Belén Fernández, 22 août 2026. - La guerre désastreuse contre l'Iran et l'incapacité persistante à contenir Israël ont fait chuter la cote de popularité du président américain Donald Trump et suscité une hostilité croissante de l'opinion publique nationale. Pourtant, un volet de sa politique étrangère semble offrir une forme de consolation : l'Amérique latine.
Au cours des dix-huit derniers mois, une série de dirigeants de droite a accédé au pouvoir dans la région grâce à des victoires électorales que Trump s'est plus ou moins attribuées personnellement. Ces dirigeants semblent désireux de faciliter le renouveau de la projection de puissance américaine, dans le cadre de ce que Trump a baptisé - avec sa grandiloquence habituelle - la "doctrine Donroe". C'est, pour le dire par un euphémisme, une bien mauvaise nouvelle pour le citoyen latino-américain moyen.
Il suffit de jeter un coup d'œil à la longue histoire de la collaboration entre les États-Unis et les régimes de droite latino-américains - officiellement au nom de la lutte contre la gauche et le "narco-terrorisme" - pour présager que la situation à venir entraînera un lourd tribut en vies civiles.
En Colombie, par exemple, où Abelardo de la Espriella (photo ci-dessus) - homme d'affaires millionnaire d'extrême droite et ancien avocat pénaliste - vient de prêter serment, le bilan américain est éloquent : l'injection massive de fonds dans une armée meurtrière, étroitement liée à des groupes paramilitaires de droite, a provoqué un bain de sang. Et devinez quoi : De la Espriella a bâti une partie de sa fortune d'avocat en défendant des chefs paramilitaires.Outre sa charmante promesse d'"éventrer" la gauche, de la Espriella est obsédé par la relance de la fracturation hydraulique et la poursuite d'autres projets destructeurs pour l'environnement.
La clique d'acolytes latino-américains de Trump compte également l'Argentin Javier Milei (ci-dessus), personnage à la coiffure à la tronçonneuse singulière, dont le parti a remporté un succès éclatant aux élections de mi-mandat d'octobre, après que Trump a conditionné l'octroi d'un plan de sauvetage financier de 40 milliards de dollars à ce résultat électoral précis. La décision de Milei de supprimer les dispositifs d'aide sociale a plongé des millions d'Argentins dans la pauvreté et a inondé les rues de Buenos Aires de sans-abri.

Citons également Daniel Noboa (ci-contre) en Équateur, Nayib Bukele (ci-dessous) au Salvador et Keiko Fujimori au Pérou - elle-même fille d'un autre dictateur défunt - qui ont tous adopté, à des degrés divers, une stratégie de main de fer face à la criminalité, sans pour autant s'attaquer aux causes profondes du problème.
Keiko Fujimori
Le président américain, pour sa part, a tout lieu de se réjouir de cette cohorte de dirigeants partageant ses vues au sein de ce que Washington considère comme son "arrière-cour". Ils s'accordent tous, notamment, sur l'idée que le gouvernement doit être exercé par les riches et pour les riches, un principe fondamental du trumpisme. Dans l'ensemble, ces nouveaux dirigeants latino-américains sont des adeptes inconditionnels de la vieille approche répressive ("tough on crime"), qui se traduit souvent par l'incarcération ou la mort de nombreuses personnes pauvres et par l'anéantissement des droits fondamentaux.
Beaucoup d'entre eux partagent par ailleurs le penchant de Trump pour la xénophobie érigée en spectacle et pour la désignation des migrants comme boucs émissaires des maux intérieurs.
Certes, maintenir la population préoccupée par des menaces existentielles supposées - telles que les immigrés et les narcoterroristes - est un excellent moyen de la détourner du fait qu'elle est privée d'argent et de droits, tandis que ses dirigeants s'enrichissent à ses dépens tout en détruisant l'environnement et en commettant toutes sortes d'autres méfaits. À quoi bon des soins de santé quand il y a tant de mégaprisons à construire ?
En entreprenant de "rendre sa grandeur à l'Amérique" (*Make America Great Again*), Trump a sans aucun doute donné un exemple éclatant au reste des Amériques en supervisant le démantèlement des libertés civiles ; une situation qui a concrètement donné carte blanche aux agents de l'ICE (les services américains de l'immigration et des douanes) pour enlever des universitaires et des militants étrangers, ainsi que pour abattre des citoyens américains.
De plus, un rapport publié en août par des membres démocrates de la Commission économique mixte du Congrès américain a révélé que Trump a empoché 2,2 milliards de dollars en 2025 - triplant ainsi plus que largement ses revenus -, alors même que les familles américaines perdaient 219 milliards de dollars et devaient faire face à une hausse du coût des produits de première nécessité.
Certains observateurs ont qualifié les tendances politiques actuelles au sud de la frontière de "trumpisation de l'Amérique latine" et de "vague orange" déferlant sur la région - sans pour autant que la sociopathie, la xénophobie ou la ploutocratie soient réellement nouvelles dans l'hémisphère. En effet, les administrations américaines, qu'elles soient républicaines ou démocrates, n'ont historiquement jamais hésité à s'associer à des gouvernements latino-américains abusifs, responsables du massacre de paysans et d'autres personnes faisant obstacle au capitalisme des grandes entreprises.

Cela semble tout à fait logique, au vu de l'insistance avec laquelle de la Espriella affirme que les États-Unis et la Colombie sont liés par un "destin commun : défendre la civilisation occidentale à travers les Amériques". Certes, la militarisation effrénée de l'hémisphère par les États-Unis, sous couvert de "sécurité", n'a rien de nouveau non plus. Et tandis que Trump et ses alliés s'emploient à "rendre sa grandeur" à l'Amérique latine, il semble assez évident que la civilisation occidentale ne gagnera pas en civilité de sitôt.
Article original en anglais sur Al Jazeera / Traduction MR




