
Par Karim pour BettBeat Media, le 28 février 2026
Le maigre vernis de l'interventionnisme libéral a volé en éclats. L'empire occidental, dépouillé de toute hypocrisie, se montre désormais sous son vrai visage, violent et sans scrupules.
Des missiles ont été tirés aujourd'hui sur Téhéran. Ils sont tombés sur Ispahan, Qom, Kermanshah et Karaj. Les États-Unis et Israël ont lancé une attaque contre l'Iran, des explosions ont été entendues et vues dans tout Téhéran. Les responsables américains ont confirmé que les frappes ont été coordonnées et qu'il ne s'agit "pas d'une petite opération militaire". Ces frappes ont eu lieu alors que les diplomates à Genève venaient à peine de terminer leurs échanges lors de la dernière série de négociations. Selon un responsable de la défense israélien cité par l'agence de presse Reuters, ces attaques étaient prévues depuis des mois et la date de lancement a été décidée il y a plusieurs semaines, alors que les États-Unis et l'Iran entamaient des négociations. Les pourparlers n'étaient qu'une mascarade. L'armada, elle, est bien réelle.
C'est un visage qui ne change pas. Ce n'est pas celui de la démocratie, de la liberté ou des droits de l'homme. C'est le visage du colonialisme. C'est le visage que les Taïnos ont découvert lorsque Christophe Colomb a débarqué. C'est le visage que les Congolais ont découvert sous Léopold II. C'est le visage que les Bengalis ont observé sous Churchill. C'est le visage que les Vietnamiens, les Irakiens, les Libyens et les Afghans ont pu voir à leur tour. C'est le visage de la suprématie occidentale lorsqu'elle décide de s'emparer de ce que vous possédez ou lorsque votre existence, votre souveraineté ou votre refus de vous soumettre constituent une offense intolérable à l'ordre naturel de la domination. Cet ordre n'a pas été fondé sur les Lumières, mais sur les navires négriers et à coups de canon.
Le (trop) bref flirt de l'Occident avec la civilisation
Pour une trop brève parenthèse historique, quelques décennies après que l'Holocauste a révélé l'issue logique de la suprématie raciale européenne, l'empire s'est temporairement paré de ses plus beaux atours. Il s'est donné le nom de "communauté internationale". Il a créé des institutions - les Nations unies, la Banque mondiale, l'OTAN - qui n'ont jamais eu pour but de limiter le pouvoir, mais de donner l'illusion du consentement. C'était l'ère de l'"interventionnisme libéral", où des bombes étaient larguées au nom de l'humanitarisme, où des nations entières ont été restructurées par des programmes d'"ajustement structurel" vidant leurs institutions publiques de leur substance, et où les artisans de la misère ont reçu le Nobel de la paix et des chaires dans les universités de l'Ivy League. La violence n'a jamais cessé. Elle s'est simplement parée de respectabilité.
Bombarder des pays qui n'avaient rien demandé devenait respectable. Enseigner l'économie néolibérale à Harvard était tendance, alors que les politiques qu'elle préconisait vidaient les nations de leur substance. Il était communément admis que les musulmans étaient des barbares civilisationnels - des départements de psychologie entiers ont été créés pour expliquer pourquoi les musulmans continuaient à nous combattre, et la réponse était toujours la même : "l'esprit extrémiste", l'Autre pathologique, le fanatique irrationnel. Jamais on n''a évoqué la résistance de peuples écrasés par des décennies d'occupation et d'humiliation. Jamais les mandataires extrémistes armés, financés et déployés par l'axe américano-israélo-saoudien chaque fois que la déstabilisation servait les intérêts impérialistes. La responsabilité a toujours été imputée au camp adverse. Jamais au système.
Mais la supercherie ne fonctionne plus, et l'empire a cessé de faire semblant.
Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené ce qu'ils ont qualifié de "frappe à grande échelle" contre le Venezuela, et président Nicolás Maduro et son épouse ont été kidnappés et emmenés à New York. Alors que les shérifs américains l'escortaient hors de la salle d'audience, le dirigeant déchu a regardé droit dans les caméras et a rétorqué en espagnol : "Je suis un président kidnappé. Je suis un prisonnier de guerre". Le monde a alors assisté au spectacle d'un chef d'État souverain traîné devant un tribunal américain, ce que l'ambassadeur russe à l'ONU a qualifié de "comportement d'une nation se proclamant en quelque sorte juge suprême". Le fils de Maduro a lancé cette mise en garde :
"Si nous banalisons l'enlèvement d'un chef d'État, plus aucun pays n'est en sécurité. Aujourd'hui, c'est le Venezuela. Demain, ce sera n'importe quelle nation refusant de se soumettre".
Comme à leur habitude, les médias ont débattu du caractère légal de l'action, des précédents et des subtilités de la doctrine Ker-Frisbie. Ils sont tous passés à côté de l'essentiel. L'essentiel, c'est le pouvoir. L'essentiel, c'est qu'aucun tribunal, aucun traité, aucun organe parlementaire n'a condamné cet acte d'agression impérialiste. Le message était clair - et il était destiné non pas au Venezuela, mais à toutes les nations de la planète se berçant de l'illusion que leur souveraineté pourrait résister aux appétits américains.
C'est ce qu'on pourrait la psychopathie par ruissellement : la brutalité du pouvoir occidental se propage dans un monde saturé de haine et d'abus, tandis que la richesse promise par leur économie tarde à produire ses effets.
Et maintenant l'Iran...
Le président Trump ne dispose ni de l'autorisation du Congrès ni, d'ailleurs, d'une quelconque légitimité en droit international pour attaquer l'Iran. Une action militaire unilatérale contre ce pays est incompatible avec la Constitution américaine, qui confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Aucune autorisation permanente d'utiliser la force militaire contre l'Iran n'existe, comme l'exige la loi sur les pouvoirs de guerre. En outre, la justification d'une telle intervention militaire américaine contre l'Iran n'a pas été débattue, et encore moins autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Un récent sondage de l'université Quinnipiac révèle que 70 % des Américains s'opposent à une action militaire contre l'Iran, contre seuls 18 % y sont favorables. Par ailleurs, 70 % des personnes interrogées estiment que le président doit d'abord solliciter l'approbation du Congrès.
Tout cela n'a plus aucune importance. Cela n'a d'ailleurs jamais vraiment eu d'importance, surtout lorsque la machine impériale se met en branle. Le Congrès, comme l'a justement observé le Brennan Center, dort sur ses deux oreilles. Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a qualifié la mesure sur les pouvoirs de guerre de "politique pure et dure" ! Si le Congrès n'était pas aussi complaisant, nous ne parlerions pas d'une présidence impériale. Les législateurs sont habitués à esquiver leurs responsabilités, à émettre des réserves et à prononcer de beaux discours, mais ils sont secrètement soulagés que quelqu'un d'autre agisse et encaisse les coups. La Constitution n'est qu'un bout de parchemin. L'ONU n'est qu'une marionnette ventriloque manipulée par les États-Unis. L'"ordre international fondé sur des règles" signifie en réalité : Nous fixons les règles et vous ordonnons de les respecter.
Observez la trajectoire. Observez bien et ne vous laissez pas décourager par ce qu'elle révèle. La Syrie est démembrée, ses infrastructures sont anéanties, des millions de réfugiés sont dispersés à travers le monde et le territoire syrien est divisé entre les occupants américains, turcs, russes et israéliens. La Libye, un État jadis prospère, n'est plus qu'un marché aux esclaves à ciel ouvert où des êtres humains sont vendus aux enchères sous des lumières fluo. L'Irak, une civilisation détruite par des sanctions ayant tué un demi-million d'enfants avant même la première bombe de 2003, réduite à un charnier confessionnel par une invasion fondée sur de fausses preuves. L'Afghanistan : occupé pendant vingt ans, vidé de ses ressources, puis abandonné du jour au lendemain, comme on expulserait un locataire. Le Yémen est affamé, bombardé et bloqué ; une nation où les enfants meurent non pas à cause des armes, mais à cause d'une famine délibérément provoquée. Le Liban, encore une fois malmené, dont le peuple est contraint de payer perpétuellement pour les ambitions géopolitiques des autres.
Et maintenant, Téhéran brûle.
Les apologistes parleront de prolifération nucléaire, de la menace d'un régime théocratique et du "danger imminent" brandi depuis trente ans. Le directeur du renseignement national de Trump lui-même a récemment déclaré que les services du renseignement "continuent d'estimer que l'Iran ne construit pas d'arme nucléaire". Mais qu'importe. Les prétextes varient - armes de destruction massive, intervention humanitaire, lutte contre le terrorisme, non-prolifération - mais le mécanisme ne change pas. Toujours le même scénario : la violence déployée par les puissants contre les faibles, sous une rhétorique conçue pour faire passer l'agresseur pour la victime, et le voleur pour le libérateur. Si l'Iran cédait et se soumettait aux exigences des États-Unis, Trump - qui s'attaque aux vulnérabilités perçues - se contenterait de redéfinir les limites. Les exigences passeraient alors du programme nucléaire iranien aux missiles balistiques, puis au changement de régime.
Le vrai visage de cinq cents ans de colonialisme européen
Voici à quoi ont réellement ressemblé cinq cents ans de colonialisme européen. Non pas la version édulcorée enseignée dans les universités occidentales, qui présente l'empire comme une mission civilisatrice certes problématique, mais complexe, et non la version vécue par les colonisés : l'enlèvement de générations entières d'enfants, les pensionnats conçus pour "tuer l'Indien afin de sauver l'homme" (et pour satisfaire sexuellement l'agresseur), les enfants travailleurs dans les plantations de caoutchouc belges, les "domestiques" considérés comme des possessions à part entière, sauf dans la fiction juridique qui les distinguait des esclaves des plantations. Le trafic d'enfants n'était pas une pratique marginale de l'empire. Il est constitutif de l'empire. L'empire exigeait l'anéantissement de la famille, la destruction de la mémoire générationnelle et la transformation des êtres humains en matière première. Telle était la logique de la traite transatlantique des esclaves, des pensionnats et de la "génération volée".
L'ordre instauré après 1945 n'a pas mis fin à cette logique. Il l'a sublimée. Il a externalisé la cruauté vers des États clients et des forces mandataires, tandis que la métropole conservait une apparence civilisée. La torture a été pratiquée à Bagram, à Abu Ghraib, dans des sites noirs disséminés à travers le globe dont nous ne connaîtrons probablement jamais les emplacements exacts. Les extrémistes ont été armés en Afghanistan pour affaiblir les Soviétiques, puis de nouveau en Syrie pour renverser Assad, et encore ailleurs à chaque fois qu'une opération de changement de régime exigeait un déni plausible. Ce scénario se répète non pas parce que les dirigeants sont incompétents, mais parce que le chaos constitue un objectif en soi. Une nation déstabilisée est une nation qui ne peut résister à l'exploitation.
Ce n'est pas 'flirter avec le fascisme', c'est du fascisme. Ce n'est pas 's'orienter vers le fascisme'. Ce n'est pas un écart de la civilisation occidentale. C'est son expression la plus ancienne et la plus tenace.
La caste Epstein psychopathe
Ce que j'ai nommé ailleurs la " psychopathie de l'Empire" n'est pas une métaphore. C'est un diagnostic. Il s'agit de la " Caste Epstein", un réseau de milliardaires, d'agents des services secrets et de manipulateurs politiques qui ont abusé d'enfants à travers les États-Unis, tout en siégeant aux premières loges des galas de collecte de fonds et des sommets politiques. Ils ne sont pas des exceptions. Ils sont le système qui fonctionne comme prévu. La même caste qui s'en prenait aux enfants sur son propre territoire a transformé l'Afghanistan, la Syrie et la Libye en enfers gouvernés par des soldats américains et des extrémistes soutenus par les États-Unis, qui ont infligé les mêmes traitements aux enfants et aux minorités à l'étranger, à l'image de ce que la colonie sioniste fait subir à ses enfants prisonniers. La cruauté s'étend. Elle se propage vers le bas.
Sans surprise, des influenceurs célèbres flirtent désormais ouvertement avec la pédophilie.
Les guerres qui détruisent les sociétés étrangères engendrent des vétérans brisés et un État policier sur notre territoire. La déshumanisation de l'Autre - l'étranger - pave la voie à la déshumanisation de l'Autre - l'immigré, le pauvre, le dissident. C'est ce qu'on pourrait appeler la psychopathie par ruissellement : la brutalité du pouvoir occidental et sioniste se propage dans un monde saturé de haine et d'abus, tandis que la richesse promise par leur économie n'arrive jamais. Les abus se répandent. La prospérité, jamais.
Relisez cet article :
La mort de l'interventionnisme libéral
Voici la terrible vérité que confirment aujourd'hui les missiles lancés sur Téhéran : l'interventionnisme libéral est mort. Il n'est pas en train de mourir. Il n'est pas en crise. Il est mort. C'est fini. Le prétexte invoqué pour justifier les interventions de l'Occident, soit la protection des civils, le respect du droit international ou la défense de la démocratie, a été balayé comme on se débarrasse d'un vulgaire chiffon. Le 13 février 2026, Trump a déclaré que le changement de régime en Iran sera "la meilleure chose qui puisse arriver". Il a déclaré au peuple iranien :
"L'heure de la libération approche. Lorsque nous aurons pris le contrôle de votre gouvernement, il vous reviendra".
Ce propos est celui d'un conquérant promettant le partage du butin. Il n'y a aucun objectif humanitaire. Aucune coalition multilatérale. Aucune autorité légale. Il n'y a que la violence, l'intention d'y recourir en espérant que personne ne l'arrêtera.
Les soutiens de cette initiative sont sans équivoque : les ultranationalistes sionistes qui ont fait de Gaza la plus grande prison à ciel ouvert et le plus grand camp de la mort de l'histoire de l'humanité, les agitateurs d'extrême droite de toute l'Europe et de l'Amérique qui ont rebaptisé la suprématie blanche "civilisation occidentale", les marchands de guerre dont les portefeuilles d'actions s'enrichissent à chaque explosion, ainsi que le vaste dispositif de fabrication du consentement - les think tanks, les chaînes d'information en continu, les législateurs complices, les universités de l'Ivy League - qui ne sert qu'à banaliser l'inconcevable. Selon CNN, le moment choisi pour les attaques est symboliquement significatif dans le judaïsme, puisqu'elles sont survenues avant la fête juive de Pourim. Une symbolique peu subtile.
Mais au-delà de cette coalition, le monde entier a conscience des enjeux. Le Sud global. Les milliards de personnes vivant dans l'ombre de la puissance occidentale, en Amérique latine, en Afrique, en Asie ou dans le monde arabe. Elles se souviennent. Elles savent que la rhétorique de la liberté n'est qu'un prétexte pour justifier des comportements prédateurs. Et les citoyens de l'Occident lui-même commencent à y voir plus clair. 70% des Américains ne veulent pas de cette guerre. Elle leur a été quand même imposée. La démocratie, comme le droit international, n'est qu'une vague suggestion que l'empire ne suit que lorsque bon lui semble.
La question n'est pas de savoir si les masques sont tombés. C'est fait. La question est de savoir ce qui va se passer maintenant : si les peuples du monde, y compris ceux qui, au cœur même de l'empire, ont encore une conscience, auront le courage de désigner ce à quoi ils assistent. C'est du fascisme. Ce n'est pas "flirter avec le fascisme", c'est du fascisme. Ce n'est pas "s'orienter vers le fascisme". Ce n'est pas un écart de la civilisation occidentale. C'est son expression la plus ancienne et la plus tenace. Les Lumières n'ont été qu'une parenthèse. La violence tient le premier rôle. Le fascisme, c'est la substance même de notre civilisation.
Les missiles pleuvent sur Téhéran et l'empire nous demande encore d'appeler cela la liberté.
Et nous devons dire non.
Traduit par Spirit of Free Speech