Matheo Castex
AFP
L'ogre états-unien ne semble pas rassasié par la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, obtenue au prix de bombardements destructeurs sur Caracas et de la mort de plus de cent personnes, dont trente-deux soldats cubains présents dans le cadre d'une coopération de défense. L'empire a commis un énième acte de terrorisme d'État. Lorsque la loi du plus fort s'impose, toute perspective de paix s'éloigne, et une question demeure après les menaces répétées de Donald Trump : Qui sera le prochain ?
Iran, Groenland, Mexique, Colombie... ou Cuba sont désormais dans le viseur. La portée symbolique est immense : 2026 marquera le centenaire de la naissance du Commandant en chef Fidel Castro Ruz, figure historique de la révolution cubaine.
La propagande, arme centrale de l'impérialisme
À seulement 200 kilomètres de la Floride, Cuba brille davantage, sur le plan symbolique, que n'importe lequel des cinquante États composant les États-Unis d'Amérique. L'île incarne, à l'échelle internationale, une résistance tenace à l'impérialisme yankee et au capitalisme mondialisé.
Depuis plus de sept décennies, Cuba subit un embargo criminel, accompagné d'opérations clandestines, d'attaques bactériologiques et de tentatives d'assassinat ciblant ses dirigeants politiques - plus de 600 visant Fidel Castro. Les menaces récentes à l'encontre du peuple et du gouvernement cubains s'inscrivent dans cette longue tradition interventionniste, partagée aussi bien par les responsables républicains que par l'immense majorité des démocrates, tous héritiers de la doctrine Monroe.
Ce qui distingue la méthode Trump n'est pas tant la stratégie que la brutalité assumée du discours. Il ne dissimule ni sa convoitise pour les ressources naturelles, ni son racisme, ni ses velléités expansionnistes.
Pourtant, la propagande occidentale impose un récit manichéen : le peuple vénézuélien aurait été « libéré » d'une dictature - tant pis pour le droit international.
Le double discours des démocraties libérales
Tant pis également pour l'examen critique de nos propres modèles démocratiques. Aux États-Unis, il y a quelques jours, une femme a été tuée après avoir reçu trois balles tirées par un agent de l'ICE, la police de l'immigration, sans justification valable. Une militante opposée à Trump a, elle, été arrêtée en direct à la télévision.
En France, le pouvoir était-il réellement au peuple lorsque fut imposée une réforme des retraites brutale ? Évidemment que non. Les exemples abondent et démontrent que les démocraties libérales sont loin d'être infaillibles. Qualifier systématiquement de « dictature » tout modèle politique différent relève d'une propagande grossière, prête à recycler les mêmes arguments si Cuba venait à être bombardée ou envahie.
Aucun régime n'est irréprochable. Mais il est évident que celui dans lequel nous vivons ne bénéficie ni d'une légitimité populaire supérieure, ni du monopole de la civilisation.
Cuba a-t-elle besoin d'être « sauvée » ?
Que les choses soient claires : non.
Le peuple cubain, souverain, héritier de la révolution du 26 juillet, n'a pas à remettre son destin entre les mains d'une puissance étrangère - encore moins entre celles des États-Unis, qui ont fait de Cuba une zone d'exploitation, un terrain de jeu pour une minorité d'Américains fortunés venus consommer drogue et prostitution au mépris de la dignité humaine.
L'héritage de la révolution cubaine est pourtant incontestable : alphabétisation de masse, vaccination généralisée, hausse spectaculaire de l'espérance de vie, système de santé universel, solidarité internationaliste. Un bilan sans commune mesure avec celui des gouvernements pro-américains imposés de manière profondément antidémocratique à de nombreux peuples d'Amérique latine. Une démonstration flagrante que, pour l'impérialisme, l'intérêt des peuples passe toujours après celui du capital.
Une guerre de basse intensité permanente
L'impérialisme yankee s'appuie sur la crise qu'il a lui-même provoquée : embargo, sabotages, opérations bactériologiques, espionnage, infiltration via certaines TPE-PME, instrumentalisation religieuse, tentatives d'assassinat. Tout est mis en œuvre pour faire tomber la révolution cubaine de l'intérieur.
C'est un échec humiliant pour la première puissance mondiale, incapable de briser la résistance du pays, mais qui franchit aujourd'hui un seuil inquiétant en n'excluant plus ouvertement une intervention militaire. Alors même que l'embargo est massivement condamné par la communauté internationale, les États-Unis opposent systématiquement leur droit de veto à l'ONU pour poursuivre leur œuvre de terrorisme d'État.
Pour mieux faire accepter l'inacceptable, Trump affirme que Cuba serait « en faillite à cause du communisme », occultant délibérément les quelque 200 milliards de dollars de pertes directement liées à l'embargo.
Source: L'Avant Garde
