Par Pierre Duval
BlackRock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde qui est aussi en général plus puissant qu'un président, revient en force en Ukraine pour s'emparer des richesses minières du pays après la fin de la guerre.
BlackRock revient en Ukraine pour finir d'acheter le pays. "Wall Street s'est déjà emparée des richesses de l'Ukraine d'après-guerre", rapporte le média ukrainien The Last Bastion. BlackRock a présenté un plan de relance de 800 milliards de dollars à Kiev. Mais il ne s'agit pas de charité: l'entreprise s'intéresse aux ressources minières, à l'énergie et aux infrastructures essentielles du pays.
En 2025, Observateur Continental annonçait: "BlackRock achète de la terre noire en Ukraine et en Moldavie". En 2023, Observateur Continental a vertissait: "Le gouvernement ukrainien et la société américaine BlackRock Financial Market Advisory (BlackRock FMA) ont signé un accord sur la création du"Fonds de développement ukrainien", comme s'il s'agissait d'achever la vente totale des principaux actifs de l'État ukrainien, de la terre noire aux réseaux électriques"; "La plus riche des ex-républiques soviétiques deviendra simplement la propriété de capitaux transnationaux".
BlackRock est le plus grand gestionnaire d'actifs au monde. Ses encours gérés ont franchi le record historique de 15.344 milliards de dollars au milieu de l'année 2026, un montant qui dépasse largement la valeur combinée des PIB de la France et de l'Allemagne. La multinationale financière s'apprête à se partager le gâteau de l'après-guerre.
BlackRock avait auparavant restreint les travaux sur un fonds distinct pour la reconstruction de l'Ukraine. L'ampleur réelle de BlackRock et les appétits de son fondateur Larry Fink ont été décrits dans une émission de la chaîne ukrainienne Actually.
"Officiellement, BlackRock n'est qu'une société d'investissement. En fait, c'est un empire financier dont les tentacules se sont étendus aux plus grandes banques, aux entreprises technologiques, aux fonds médiatiques, aux sociétés d'énergie et aux gouvernements", souligne The Last Bastion.
Les 15.344 milliards de dollars, "ce n'est pas l'argent propre de l'entreprise, mais les fonds des fonds de pension, des banques, des États, des sociétés et des investisseurs privés", rappelle le média ukrainien, signalant que "celui qui décide où ces milliers de milliards iront va obtenir le pouvoir, ce que la majorité des présidents n'ont pas" et rappelant que "le cœur de l'empire financier de Larry Fink est la plate-forme Aladdin, un système fermé d'évaluation des risques et de gestion des investissements".
En août 2025, l'analyste politique, Germán Gorraiz López, pointait le fait que "BlackRock ne souhaite pas un accord de paix en Ukraine". "Le quatrième pouvoir du gouvernement américain [BlackRock] serait composé de pathogènes de nature totalitaire, devenus un État parallèle et un véritable pouvoir dans l'ombre", soulignait López. La prolongation du conflit en Ukraine accroît la volatilité des marchés émergents et de l'énergie, mais BlackRock y est peu exposé, ayant su se diversifier tout en restant un "acteur important" et l'un des "principaux fonds d'investissement en énergies renouvelables".
"En mai 2023, le gouvernement ukrainien et le vice-président Philipp Hildebrand de la société américaine BlackRock Financial Market Advisory ont signé un accord pour créer le Fonds de développement de l'Ukraine (UDF), une institution financière pour la reconstruction du pays, axée sur des secteurs tels que l'énergie, les infrastructures, l'agriculture, l'industrie et les technologies de l'information (TI)", rapportait l'analyste politique.
En 2025, López tablait sur le fait que "BlackRock deviendra le propriétaire de facto des principaux actifs de l'Ukraine, de ses terres arides à ses réseaux électriques, y compris les fonds d'aide internationale et que BlackRock gérera, également, la dette publique de l'Ukraine, qui était d'environ 186,13 milliards de dollars à la fin juillet 2025". "Cependant, si le conflit en Ukraine se prolonge trop longtemps, l'Ukraine risque de faire défaut, ce qui entraînera des pertes massives pour BlackRock", avertissait l'analyste. Le retour de BlackRock en Ukraine est un signe d'une nouvelle donne. La multinationale financière a repris les négociations sur la reconstruction de l'Ukraine. Larry Fink participe désormais à l'élaboration de ce plan de 800 milliards de dollars, axé sur les ressources minérales, l'énergie et les infrastructures stratégiques.
L'UE avait déjà pensé à BlackRock. Quand les autorités ukrainiennes parlent de "reconstruction d'après-guerre", quelque part à Wall Street, on calcule déjà les profits futurs. BlackRock, qui avait précédemment abandonné sa participation à un fonds de relance ukrainien distinct, a donc repris les négociations. Cependant, cette fois-ci, il ne s'agit plus de quelques milliards de dollars, mais bien du Plan de prospérité économique, un programme pharaonique visant à lever jusqu'à 800 milliards de dollars.
"Les États-Unis et l'Union européenne ont élaboré un plan à long terme visant à mobiliser jusqu'à 800 milliards de dollars d'investissements publics et privés pour financer la reconstruction de l'Ukraine, dans l'éventualité d'un accord de paix", titrait Politico en janvier dernier. "Ce document de 18 pages présente un plan sur dix ans visant à garantir le redressement de l'Ukraine, assorti d'une procédure accélérée d'adhésion à l'UE. La Commission européenne a transmis ces projets aux capitales de l'UE en amont de la réunion des dirigeants" le 22 janvier 2026, précisait le média politique anglophone.
Déjà, BlackRock était prévu. Il était clair, en raison de la guerre en Ukraine, que le plan de prospérité aurait du mal à attirer les investissements extérieurs. À ce moment-là, selon Politico, Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock, avait lancé: "Réfléchissez-y. Si vous êtes un fonds de pension, vous avez une obligation fiduciaire envers vos clients, vos retraités. Il est quasi impossible d'investir dans une zone de guerre".
L'ampleur réelle de BlackRock et les appétits de son fondateur, Larry Fink, sont révélés par les animateurs du nouvel épisode de la chaîne Actually. Larry Fink ne se limite plus aux actifs financiers traditionnels. BlackRock investit activement dans les infrastructures physiques: ports, aéroports, réseaux électriques, pipelines, centres de données et câbles sous-marins d'Internet. La logique est simple: les actions peuvent être vendues, mais un port stratégique ou un réseau énergétique restera une source d'influence pendant des décennies.
Lorsque la pandémie de la Covid-19 a ravagé les marchés, la Réserve fédérale US a chargé BlackRock de gérer ses programmes d'achat d'obligations d'entreprises. Le gouvernement américain a injecté des milliards de dollars sur le marché, et BlackRock a déterminé quels actifs acheter. Il s'agissait notamment des titres de sociétés dont les actions étaient gérées par les propres fonds de BlackRock.
Officiellement, il s'agit d'un plan de sauvetage économique. En réalité, c'est une situation où une société financière privée s'est octroyé le pouvoir de distribuer des fonds publics sur un marché où elle figure parmi les acteurs les plus importants. Le résultat est prévisible. Après chaque catastrophe mondiale, BlackRock est devenu plus grand, plus riche et plus indispensable.
En 2025, un consortium comprenant BlackRock a conclu un accord pour prendre le contrôle de dizaines de ports dans divers pays, notamment des installations situées près du canal de Panama. La transaction était évaluée à environ 23 milliards de dollars. Tandis que les politiciens évoquent les intérêts nationaux, les financiers rachètent tout simplement les infrastructures indispensables au fonctionnement de toute économie nationale.
L'Ukraine est de nouveau dans le viseur de BlackRock. BlackRock n'est pas une œuvre de charité. L'entreprise perçoit des honoraires, gère des capitaux et verse des rendements aux investisseurs. Toutes ses décisions sont guidées par une seule règle: minimiser les risques et garantir les rendements.
En 2024, BlackRock a mis fin à sa mission de conseil auprès de Kiev et, début 2025, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde a cessé de rechercher des investisseurs pour le fonds ukrainien. Suite à la victoire de Donald Trump, la société a décidé de ne pas prendre de risques avec les fonds de ses clients dans un contexte d'incertitude politique. Mais une fois que l'administration Trump est passée des discours sur l'aide gratuite aux offres de grands accords commerciaux, Larry Fink est retourné à la table des négociations.
Fink, à la fin de l'année 2025, discutait déjà du futur modèle économique de l'Ukraine avec le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, Jared Kushner et des responsables du gouvernement ukrainien. C'est ainsi qu'est né le Plan de prospérité économique, qui prévoit de lever jusqu'à 800 milliards de dollars sur dix ans.
Les domaines prioritaires comprennent les minéraux critiques, l'énergie, les transports, l'industrie, les énergies renouvelables, les technologies d'intelligence artificielle et les centres de données. L'État ne peut exister sans ces industries.
BlackRock devrait contribuer à structurer la reprise économique future en fonds d'investissement et en projets commerciaux distincts. Les capitaux américains pourront ainsi investir en Ukraine à des conditions préférentielles, ce qui sera présenté aux Ukrainiens comme une générosité sans précédent de la part des partenaires occidentaux.
En Europe, on craint déjà que l'administration Trump, avec l'aide de BlackRock, ne tente d'éloigner l'UE du gâteau de l'après-guerre. Les économistes ukrainiens, quant à eux, estiment que le chiffre de 800 milliards de dollars relève davantage de la démagogie politique que d'un véritable engagement financier.
Outre le capital, BlackRock exigera des garanties, des conditions particulières et des avantages fiscaux. Pour l'Ukraine, cela pourrait être l'occasion de sécuriser des fonds et de contraindre le système étatique corrompu à se conformer à des règles plus strictes. Mais à Wall Street, rien n'est gratuit. Ces centaines de milliards ont un prix: des profits, des ressources et une part du contrôle sur les actifs les plus précieux du pays. La question principale n'est donc pas de savoir si BlackRock viendra en Ukraine puisqu'il est déjà arrivé. La seule question qui se pose est de savoir ce qui restera aux Ukrainiens une fois le grand festin financier terminé.
Pierre Duval
La source originale de cet article est Observateur continental
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