, ce qui a conduit le ministère à souligner son "incompréhension" et à lui interdire, brièvement, tout contact avec les responsables français.

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En France, Belgique, Pologne, et Italie, les personnes nommées par Trump sèment le chaos partout en Europe, généralement en s'ingérant dans les affaires intérieures du pays d'accueil, ce qui, comme le sait même un étudiant de première année en relations internationales, est un impair diplomatique. Ils partagent plusieurs caractéristiques : ce sont tous des sionistes, n'ont aucune idée de ce qu'ils sont censés faire en tant qu'ambassadeurs et, agissant plutôt comme des consuls impériaux, ne manifestent aucun intérêt apparent pour une politique étrangère américaine viable et constructive.

Ce qui m'amène à Jared Kushner et Steve Witkoff, les envoyés spéciaux de Trump. Ce sont là des exemples particulièrement révélateurs d'une incompétence banalisée. Comme tous les autres, ce sont des sionistes toujours soucieux des intérêts de l'État juif. Et comme les autres, ils ne semblent pas non plus avoir la moindre idée de ce qu'ils font, ni même de ce qui pourrait passer pour une politique américaine cohérente. Rien de tout cela n'est jamais mentionné dans les médias grand public : c'est ainsi que l'anormal est normalisé.

Ensemble, Kushner et Witkoff ont géré les relations diplomatiques de Trump avec l'Iran et la Russie. Or, ils ne connaissent rien de l'Iran, rien de l'Asie occidentale si ce n'est ce que l'idéologie sioniste à laquelle ils adhèrent leur impose de savoir, rien ni de la Russie ni de l'Ukraine, et rien de l'Europe dans son ensemble. Ils ignorent, évidemment, l'histoire de toutes ces nations et régions.

La normalisation de l'incompétence

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L'hypothèse de travail partagée par Jared Kushner, Steve Witkoff et l'homme qui les a nommés — et c'est là le point essentiel — est que personne n'a besoin de savoir quoi que ce soit sur les sujets que nous venons d'évoquer. Ces trois hommes, ainsi que Charles Kushner, le père de Jared K., sont des promoteurs immobiliers new-yorkais. Les médias le mentionnent parfois, mais jamais autrement que comme une curiosité passagère sans réelle importance.

On ne saurait trop insister sur la gravité de cette normalisation de l'incompétence.

Vous pensez peut-être ne rien savoir, ou presque, des pratiques des professionnels de l'immobilier new-yorkais, mais si vous avez suivi les "exploits" de Witkoff et du jeune Kushner — "exploits", façon de parler... —, vous en savez plus que vous ne le pensez. Dans le monde des "affaires" immobilières, ce que pensent ceux qui se trouvent de l'autre côté de la table en acajou, ce à quoi ils aspirent ou quels sont leurs intérêts n'a strictement aucune importance. Tout ce qui compte, c'est de faire prévaloir son propre intérêt.

On lit ici et là que les initiatives de Kushner et Witkoff avec Moscou et Téhéran témoignent d'un certain "style" diplomatique. On en arrive ainsi à normaliser la bêtise et l'arrogance, présentées comme de simples nouvelles méthodes d'art de la gouvernance. Comprendre le point de vue d'autrui est essentiel à une diplomatie avisée. Cette idée ne semble jamais effleurer l'esprit de ceux dont je parle ici. Le terme "stupides" n'est pas exagéré pour qualifier chacun d'entre eux.

Dans le cas de la Russie, les lecteurs se souviendront peut-être du plan en 28 points que Kushner et Witkoff ont négocié avec les Russes en novembre dernier en vue d'un règlement de la crise ukrainienne.  Comme je l'ai écrit à l'époque, j'ai trouvé ce document remarquable par l'ampleur avec laquelle il reconnaissait les intérêts diplomatiques et de sécurité légitimes de Moscou.

Mais en fin de compte, c'était uniquement dû aux lacunes de Witkoff et de Kushner en matière de relations de sécurité Est-Ouest, et le plan en 28 points, après avoir été sabordé par les Européens, est rapidement devenu lettre morte.

On peut lire aujourd'hui que Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov refusent même de s'adresser à ces deux-là, le président russe et son ministre des Affaires étrangères n'y voyant strictement aucun intérêt. Mis à part ce qui peut se passer en coulisses, aucun contact diplomatique n'existe actuellement entre Moscou et Washington. Joli coup, messieurs les envoyés spéciaux Kushner & Witkoff.

Il en va de même avec les Iraniens. Witkoff & Kushner ont trahi Téhéran de manière notoire l'année dernière et plus tôt cette année, alors qu'il devenait évident qu'ils œuvraient autant, voire davantage, dans l'intérêt d'Israël que dans celui des États-Unis.

À plusieurs reprises, les négociations se sont avérées n'être qu'une couverture pour des attaques imminentes. C'est peut-être une excellente tactique pour piéger un concurrent sur le marché immobilier new-yorkais et le ruiner, mais, une fois encore, les diplomates iraniens, à commencer par Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères extrêmement professionnel de Téhéran, ne veulent apparemment même plus se trouver dans la même pièce que ces deux-là.

Ce n'est pas une attitude diplomatique. On ne peut parler ici de maîtrise — mais plutôt, pour reprendre le terme français, d'incompréhension. Et cet échec cuisant de la diplomatie américaine aux mains des deux hommes, au même titre que tout autre désastre cataclysmique, explique le danger omniprésent avec lequel l'humanité va devoir composer.

Voilà comment il faut considérer Kushner et Witkoff. Ils continueront sur leur lancée. Leur ignorance, leur incompétence, leur corruption, leurs loyautés ambivalentes et leurs perfidies à répétition ont été banalisées. Ne nous méprenons surtout pas : la trahison nous concerne tous.

Patrick Lawrence

Article original en anglais :  Landlord Diplomacy, Consortium News, le 19 août 2026.

Traduit par  Spirit of Free Speech

Image en vedette : Jared Kushner, investisseur et fondateur d'Affinity Partners (à gauche), aux côtés de l'envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff (à droite, au premier plan), à Moscou en décembre 2025. À l'arrière-plan, Kirill Dmitriev, PDG du Fonds russe d'investissement direct. (Kremlin)

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Patrick Lawrence, correspondant à l'étranger pendant de nombreuses années, principalement pour l'International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, conférencier et auteur, dont l'ouvrage le plus récent est  Journalists and Their Shadows, disponible  chez Clarity Press ou  sur Amazon. Parmi ses autres ouvrages figure Time No Longer: Americans After the American Century. Son compte Twitter, thefloutist, a été réactivé après des années de censure.

La source originale de cet article est  Consortium News

Copyright ©  Patrick Lawrence,  Consortium News, 2026

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