
Par Scott Ritter, le 1er mars 2026
L'opération "Epic Fury" a été lancée pour mettre fin au régime iranien. Cette attaque pourrait effectivement aboutir à un changement de régime, mais qui sera encore là une fois la poussière retombée...
Le président Trump a misé tout son héritage sur une victoire rapide et relativement peu sanglante contre l'Iran.
Son objectif (et celui de ses maîtres/partenaires israéliens) est le changement de régime.
Le plan que son "secrétaire à la Guerre" (un titre en contradiction avec le concept de "président de la paix") l'a convaincu de mettre en œuvre consiste à décapiter les dirigeants iraniens, à supprimer l'appareil sécuritaire iranien et attendre que le peuple iranien prenne les choses en main. Dans ses remarques finales faites dans une vidéo de 8 minutes publiée sur son compte Truth Social peu après le début des attaques conjointes israélo-américaines, Trump a exposé les grandes lignes de son plan :
"Aux membres de la Garde révolutionnaire islamique, aux forces armées et à toute la police, je dis ce soir que vous devez déposer les armes et bénéficierez d'une immunité totale. Sinon, vous affronterez une mort certaine. Alors, déposez les armes. Vous serez traités équitablement et bénéficierez d'une immunité totale, ou vous affronterez une mort certaine. Enfin, au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l'heure de votre liberté est proche. Restez à l'abri. Ne quittez pas votre domicile. Il est très dangereux de sortir. Des bombes vont pleuvoir partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartiendra. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations."Pendant de nombreuses années, vous avez demandé l'aide des États-Unis. Mais vous ne l'avez jamais obtenue. Aucun président n'était prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir. Vous avez maintenant un président qui vous donne ce que vous voulez. Voyons donc comment vous réagirez. Les États-Unis vous soutiennent avec une force écrasante et une puissance dévastatrice. Le moment est venu de prendre le contrôle de votre destin et de libérer l'avenir prospère et glorieux qui est à votre portée. C'est le moment d'agir. Ne laissez pas passer cette opportunité".
Grâce aux renseignements fournis par les États-Unis (et dont Donald Trump s'est ouvertement vanté avant cette guerre), Israël a attaqué et tué quelque 46 membres de la haute hiérarchie militaire et civile iranienne, dont le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.
Cette seule action, au-delà de tout ce que les États-Unis ont fait (y compris, une fois de plus, commettre le crime de guerre de perfidie en endormant les Iraniens avec faux sentiment de sécurité grâce à de soi-disant "négociations de paix" que ni les États-Unis ni Israël n'ont jamais eu l'intention de mener à bien), témoigne de la vacuité morale et intellectuelle au sein de l'administration Trump.
Le président Trump arrive à Palm Beach, en Floride, avant d'annoncer l'attaque américano-israélienne contre l'Iran
Ali Khamenei était une figure religieuse majeure de la confession chiite, juste après le grand ayatollah Ali al-Husayni al-Sistani, qui réside à Najaf, en Irak. La République islamique d'Iran repose sur une doctrine religieuse connue sous le nom de Velâyat-e Faqih, ou tutelle du juriste islamique, un principe fondamental de la République islamique d'Iran qui s'appuie sur la branche duodécimainne de la religion chiite, qui domine en Iran et en Irak et jouit d'une très forte présence parmi les fidèles chiites à travers le Moyen-Orient.
Tuer Ali Khamenei équivaut à tuer le pape, l'archevêque de Canterbury ou le chef de l'Église orthodoxe russe en termes d'impact sur les fidèles.
Le chiisme est né du martyre de Hussein, le plus jeune fils d'Ali, cousin de Mahomet, désigné comme l'héritier légitime de l'œuvre de Mahomet et nommé quatrième calife Rashidun, ou "le bien guidé", lors de la bataille de Karbala le 10 octobre 680. Hussein a embrassé le martyre pour sauver la vie de ses partisans et éveiller la conscience collective de la communauté musulmane à la réalité de la nature anti-islamique du régime omeyyade, qui avait usurpé le pouvoir à Hassan, le frère aîné de Hussein.
Le dernier message publié sur le compte X d'Ali Khamenei, le 28 février 2026, déclarait "Au nom de Haidar (que la paix soit sur lui)", invoquant Haidar, une référence à l'imam Ali, le premier imam chiite, lui-même martyrisé par un assassin. Le message X, publié après l'annonce par Israël et les États-Unis de l'assassinat d'Ali Khamenei, constitue un message posthume de défi.
En attaquant l'Iran, Donald Trump pensait jeter les bases pour que le peuple iranien se soulève, prenne les choses en main et contribue à définir son avenir.
L'assassinat d'Ali Khamenei devait être le déclencheur qui motiverait le peuple iranien à se soulever et à descendre dans la rue.
Donald Trump et son cercle restreint de conseillers pro-israéliens ont réussi au-delà de leurs espérances les plus folles.
Aujourd'hui, les rues d'Iran sont remplies de citoyens en colère.
Mais au lieu de crier "Mort à Khamenei", ils crient "Vive le martyr Khamenei !".
Le Guide suprême iranien Ali Khamenei
Le peuple iranien vote, et son choix est clair : non à Trump, non à l'Amérique, non à Israël.
Non à Pahlavi.
Et oui à l'Iran.
Oui à la République islamique d'Iran.
Ali Khamenei avait prédit sa mort. Il ne voulait pas mourir comme un vieillard affaibli, mais plutôt comme Hussein, en martyr au service de sa foi, au service de son peuple.
Trump se vante de la façon dont les services de renseignement américains ont trouvé Ali Khamenei et ont communiqué sa position aux Israéliens afin qu'ils puissent l'assassiner.
Ali Khamenei est mort chez lui.
Il ne se cachait pas.
Il travaillait.
Entouré de compagnons Shahids qui savaient qu'en rencontrant Ali Khamenei, ils s'exposaient à la mort.
Ali Khamenei et ses compatriotes patriotes se sont sacrifiés pour l'Iran. Ils savaient que leur mort ne nuirait pas à la défense de l'Iran, car l'Iran est une république constitutionnelle avec des lignes de succession bien définies.
En raison des violences qui ont frappé l'Iran en janvier 2026, Ali Khamenei savait que les États-Unis et Israël inciteraient à un soulèvement populaire parmi le peuple iranien afin de renverser la République islamique.
Ali Khamenei savait que s'il choisissait de passer la guerre caché dans des bunkers, sa réputation serait compromise et réduirait la confiance dans la République islamique.
En se sacrifiant, Khamenei est devenu un martyr de sa cause.
Le peuple iranien et les fidèles chiites du Moyen-Orient se rallient à la défense de l'Iran d'une manière qu'aucun des bellicistes de Washington ou de Tel-Aviv n'aurait pu prévoir.
Le matin du 28 février, Israël a lancé une salve de missiles sur l'Iran dans le cadre d'une attaque surprise pour décapiter les dirigeants iraniens.
Les six premiers missiles ont frappé la résidence d'Ali Khamenei, entraînant sa mort, celle des membres de sa famille et celle des hauts responsables iraniens en réunion avec lui à ce moment-là.
Donald Trump se vante que les États-Unis et Israël ont gagné la guerre à ce moment-là, en décapitant le dragon.
Mais en réalité, les États-Unis et Israël ont perdu la guerre contre l'Iran au moment où ces missiles ont frappé leur cible.
La mort d'Ali Khamenei est le carburant spirituel qui permettra au peuple iranien et à son gouvernement de persévérer face à la perfidie et à l'adversité.
L'Iran a gagné la guerre dès l'instant où elle a commencé.
Les Iraniens manifestent en hommage à Ali Khamenei
En attaquant l'Iran, Donald Trump a fait le pari de sa vie. Son héritage politique, déjà mis à mal par sa mauvaise gestion de la question de l'immigration et des expulsions, a été encore terni par des allégations de comportement criminel liées à ses liens avec Jeffrey Epstein. Les élections de mi-mandat de novembre se profilent, et jamais les enjeux n'ont jamais été aussi élevés. Non seulement pour la viabilité politique de l'administration Trump (une Chambre des représentants contrôlée par les Démocrates pouvant paralyser toutes les initiatives politiques émanant de la Maison Blanche), mais le président risque également de voir le Parti républicain perdre le contrôle du Sénat, signifiant que la tactique inévitable de la Chambre des représentants en matière de destitution menace de le condamner.
Les contraintes logistiques liées au déploiement de ressources militaires massives pour soutenir une campagne militaire plongent le président Trump dans une situation inextricable. En redéployant des systèmes de défense aérienne essentiels affectés à la défense de l'Europe et de l'Asie, il a créé une fenêtre d'opportunité de frappe insoutenable au-delà de quelques semaines. De plus, le flux de matériels militaires (avions, carburant, armes) constitue également un facteur temporel "à exploiter ou à perdre", car un tel niveau de projection de puissance militaire n'est pas viable au-delà de quelques semaines.
Les hauts responsables de l'administration Trump l'ont informé que les États-Unis ne disposaient probablement pas des ressources nécessaires pour soutenir l'ampleur et l'échelle des opérations militaires requises pour atteindre l'objectif de la mission, à savoir le changement de régime. Si Trump avait écouté ses commandants, il aurait dû faire rapatrier les systèmes de défense antimissile et les avions de chasse vers leurs bases d'origine. Il aurait fallu plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour regrouper ces ressources.
Mais l'été est trop proche des cruciales élections de mi-mandat, et pour un président qui a fait campagne sur un programme de paix, se lancer dans une guerre d'agression illégale, une guerre choisie motivée par des prérogatives politiques américaines internes et non par une menace réelle pour la sécurité des États-Unis et de leurs alliés, est loin d'être idéal. Le principal moteur de ce conflit est Israël et l'héritage politique de son Premier ministre de longue date, Benjamin Netanyahu, qui a fait de l'élimination du gouvernement iranien la pierre angulaire de son obsession axée sur la sécurité visant à créer un "grand Israël".
En constituant le cabinet le plus pro-israélien de l'histoire, Trump s'est assuré le soutien des partisans du slogan "Make America Great Again" (MAGA) qui constituent le noyau de sa base politique. La presse israélienne l'a bien compris. À la suite d'une interview dévastatrice de Tucker Carlson avec l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas, a ouvertement déclaré soutenir le droit d'Israël à s'emparer du territoire de ses voisins arabes afin de réaliser l'objectif d'une version moderne de l'Israël biblique. Les médias israéliens ont souligné la dangereuse division dans les rangs des fidèles du MAGA, alors qu'ils prennent conscience que leur président "America First" n'est en fait qu'un fervent partisan de "Israeli First".
Les bombes israéliennes frappent la résidence d'Ali Khamenei
Cette fracture s'accentuera à mesure que se poursuivra cette guerre d'agression non provoquée menée par les États-Unis contre l'Iran au nom d'Israël.
Chaque militaire américain mort au combat nous rappelle que leur vie a été sacrifiée non pour défendre les États-Unis, mais pour promouvoir le Grand Israël.
Et le peuple américain ne le pardonnera jamais.
Donald Trump sera confronté au défi politique de sa vie en novembre prochain, lors des élections de mi-mandat qui détermineront s'il pourra poursuivre son programme pendant deux années supplémentaires ou s'il se retrouvera paralysé par des procédures de destitution qui pourraient bien aboutir à sa condamnation.
Le 28 février, Donald Trump a lancé une opération de changement de régime contre l'Iran.
Mais le changement de régime est une arme à double tranchant.
Et finalement, c'est Donald Trump qui risque de finir dans les oubliettes de l'histoire, tandis que la République islamique d'Iran continuera d'exister, plus forte que jamais grâce à l'héritage de son nouveau martyr, Ali Khamenei.
Traduit par Spirit of Free Speech