24/08/2026 arretsurinfo.ch  9min #324340

L'Allemagne à nouveau belliqueuse - 80 ans après Nuremberg?

Otan - Riga 2025

Les opinions sur la "Russie" et "Poutine" sont façonnées par les médias et la psychologie des masses. Chacun et chacune "sait" désormais ce qu'il ou elle doit penser.

En Allemagne, l'opinion publique est - une fois de plus - poussée jusqu'à l'hystérie belliqueuse. Du haut vers le bas. "Poutine est aux portes de Berlin". Ce ne sont pas les voix raisonnables, mais les voix hystériques qui sont relayées dans les médias. C'est exactement ce qui s'est déjà produit... Ça sent la guerre.

Nous allons reprendre ci-après des réflexions qui ont fait l'objet de larges débats en Europe après la Première et la Seconde Guerre mondiale. Face aux morts, aux victimes et aux atrocités, on s'était donné pour mission d'empêcher de telles dérives à l'avenir. Il est urgent de relancer ces discussions, alors que l'on s'apprête à accepter une escalade du conflit avec la Russie.

A l'époque, on ne s'est pas contenté de se pencher sur les victimes. Qui étaient les responsables ? Les procès de Nuremberg contre les principaux criminels de guerre, qui se sont déroulés du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, ont tenté de dresser un bilan juridique de la Seconde Guerre mondiale.

Par  Thomas Scherr

Le climat belliciste qui règne au sein de la classe politique allemande suscite actuellement des inquiétudes et des craintes, et pas seulement dans une grande partie de la population allemande. Les populations des pays voisins semblent elles aussi de plus en plus préoccupées. Mais ce n'est pas seulement la "Russie" qui les inquiète. Elles ont dû faire face à plusieurs reprises à la puissance militaire allemande: la Pologne, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, la France...

Que se passe-t-il donc en Allemagne?

Avec un culot qui était encore totalement impensable il y a quelques années, des responsables politiques allemands, à l'instar du ministre des Affaires étrangères Wadephul, qualifient à nouveau la Russie d'ennemi principal qu'il faut vaincre. On va même jusqu'à réclamer des tirs de missiles à longue portée contre la Russie. Dans les pays baltes, près de la frontière russe, des représentants du gouvernement allemand, tels que le ministre de la Défense Pistorius, assistent aux défilés de soldats allemands aux côtés de généraux allemands. D'une manière pour le moins martiale, le général de corps d'armée Freuding, commandant en chef de la Bundeswehr, prépare les soldats en Lituanie à leur future mission à l'Est ( instagram.com, 23 octobre 2025). Le chancelier fédéral Merz déclare sans ambiguïté, mais de manière ambiguë, que l'Allemagne ne se trouve "plus en temps de paix" (29 septembre 2025).

Parallèlement, il faut noter qu'il n'y a aucune tentative sérieuse de la part de l'Allemagne pour entamer un dialogue avec le gouvernement russe. Il n'y en a jamais eu et il n'y en a toujours pas ! Pas une seule!

Les jalons sont posés pour la guerre...

Trois semaines après les élections législatives allemandes du 23 février 2025, une amendement à la Loi fondamentale a été adoptée à la hâte dès le 18 mars, grâce à la majorité des voix des députés de la CDU/CSU, du SPD et des Verts pourtant déjà évincés du Bundestag. Ce n'est qu'ainsi qu'il a été possible de mettre en place un premier crédit de guerre colossal, se chiffrant en milliards ("Sondervermögen"). Avec le Bundestag nouvellement élu, cela n'aurait pas été possible, car la majorité nécessaire à une modification de la Loi fondamentale aurait fait défaut.

Grâce à cette manœuvre, contraire aux promesses électorales précédentes de négocier avec la Russie, les jalons pour la guerre sont posés.

Depuis lors, on transforme l'économie allemande en économie de guerre. Certains secteurs de la classe moyenne et de l'industrie en difficulté sont soutenus par des commandes d'armement financées par l'endettement. Les préparatifs de guerre battent leur plein sous le nom de "Operationsplan Deutschland" (OPLAN DEU).

... comme par magie

Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense, prédit que la guerre avec la Russie éclatera entre 2028 et 2030. La question reste toutefois de savoir si M. Pistorius estime que l'armée russe va attendre que l'Allemagne se soit armée pour faire face à cette guerre annoncée par lui-même ? Cette fois-ci, l'Allemagne fait partie d'une coalition avec plusieurs Etats européens - avec le soutien de l'UE et sous la haute supervision de Washington.

Jusqu'à présent, aucun gouvernement européen n'a eu l'envergure nécessaire pour mener des négociations sérieuses avec la Russie - à l'exception du Premier ministre hongrois Viktor Orban, récemment battu aux élections.

Comme par magie, tout effort visant à instaurer une paix négociée est sapé. Une tentative qui avait failli aboutir au printemps 2022 a été contrecarrée in extremis par le Premier ministre britannique de l'époque, Boris Johnson.

Les populations européennes sont-elles entraînées aveuglément dans une guerre dont elles n'ont jamais pu sérieusement mesurer les dimensions et les conséquences ? Que signifie réellement la guerre aujourd'hui?

(Grapique Wikipedia/TheShadowed)

Qui a donné les ordres?

Si, selon Pistorius, l'Europe centrale devait se transformer d'ici 2030 en un champ de bataille et en un paysage de décombres radioactifs, lorsque les fils de ce pays rentreront chez eux, amputés d'une jambe ou d'un bras, ou atteints de psychoses de guerre, après avoir "combattu pour ‹notre› pays", ou encore s'ils se vident de leur sang et meurent dans un quelconque bourbier -, est-ce seulement alors que leurs mères et leurs pères passeront à l'action ? Une fois de plus trop tard ? Comme en 1917 ou en 1944?

Les mères ukrainiennes et russes vivent déjà cela aujourd'hui, jour après jour. Mais personne n'en parle, on n'en apprend rien. Ni en Russie, ni en Ukraine, ni en Allemagne, ni en Suisse. Comme par magie. Ce sont "nos" médias.

Lorsque la misère la plus noire, les premières famines et des épidémies inédites se répandront, les responsables politiques ne remettront-ils leurs décisions en question qu'à ce moment-là?

Lorsque de jeunes enfants seront tués par des drones tueurs pilotés par l'IA alors qu'ils jouent dehors, les ingénieurs, les mécaniciens et les actionnaires des groupes d'armement ne réfléchiront-ils aux conséquences de leurs actes qu'à ce moment-là?

Quand enfin, des panaches de fumée provenant d'armes nucléaires "tactiques" s'élèveront au-dessus du pays - est-ce qu'on se demandera seulement alors ce qui a mal tourné, comment on en est arrivé là, qui a donné les ordres ? Qui a posé les jalons?

Etaient-ce ceux qui, poussés par les médias à croire que "tout est de la faute de Poutine", ont pris part à tout cela ? Ou ceux qui ont pris part parce que tout le monde le faisait, ou encore ceux qui l'ont fait "uniquement" parce qu'ils avaient peur des conséquences?

Il y a des responsables

Les responsables - et il y en a - affirmeront plus tard devant les tribunaux qu'ils n'étaient au courant de rien, qu'ils se sont laissés entraîner là-dedans... Qu'ils ont eux-mêmes été trompés. Qu'ils étaient en réalité contre cela dès le début. La situation sera-t-elle similaire à celle de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale?

Chaque décision est liée à des noms et des visages. Il n'y avait pas d'état de nécessité ni d'obligation d'obéissance. Ni hier, ni aujourd'hui, et demain non plus, il n'y en aura pas.

Les députés du Bundestag allemand ne jurent-ils pas de "préserver le peuple allemand de tout préjudice" ? N'enfreignent-ils pas de manière flagrante l'esprit fondateur des deux Etats allemands, dont le sol ne doit "plus jamais être le théâtre d'une guerre"?

Nuremberg 1945-1946

Que la décision d'entrer en guerre ait été motivée par l'incompétence politique, la soif de pouvoir, l'ignorance, le chantage, l'insensibilité ou la corruption, elle doit être assumée.

C'est lors du procès des principaux criminels de guerre de Nuremberg, qui s'est déroulé du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, qu'une guerre a été pour la première fois jugée devant la justice. Dans l'évolution du droit, outre le pacte Briand-Kellogg de 1928, cela a constitué une avancée en matière de droit international: la guerre n'était plus considérée comme une catastrophe naturelle que la population civile devait subir comme une fatalité, mais comme un fait résultant de décisions criminelles. La menace d'une troisième guerre mondiale et d'une catastrophe nucléaire exige une évolution du droit international.

La Première Guerre mondiale

Pour rappel: la Première Guerre mondiale a fait au total environ 17 millions de morts. Parmi eux, plus de neuf millions de soldats. Environ deux millions d'Allemagne, près de 1,5 million d'Autriche-Hongrie, plus de 1,8 million de Russie, près de 460 000 d'Italie. La France a déploré plus de 1,3 million de morts parmi ses militaires, la Grande-Bretagne environ 750 000. A cela s'ajoutent environ 78 000 morts dans les colonies françaises et 180 000 dans les colonies britanniques. Les Etats-Unis ont perdu environ 117 000 hommes en Europe.

La Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale a éclaté à l'automne 1939. Elle a donné lieu à des combats dans le monde entier et à la perpétration de crimes de guerre et de massacres. Au total, on estime à plus de 70 millions le nombre de personnes tuées jusqu'en août 1945.

C'est l'Union soviétique qui a enregistré les pertes les plus lourdes: environ dix millions de soldats de l'Armée rouge ont été tués ou sont morts en captivité. Au total, au moins 24 millions de citoyens soviétiques ont perdu la vie. C'est en Chine que le plus grand nombre de civils a été assassiné par l'occupant japonais.

Les victimes occultées et les conséquences

Lorsque l'on considère ces chiffres effrayants de morts, il manque toujours l'ampleur de la misère humaine des survivants qui se cache derrière: les mutilations, les psychoses et névroses de guerre, les expulsions, la brutalisation et la dégradation, la fuite, la faim, la paupérisation, les viols de masse, etc.

Des études récentes se penchent sur les conséquences des guerres sur le plan de la psychologie individuelle et collective. A travers l'éducation dispensée par des parents traumatisés, les guerres continuent d'agir sur le psychisme des générations suivantes. De nombreux chercheurs estiment qu'il faut compter entre quarante et cinquante ans pour que les séquelles psychologiques d'une guerre puissent guérir.

Mettre fin à la folie - rester neutre

Cela semble relever de la folie qu'une guerre soit délibérément planifiée, préparée et finalement menée pendant des années, voire des décennies. Les populations sont délibérément maintenues dans l'ignorance afin qu'elles se résignent facilement à "leur sort". Le terme à la mode pour désigner cette pratique est "guerre cognitive". Il s'agit ainsi de préparer la population à la guerre, et non de lui fournir des informations objectives. Depuis 2014, l'OTAN a mis en place de manière ciblée plusieurs "centres d'information" par lesquels elle alimente les gouvernements et les médias dans toute l'Europe (par exemple, le NATO Strategic Communications Centre of Excellence à Riga). La Suisse est également concernée.

Au cours des deux dernières guerres mondiales, la Suisse a pu préserver sa neutralité. Et ce, grâce à l'engagement sans faille d'hommes et de femmes visionnaires et courageux. Le pays a ainsi pu, par le biais de ses bons offices et de la Croix-Rouge internationale, venir en aide aux populations en détresse à travers le monde, sans pour autant devenir elle-même partie prenante au conflit.

Il est temps que la Suisse renoue avec son ADN.

Par  Thomas Scherr

Source: schweizer-standpunkt.ch

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