10/12/2010 tlaxcala-int.org  5min #46255

 Wikileaks d'un autre oeil

Qu'est-ce que Wikileaks?

Cecilia Escudero
Traduit par Gérard Jugant
Edité par Michèle Mialane

Comment fonctionne le site web qui s’emploie à récupérer et divulguer des informations confidentielles

Pour la quatrième fois cette année, le site Wikileaks a donné une preuve éclatante de son potentiel de contestation, impossible à parer. Dirigé par l’Australien et ancien hacker Julian Assange, il a réussi en quelques mois à focaliser l’attention de la presse mondiale et à se jouer, une fois de plus, du système d’information nord-américain, désormais à la dérive.

À la fois novateur et promoteur du développement des technologies de l’information, Wikileaks s’est donné pour tâche de se procurer et de divulguer des informations confidentielles ou occultées, en particulier celles qui concernent les gouvernements, mais aussi les entreprises, provenant de sources anonymes.

Selon l’information donnée par wikileaks.org, le travail d’information du site (où circulent plus d’un million de documents) est assuré par « un groupe de gens du monde entier » composé « de journalistes, de programmeurs informatique, d’ingénieurs de réseaux, de mathématiciens et autres ». Ce groupe, sous le couvert de la virtualité et de l’anonymat, se bat - selon le site- en faveur du libre accès à l’information, de la liberté de la presse et d’une totale transparence en matière de questions publiques.

D’après le quotidien espagnol El País, un « noyau dur» d’une vingtaine de personnes collabore avec près d’un millier de gens aux quatre coins du monde. Le site attache une importance particulière à la protection de ses dizaines de milliers de sources. Le fonctionnement de Wikileaks nous apprend qu’il est possible de récupérer l’information sans être découvert. La protection est assurée, entre autres, par l’utilisation d’encodages indéchiffrables pour les connexions, le cryptage des messages, et le recours à de faux domaines et à divers serveurs basés dans plusieurs pays.

Pour beaucoup, ce fonctionnement bien huilé est un bel exemple d’intelligence collective. Le site reçoit également des donations anonymes.

Fondé en décembre 2006, Wikileaks (Wiki, pour son format, et Leaks, en anglais: filtrer) est aujourd’hui dans le collimateur du gouvernement usaméricain. Parmi ses saisissantes révélations, notons, en avril de cette année, une vidéo filmée d’un hélicoptère par les Forces Armées US qui montre des militaires usaméricains assassinant une dizaine de civils en Irak, dont deux employés de l’Agence Reuters. En juillet et octobre derniers, les USA ont du assister, impuissants, à de nouvelles fuites. Il s’agissait de reportages sur la guerre en Afghanistan (77 000 documents) et en Irak (400 000) qui révèlent les aspects les plus cruels et les plus contestables de l’action des soldats nord-américains et de leurs alliés dans ces conflits.

Aujourd’hui, le talon d’Achille visé par le site n’est rien moins que le cœur de la diplomatie usaméricaine; la prochaine cible, assure Wikileaks, sera le système bancaire international.

Les analyses divergent au sujet du phénomène Wikileaks, et il semble trop tôt pour signaler ses effets à long terme. L’un des aspects marquants et qui fait problème - c’est le moins qu’on puisse dire- est le choix fait par Wikileaks pour médiatiser ses informations : il s’est adressé à cinq entités de renommée internationale, The New York Times, El País, Le Monde, Der Spiegel et The Guardian. Il a ensuite proposé à ces médias la totalité des 251.287 câbles confidentiels de la diplomatie nord-américaine afin qu’ils choisissent l’éclairage médiatique qui leur conviendrait et retravaillent le matériel en fonction de leur orientation et de leurs intérêts propres. Chose inouïe, les cinq groupes se sont mis d’accord pour publier l’information en même temps ou, plutôt, pour diffuser les aspects qu’ils avaient jugés importants pour le public.

Ce qui est curieux, en définitive, c’est que les journalistes qui disposaient de l’information avaient contacté le Département d’Etat US pour le prévenir avant de publier, ce dont la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a profité pour présenter d’avance des excuses à ce sujet.

La structure cybernétique planétaire par laquelle transitent les communications met en relief la difficulté que les gouvernements vont avoir pour se prémunir de futures fuites.

Il est à peu près certain que les sources anonymes à l’origine de cette gigantesque fuite se trouvent au sein même de l’administration US, parmi les employé(e)s (plus de deux millions) qui ont accès au réseau secret Siprnet, par où transitent des documents concernant les relations extérieures et la défense.

Étant donné le volume de l’information transmise, il semble impossible qu’on ait affaire à une seule personne motivée par des fins altruistes, cela trahirait plutôt les dissensions qui règnent au sein même du gouvernement des USA.

Pour le moment, Bradley Manning, un analyste des services secrets, âgé de 22 ans, est le seul à être emprisonné. Les adversaires sans visage du gouvernement de Barack Obama, jouissant de postes solides dans l’administration du pays, profitent des points faibles, jusqu’ici jalousement dissimulés, de la première puissance mondiale.


Courtesy of  Tlaxcala
Source:  revistadebate.com.ar
Publication date of original article: 03/12/2010
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