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 Une nouvelle guerre américano-israélienne contre l'Iran embrasera toute la région (secrétaire général du Hezbollah)

La guerre hybride américano-israélienne contre l'Iran


Une personne portant une casquette sur laquelle on peut lire « Make Iran Great Again » (Rendre à l'Iran sa grandeur d'antan) lors d'un rassemblement de solidarité avec les manifestants en Iran, le 11 janvier 2026 à Londres, en Angleterre. (Photo par Alishia Abodunde/Getty Images)

Comprendre les tactiques de la guerre hybride permet d'expliquer pourquoi la rhétorique de Trump oscille si brusquement entre menaces de guerre et fausses offres de paix.

Par  Jeffrey Sachs - 19 janvier 2026

La question n'est pas de savoir si les États-Unis et Israël attaqueront l'Iran, mais quand. À l'ère nucléaire, les États-Unis évitent une guerre totale, car elle pourrait facilement conduire à une escalade nucléaire. À la place, les États-Unis et Israël mènent une guerre contre l'Iran par une combinaison de sanctions économiques écrasantes, de frappes militaires ciblées, de cyberattaques, de fomentation de troubles internes et de campagnes incessantes de désinformation. Cette stratégie combinée est appelée « guerre hybride ».

Les États profonds américain et israélien sont tous deux dépendants de la guerre hybride. Agissant de concert, la CIA, le Mossad, des contractants militaires alliés et des agences de sécurité ont semé le chaos à travers l'Afrique et le Moyen-Orient, dans une série de guerres hybrides incluant la Libye, la Somalie, le Soudan, la Palestine, le Liban, la Syrie, l'Irak, l'Iran et le Yémen.

Le fait choquant est que, depuis plus d'un quart de siècle, les forces militaires et les services de renseignement américains et israéliens ont ravagé une région peuplée de centaines de millions de personnes, bloqué le développement économique, créé la terreur et des mouvements massifs de réfugiés, sans rien produire d'autre que le chaos lui-même. Il n'y a ni sécurité, ni paix, ni alliance stable pro-américaine ou pro-israélienne — seulement de la souffrance. Dans le même temps, les États-Unis s'emploient à saper la Charte des Nations unies, qu'ils avaient pourtant contribué à instaurer au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La Charte de l'ONU précise clairement que la guerre hybride viole les fondements mêmes du droit international, qui appelle les États à s'abstenir du recours à la force contre d'autres pays.

Il n'y a qu'un seul bénéficiaire de la guerre hybride : le complexe militaro-industriel-numérique des États-Unis et d'Israël, avec des entreprises comme Palantir et d'autres qui tirent profit de leurs algorithmes d'assassinat assistés par l'intelligence artificielle. Le président Dwight Eisenhower nous avait avertis, dans son discours d'adieu de 1961, du danger profond que représente le complexe militaro-industriel pour notre société. Son avertissement s'est réalisé au-delà même de ce qu'il imaginait, car ce complexe est désormais alimenté par l'IA, la propagande de masse et une politique étrangère américaine irresponsable.

Nous assistons, ces dernières semaines, à deux guerres hybrides simultanées, au Venezuela et en Iran. Toutes deux sont des projets de longue date de la CIA qui ont récemment été intensifiés. Toutes deux mèneront à davantage de chaos.

Les États-Unis ont depuis longtemps deux objectifs vis-à-vis du Venezuela : prendre le contrôle des vastes réserves pétrolières du pays dans la ceinture de l'Orénoque, et renverser le gouvernement de gauche au pouvoir depuis 1999. La guerre hybride américaine contre le Venezuela remonte à 2002, lorsque la CIA a contribué à soutenir une tentative de coup d'État contre le président Hugo Chávez. Après l'échec de ce coup, les États-Unis ont intensifié d'autres mesures hybrides, notamment des sanctions économiques, la confiscation des réserves en dollars du Venezuela et des actions visant à paralyser sa production pétrolière — qui s'est effectivement effondrée. Pourtant, malgré le chaos provoqué par les États-Unis, la guerre hybride n'a pas renversé le gouvernement.

Trump est maintenant passé à l'étape suivante en bombardant Caracas, en kidnappant le président Nicolás Maduro, en volant des cargaisons de pétrole vénézuélien et en imposant un blocus naval permanent, ce qui constitue bien sûr un acte de guerre continu. Il semble également probable que Trump enrichisse ainsi de puissants bailleurs de fonds pro-sionistes de ses campagnes, désireux de s'emparer des actifs pétroliers vénézuéliens. Les intérêts sionistes souhaitent également renverser le gouvernement vénézuélien, celui-ci soutenant depuis longtemps la cause palestinienne et entretenant des relations étroites avec l'Iran. Netanyahu a salué l'attaque américaine contre le Venezuela, la qualifiant « d'opération parfaite ».

Les États-Unis et Israël intensifient simultanément leur guerre hybride en cours contre l'Iran. On peut s'attendre à des opérations continues de subversion, à des frappes aériennes et à des assassinats ciblés américains et israéliens. La différence avec le Venezuela est que la guerre hybride contre l'Iran peut facilement dégénérer en une guerre régionale dévastatrice, voire en une guerre mondiale. De fait, même les alliés régionaux des États-Unis, en particulier les pays du Golfe, ont engagé d'intenses efforts diplomatiques pour persuader Trump de reculer et d'éviter une action militaire.

La guerre contre l'Iran a une histoire encore plus longue que celle contre le Venezuela. Les États-Unis ont commencé à créer de graves problèmes à l'Iran dès 1953, lorsque le Premier ministre démocratiquement élu Mohammad Mossadegh a nationalisé le pétrole iranien, défiant ainsi l'Anglo-Iranian Oil Company (aujourd'hui BP). La CIA et le MI6 ont orchestré l'opération Ajax pour renverser Mossadegh au moyen d'un mélange de propagande, de violences de rue et d'ingérences politiques. La CIA a installé le Shah et l'a soutenu jusqu'en 1979.

Sous le règne du Shah, la CIA a aidé à créer la redoutable police secrète, la SAVAK, qui a écrasé toute dissidence par la surveillance, la censure, l'emprisonnement et la torture. Cette répression a finalement conduit à une révolution qui a porté l'ayatollah Khomeiny au pouvoir. Durant la révolution, des étudiants ont pris des otages américains à Téhéran lorsque les États-Unis ont admis le Shah pour des soins médicaux, suscitant la crainte que Washington ne tente de le réinstaller au pouvoir. La crise des otages a encore davantage empoisonné les relations entre les États-Unis et l'Iran. À partir de 1981, les États-Unis ont comploté pour harceler l'Iran et, si possible, renverser son gouvernement. Parmi les innombrables actions hybrides entreprises, les États-Unis ont financé l'Irak dans les années 1980 pour mener une guerre contre l'Iran, causant des centaines de milliers de morts, sans toutefois renverser le régime.

L'objectif américano-israélien vis-à-vis de l'Iran est à l'opposé d'un règlement négocié qui normaliserait la position de l'Iran dans le système international tout en encadrant son programme nucléaire. Le véritable objectif est de maintenir l'Iran économiquement affaibli, diplomatiquement isolé et soumis à des pressions internes. Trump a à plusieurs reprises saboté des négociations susceptibles de conduire à la paix, à commencer par son retrait, en 2016, du Plan d'action global commun (JCPOA), qui aurait permis de surveiller les activités nucléaires iraniennes tout en levant les sanctions économiques américaines.

Comprendre les tactiques de la guerre hybride permet d'expliquer pourquoi la rhétorique de Trump oscille si brutalement entre menaces de guerre et fausses offres de paix. La guerre hybride prospère sur les contradictions, les ambiguïtés et la tromperie pure et simple concernant les intentions américaines. L'été dernier, les États-Unis étaient censés entamer un cycle de négociations avec l'Iran le 15 juin 2025, mais ont soutenu le bombardement israélien de l'Iran le 13 juin, soit deux jours avant la date prévue des discussions. Pour cette raison, les signes récents de désescalade ne doivent pas être pris pour argent comptant. Ils peuvent très facilement être suivis d'une attaque militaire directe dans les jours à venir.

Le meilleur espoir du monde est que les 191 autres pays membres de l'ONU, en dehors des États-Unis et d'Israël, disent enfin non à l'addiction américaine à la guerre hybride : non aux opérations de changement de régime, non aux sanctions unilatérales, non à l'instrumentalisation du dollar, et non au rejet de la Charte des Nations unies. Le peuple américain ne soutient pas l'illégalité de son propre gouvernement, mais il a énormément de mal à faire entendre son opposition. Lui, comme presque tout le reste du monde, souhaite que la brutalité de l'État profond américain cesse avant qu'il ne soit trop tard.

 Jeffrey Sachs,  Sybil Fares
19 janvier 2026

Source:  Common Dreams (Traduit de l'anglais par Arrêt sur info)

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