10/03/2013 tlaxcala-int.org  6min #77849

 Adieu Comandante: Honneur et Gloire à Hugo Chávez !

Comandante Hugo Chávez Frías, in memoriam

 Atilio A. Boron

C'est avec une profonde douleur que je partage cette réflexion sur la disparition d'Hugo Chávez Frías, l'homme qui a marqué un avant et un après dans l'histoire de l'Amérique latine et de la Caraibe.

Gloire au vaillant Chávez !

Ma dernière rencontre avec Chávez, à Caracas, lors de la ssession de l'Assemblée nationale de la Journée nationale vénézuélienne du 5 juillet 2012
Il est très difficile d'accepter la douloureuse nouvelle du décès d'Hugo Chávez Frías. On ne peut s'empêcher de maudire le malheur qui prive Notre Amérique de l'un de l'un des rares « irremplaçables», dont parlait Bertolt Brecht, dans la lutte inachevée pour notre seconde et définitive indépendance.

L'histoire rendra son verdict sur la tâche accomplie par Chávez, même si nous ne doutons pas qu'il sera très positif. Au-delà de toute discussion qui peut légitimement se produire à l'intérieur du camp anti-impérialiste - même si ce n'est pas toujours avec suffisamment de sagesse pour distinguer avec clarté les amis et les ennemis - il faut partir de la reconnaissance du fait que le leader bolivarien a tourné une page dans l' histoire vénézuélienne et, pourquoi pas, de l'Amérique latine.

A partir d'aujourd'hui on parlera d'un Venezuela et d'une Amérique latine avant et après Chávez. Il n'est pas téméraire de prédire que les changements qu'il a impulsés et dont il fut l'acteur, comme bien peu le furent dans notre histoire, portent la marque de l'irréversible. Les résultats des récentes élections vénézuéliennes - reflets de la maturation de la conscience politique d'un peuple - donnent du crédit à ce pronostic.

On peut toujorus revenir sur les nationalisations et privatiser les entreprises publiques, mais il est infiniment plus difficile de parvenir à ce qu'un peuple qui a pris conscience de sa liberté recule jusqu'à s'installer à nouveau dans la soumission. Dans sa dimension continentale, Chavez a été l'acteur principal de la défaite du plus ambitieux projet de l'empire pour l'Amérique latine ; l'ALCA (accord de libre-échange des Amériques, NdT). Cela suffirait pour l'installer dans la galerie des grands patriotes de Notre Amérique. Mais il a fait bien plus que cela.

Ce leader populaire, représentant authentique de son peuple avec lequel il communiquait comme aucun gouvernant ne l'avait fait avant, ressentait depuis sa jeunesse un rejet viscéral de l'oligarchie et de l'impérialisme. Ce sentiment évolue ensuite pour s'incarner dans un projet rationnel : le socialisme bolivarien, ou du XXIe siècle. Ce fut Chávez qui, au milieu de la nuit néolibérale, a réinstallé dans le débat public latino-américain - et en grande mesure international - l'actualité du socialisme. Plus encore : la nécessité du socialisme comme unique alternative réelle, non illusoire, face à l'inexorable décomposition du capitalisme, en dénonçant la fausseté des politiques qui prétendent résoudre sa crise intégrale et systémique tout en préservant les paramètres fondamentaux d'un ordre économique et social historiquement condamné.

Avant, ils ne pouvaient pas te battre, maintenant tu es invincible !

Comme nous le rappelions plus haut, Chavez fut également le maréchal de camp qui a fait subir à l'impérialisme la défaite historique de l'ALCA à Mar del Plata, en novembre 2005.

Si Fidel Castro fut le stratège de cette longue bataille, la concrétisation de cette victoire aurait été impossible sans le rôle joué par le leader bolivarien, dont l'éloquence persuasive précipita l'adhésion de l'amphitryon du Sommet des président des Amériques, Néstor Kirchner, de Luiz Inacio « Lula » da Silva et de la majorité des chefs d'Etat présents, initialement peu enclins - quand ce n'était pas ouvertement opposés - à défier frontalement l'empire. Qui, si ce n'est Chavez, aurait pu renverser cette situation ?

Le sûr instinct des impérialistes explique l'implacable campagne que Washington lança contre lui dès les débuts de son mandat. Une croisade qui, répétant une déplorable constance historique, compta avec la participation de l'infantilisme d'ultra-gauche qui, à l'intérieur et à l'extérieur du Venezuela se plaça objectivement au service de l'empire et de la réaction.

C'est pour cela que sa mort laisse un vide qu'il sera difficile, sinon impossible, de combler. Sa stature exceptionnelle en tant que dirigeant de masse s'accompagnait de la clairvoyance de ceux qui, peu nombreux, savent déchiffrer et agir de manière intelligente dans le casse-tête géopolitique complexe de l'empire qui cherche à perpétuer la subordination de l'Amérique latine. Un contexte qui ne pouvait être combattu qu'en renforçant - dans la ligne des idées de Bolívar, San Martín, Artigas, Alfaro, Morazán, Martí et, plus récemment, du Che et de Fidel - l'union des peuples d'Amérique latine et des Caraïbes.

Véritable force de la nature, Chávez a « reformaté » l'agenda des gouvernements, des partis et des mouvements sociaux de la région avec un interminable torrent d'initiatives et de propositions d'intégration : de l'ALBA à Telesur, de Petrocaribe à la Banque du Sud, de l'UNASUR et du Conseil Sud-américain de Défense à la CELAC. Toutes ces initiatives partagent un même code génétique : un anti-impérialisme fervent et inébranlable.

Chávez ne sera plus parmi nous, irradiant sa débordante cordialité, avec cet humour philosophe et foudroyant qui désarmait la rigidité austère du protocole, cette générosité et cet altruisme qui le faisaient tellement aimer.

Disciple de José Marti jusqu'à la moelle, il savait que comme le disait l'Apôtre, pour être libre il faut être cultivé. De là découlait une curiosité intellectuelle qui n'avait pas de limites. A une époque où presque aucun chef d'Etat ne lit plus rien - que lisaient donc ses détracteurs Bush, Aznar, Berlusconi, Menem, Fox, Fujimori ?- Chávez était le lecteur rêvé par tout auteur pour ses livres. Il lisait partout, malgré les obligations pesantes imposées par ses responsabilités gouvernementales. Et il lisait avec passion, armé de crayons, de stylos-billes et de marqueurs fluo de toutes les couleurs avec lesquels il soulignait et annotait les passages les plus intéressants, les citations les plus percutantes, les arguments les plus profonds du livre qu'il était en train de lire.

Cet homme extraordinaire, qui m'a honoré de son attachante amitié, est parti pour toujours. Mais il nous a laissé un héritage immense, inoubliable, et les peuples de Notre Amérique, inspirés par son exemple, poursuivront le chemin menant à notre seconde et définitive indépendance.

Il arrivera avec lui ce qui est arrivé avec le Che : sa mort, loin de l'effacer de la scène politique, grandira au contraire sa présence et sa force de gravitation dans les luttes de nos peuples. Par l'un de ces paradoxes que l'histoire réserve seulement aux grandes statures, sa mort le transforme en un personnage immortel. Pour paraphraser l'hymne national vénézuélien ; gloire au vaillant Chávez ! ¡Hasta la victoria, siempre, Comandante !

Dessins de Juan Kalvellido, Tlaxcala

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