
par Oscar Figueredo Reinaldo et Abel Padrón Padilla
De nouveaux détails sur la tentative d'infiltration sur le territoire national d'une vedette rapide immatriculée aux États-Unis ont été donnés dans une émission spéciale du programme télévisé "Razones de Cuba".
Selon le colonel Ybey Carballo Pérez, chef d'état-major de la direction des troupes de garde-frontières, la réponse cubaine a été strictement ajustée à la base réglementaire, selon un "échelonnement des mesures de force, face à une cible en infraction : d'abord on identifie, ensuite on poursuit, on accompagne et on persuade".
Il a souligné que l'emploi des armes constitue un dernier recours : "On ne répond avec les armes à feu que quand nous sommes agressés. C'est un modèle d'action rationnel et défensif qui donne la priorité au fait d'éviter l'utilisation des armes sauf dans des situations d'agression directe".
Les détails de l'affrontement
Carballo Pérez a précisé que l'incident s'est produit le 25, dans la municipalité de Corralillo, dans une zone de la cayería extérieure, connue sous le nom de Los Cayos de Falcones, en particulier dans le canal de Los Pinos.
"Nous parlons de quelques 10 milles de la ceinture côtière, mais à peine d'un mille marin de la ceinture extérieure. Les eaux territoriales cubaines comprennent 12 milles marins. Le bateau a violé l'espace des eaux juridictionnelles cubaines", a-t-il noté.
"Il a été détecté à 7h du matin, grâce aux moyens techniques des garde-frontières à 3,7 milles marins dans les eaux territoriales. Il s'agissait d'une embarcation suspecte. Nous avons alors orienté notre bateau intercepteur numéro 25 pour procéder à son identification", a-t-il expliqué.
Pendant l'approche, la cible en infraction - venant des États-Unis - a commencé à se tourner vers le sud à une vitesse de 24 nœuds. Le bateau transportait environ 1,8 tonne de charge.
Le colonel a signalé, en outre, qu'on a vu des gens dans l'eau qui, avertis de la présence de l'unité cubaine, ont rembarqué et mis le cap à l'ouest.
"Nous nous trouvions à 185 m, quand nous avons été agressés par des tirs. Comme conséquence, le commandant de l'unité, le capitaine Yosmany Hernández Hernández, a été blessé. Il a reçu des balles dans l'abdomen et dans l'avant-bras et il saignait abondamment".
Face à l'agression, l'équipage cubain - composé de 5 combattants - a répondu au feu. Dans l'échange ont été abattus 3 des 10 occupants du bateau en infraction et 7 ont été blessés. "Bien qu'il ait été blessé, le capitaine n'a pas abandonné le gouvernail".
Carballo Pérez a estimé que la réaction a été "correcte, énergique et ferme", conformément aux protocoles établis. Il a confirmé que les troupes de garde-frontières ont un dispositif prêt au combat en permanence, soutenu par des moyens techniques d'observation qui améliorent l'efficacité de l'opération.
Après la neutralisation du bateau, les blessés ont été évacués et transportés dans des centres hospitaliers. Les Cubains ont utilisé 3 fusils AKM et une mitrailleuse légère RPK.
Les résultats de l'enquête préliminaire
Pour sa part, le colonel Víctor Álvarez Valle, second chef de l'organe spécialisé dans les délits contre la sécurité de l'État, a fait savoir que, face à des faits de cette nature, une équipe multidisciplinaire est formée pour conduire l'enquête.
Il a révélé que, comme élément nouveau, l'instruction pénale a déterminé qu'il n'y avait pas un, mais deux bateaux qui sont partis de Cayo Marathon, en Floride : "L'un a eu des difficultés techniques pendant le trajet et ses occupants sont montés sur l'autre, c'est pourquoi un seul bateau est arrivé, finalement", a-t-il expliqué.
L'expertise technique a mis en évidence 13 impacts de balles sur le bateau cubain, à tribord, dans la coque et dans les garde-corps.
"C'est une unité de 9 mètres de long. Seules des armes réglementaires ont été utilisées. Il n'y avait pas de lance-missiles ou d'autres armes comme on l'a prétendu", a déclaré le colonel.
Le bateau en provenance des États-Unis, équipé d'un moteur hors-bord, a eu 21 impacts de balles. Il avait du GPS et du matériel de radionavigation. L'échange de coups de feu s'est produit à environ 20 mètres, ce qui, selon l'officier, montre la proximité et l'intensité de l'affrontement.
Lors de l'inspection ont été saisi des fusils de différents calibres, un fusil de chasse Winchester, des fusils, de type DB AR-15, un fusil Delta, 11 pistolets et un module individuel pour chacun des 10 occupants comprenant un fusil, un pistolet, un couteau, un uniforme de camouflage, des médicaments, des passe-montagnes, un casque et d'autres choses. Ils portaient aussi des moyens de communication, du matériel de vision et des produits stériles.
On a dénombré 134 chargeurs et un total de 12 846 munitions de différents calibres, dont 5,56×45 mm et 7,62 mm (AKM). L'un des pistolets saisis avait la capacité de percer des gilets pare-balles. De même, un drone avec deux caméras, dix équipements de communication, des couteaux de commando, une centrale électrique portable, une lame pour couper les cadenas et des emblèmes d'identification ont été saisis, dont celui du mouvement contre-révolutionnaire nommé 30 novembre et des badges d'"autodéfense du peuple".
Les fusils saisis, d'après lui, ont une portée réelle de 800 m et se trouvent en parfait état de marche.
Álvarez Valle a signalé que parmi les impliqués figure Amijail Sánchez González, identifié comme l'un des organisateurs et auparavant inclus dans la liste nationale des personnes liées à des activités terroristes. Il a ajouté que l'enquête note que l'auteur intellectuel est Maritza Lugo Fernández, résidant aux États-Unis, et signalée comme principal organisateur de ce qu'on appelle le Mouvement 30 novembre.
L'objectif du groupe, a-t-il affirmé, était de s'infiltrer dans le pays, de créer des désordres publics, d'exécuter des actes de violence et d'attaquer des unités militaires : "Les armes saisies sont des armes de combat. Ce n'est pas un mensonge", a-t-il souligné.
Procédure pénale et soins médicaux
Edward Robert Campbell, procureur en chef du bureau du procureur général de la République, a expliqué que plusieurs des personnes impliquées figuraient déjà sur la liste nationale des personnes liées au terrorisme, à laquelle on ajoute maintenant de nouveaux éléments.
Les individus arrêtés, qui font l'objet d'une proposition de mesure conservatoire, sont accusés d'agression armée, d'entrée illégale sur le territoire national et d'infractions liées à des actes terroristes, à la violence et au trafic d'armes illégal.
Il a indiqué que les peines encourues pour le terrorisme vont de 10 à 15 ans dans les cas les moins graves, jusqu'à 20 ans ou 30 ans de privation de liberté ou la peine de mort dans les cas les plus graves. Il a assuré que la procédure régulière avait été respectée et que les poursuites avaient été officiellement instruites par le parquet.
Il a également signalé que s'agissant de faits financés de l'étranger, les personnes impliquées hors du pays pourraient aussi être accusées de financement du terrorisme. Et il a ajouté que des dispositions légales étasuniennes relatives à la navigation et au port d'armes auraient été également violées.
Dans le domaine sanitaire, le colonel Dr. Juan Antonio Ramírez, chef des services médicaux du ministère de l'Intérieur, a fait savoir que l'état du capitaine Yosmany Hernández Hernández évolue favorablement et qu'il est hors de danger : "il a été blessé à l'abdomen et à l'avant-bras. Son état est stable et il a une bonne évolution clinique".
Les individus arrêtés qui ont été blessés reçoivent également des soins médicaux avec toutes les ressources nécessaires : "C'est une pratique éthique de nos institutions d'apporter l'assistance sans distinction".
Enfin, le colonel Carballo Pérez a réaffirmé que Cuba maintient une coopération opérationnelle avec le service des garde-cotes des États-Unis dans le domaine de l'émigration, du combat contre le trafic de drogue, de la recherche et du sauvetage.
À propos de cette affaire, il a affirmé qu'il y avait eu un échange d'informations presque en temps réel avec la liaison de l'ambassade des États-Unis et des autorités à Miami, qui ont reçu des détails sur l'incident.
Les autorités ont indiqué qu'elles continueraient à informer la population au fur et à mesure de l'avancement des enquêtes.
source : Cubadebate via Bolivar Infos