Jeremy Scahill, 4 mars 2026. Dans une interview exclusive accordée à Drop Site News, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a rejeté les affirmations du président Donald Trump selon lesquelles il aurait déclenché la guerre parce que l'Iran "allait attaquer en premier", les qualifiant de "gros mensonge".

"L'Iran n'a jamais eu l'intention d'attaquer les États-Unis", a-t-il déclaré. "Ils prétendent que l'Iran représentait une menace imminente pour les États-Unis", a ajouté M. Baghaei. "Sommes-nous venus dans le golfe du Mexique pour cibler Los Angeles et d'autres villes états-uniennes ? Ou sont-ils venus à 10.500 kilomètres de là, jusqu'aux côtes iraniennes ?"
Lundi, le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré aux journalistes que les États-Unis avaient décidé d'attaquer l'Iran préventivement parce que la Maison Blanche savait qu'Israël allait commencer à bombarder l'Iran et que ce dernier riposterait. "Nous savions que cela déclencherait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas préventivement avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes."
Mardi, Trump a tenté de reformuler la position américaine et a déclaré qu'il pensait que l'Iran allait attaquer en premier. "Ils allaient attaquer si nous ne le faisions pas. Ils allaient attaquer en premier - j'en étais fermement convaincu", a déclaré Trump, accusant les Iraniens de "se préparer à attaquer Israël. Ils allaient attaquer d'autres pays."
Rubio a ensuite tenté de nuancer ses propos initiaux, affirmant que les médias avaient mal interprété ses commentaires et que - qu'Israël frappe ou non - Trump avait déjà pris la décision d'attaquer le système de missiles balistiques iranien et d'entrer en guerre. "Nous n'allons pas mettre nos troupes en danger", a déclaré Rubio. "Si vous dites au président des États-Unis que si nous ne prenons pas les devants, il y aura davantage de morts et de blessés, il prendra les devants. C'est ce qu'il a fait."
Baghaei a qualifié toutes ces affirmations des responsables US de "mensonges à répétition".
"Je pense que le peuple états-unien mérite de savoir, de comprendre ce que fait son gouvernement", a déclaré Baghaei, également porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. "Comment son gouvernement gaspille son argent, l'argent de ses contribuables, et ternit son image au Moyen-Orient, dans le monde islamique, simplement pour satisfaire les caprices de Benjamin Netanyahu, qui est d'ailleurs recherché par la CPI [Cour pénale internationale], un génocidaire en Palestine."
Baghaei a démenti les affirmations de certains responsables US, dont Trump, selon lesquelles l'Iran aurait demandé la reprise des pourparlers avec les États-Unis. "Ils tuent nos citoyens. Municipalités, écoles, hôpitaux, centres médicaux, clubs sportifs - tout est bombardé et pris pour cible par les missiles de la machine de guerre israélienne et états-unienne. Croyez-vous qu'un Iranien sensé serait réellement en mesure de tendre la main aux États-Unis dans ces circonstances ?" a-t-il demandé. "Nous étions en pourparlers avec les États-Unis", a-t-il déclaré, précisant qu'une nouvelle série de négociations était prévue pour le lundi 2 mars. "Deux jours avant, les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran", a-t-il ajouté. "Nous avons été trahis. La diplomatie a été trahie."
Les États arabes du Golfe abritant des installations militaires américaines ont été la cible de frappes de représailles iraniennes massives. Des images satellites et des informations récentes suggèrent que des milliards de dollars d'équipements de reconnaissance US sensibles ont été détruits ou endommagés lors de ces attaques. La station de la CIA en Arabie saoudite et des ambassades américaines ont également été touchées, tandis que six militaires US ont été tués lors de frappes de missiles contre un centre d'opérations improvisé dans un port civil du Koweït.
Les États arabes du Golfe ont unanimement condamné l'Iran pour ses frappes contre des aéroports et des hôtels civils, affirmant qu'elles n'ont aucun lien avec la guerre israélo-US. Outre les attaques contre la navigation maritime, des installations de production de pétrole et de gaz dans plusieurs États ont également été touchées lors des combats, des attaques qui ont déjà perturbé les flux énergétiques mondiaux.
Baghaei a déclaré que les attaques iraniennes dans le Golfe étaient des représailles contre la présence de troupes US organisant la guerre basées dans ces pays, parfois même infiltrées dans des infrastructures civiles telles que des hôtels commerciaux. "L'Iran est encerclé de bases militaires US dans toute la région. Ces bases servent à la logistique, à la préparation et à la conduite de cet acte d'agression contre l'Iran. En vertu du droit international, l'Iran est en droit de se défendre. Nous sommes en droit de cibler l'origine de ces attaques contre l'Iran", a déclaré Baghaei. Il a contesté que l'Iran soit qualifié d'agresseur et a nié catégoriquement que Téhéran cible intentionnellement les infrastructures pétrolières ou les sites civils du Golfe. "Nos forces armées n'attaquent que les installations, les bases militaires utilisées, voire détournées, par les États-Unis pour attaquer l'Iran."
Baghaei a également affirmé qu'Israël menait des attaques sous faux drapeau dans le Golfe afin d'entraîner davantage les pays arabes dans la guerre contre l'Iran. "Israël a déjà eu recours à cette méthode à maintes reprises au cours des huit dernières décennies", a-t-il déclaré. Il a également fait référence aux récentes déclarations de Tucker Carlson selon lesquelles l'Arabie saoudite et le Qatar auraient arrêté des agents du Mossad qui projetaient de commettre des attentats à la bombe dans ces pays. "La situation est actuellement très complexe et la probabilité d'abus de la part de ces acteurs est très élevée", a-t-il déclaré. "En temps de guerre, d'autres acteurs pourraient exploiter la situation." Majed Al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a déclaré mardi qu'il n'y avait actuellement "aucune information" concernant d'éventuelles cellules du Mossad opérant au Qatar. L'Iran n'a fourni aucune preuve de la responsabilité d'Israël dans les récentes attaques perpétrées dans les pays arabes.
Face aux affirmations de Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu selon lesquelles les États-Unis et Israël éliminent systématiquement tous les successeurs potentiels du défunt Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné samedi lors de la première attaque du conflit, Baghaei a déclaré que l'Iran annoncerait prochainement la nomination d'un nouveau Guide suprême. "Le processus se déroule conformément à la Constitution. Nous avons actuellement un Conseil de direction intérimaire chargé de la gestion des affaires courantes de l'État. Le Guide suprême devrait être élu très prochainement, mais d'ici là, ce Conseil intérimaire dirige l'État", a-t-il précisé.
Mardi, l'armée israélienne a bombardé les bureaux de l'Assemblée des experts à Qom, en Iran. Cette instance est chargée d'élire le nouveau Guide suprême. Des sources israéliennes ont également affirmé que le bombardement avait eu lieu alors que des dizaines de membres de l'Assemblée votaient pour le successeur de Khamenei.
Baghaei n'a fourni aucun détail sur le bombardement de Qom. Interrogé à ce sujet, un autre haut responsable iranien a déclaré à Drop Site que l'Iran démentait les affirmations israéliennes selon lesquelles des membres du Conseil chargés d'élire le nouveau Guide auraient été tués lors de cette frappe, alors qu'ils étaient en réunion. "Le rapport initial était inexact. En réalité, l'un de leurs bâtiments, situé dans la ville de Qom, a été visé. Des membres du personnel administratif qui se trouvaient à l'intérieur ont été tués, mais la réunion principale de l'Assemblée des experts n'avait pas lieu à ce moment-là", a déclaré le responsable.
Trump se serait entretenu avec des dirigeants kurdes de la région, et CNN ainsi que d'autres médias ont rapporté que la CIA s'efforçait d'armer et de soutenir les forces kurdes en vue d'éventuelles opérations terrestres dans le cadre d'une campagne de changement de régime. Les États-Unis et Israël ont également attaqué les forces de sécurité intérieures iraniennes, la police et les unités paramilitaires du Bassidj, dans le cadre de ce qui a été décrit comme une manœuvre visant à fomenter ou encourager des soulèvements et des troubles civils en Iran.
"Si vous analysez leur comportement au cours des trois ou quatre dernières décennies, vous constaterez que les États-Unis et Israël prennent un malin plaisir à créer des États faillis. Ils prennent un malin plaisir à faire couler le sang. Ils sont avides de plonger les États dans le chaos", a déclaré Baghaei. Il a affirmé que cela faisait partie d'un plan américano-israélien de "changement de régime", ajoutant : "Au final, ils se moquent des droits humains des Iraniens. Car s'ils s'en souciaient un tant soit peu, ils ne cibleraient pas des jeunes filles innocentes dans leurs écoles."
Baghaei a également contesté les récentes déclarations de l'envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, selon lesquelles l'Iran était sur le point d'obtenir des "matières premières de qualité militaire pour fabriquer des bombes", qualifiant ces affirmations de "totalement fausses. C'est un pur mensonge." Dans une interview accordée à Fox News mardi, Witkoff a également affirmé que les négociateurs iraniens se vantaient de posséder suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer onze bombes nucléaires. "Ils en étaient fiers", a déclaré Witkoff. "Ils étaient fiers d'avoir contourné tous les protocoles de contrôle pour parvenir à se procurer onze bombes nucléaires."
Baghaei a souligné les déclarations du médiateur omanais selon lesquelles l'Iran faisait preuve de flexibilité et qu'un accord était envisageable. "Nous avons négocié en toute bonne foi et avec le plus grand sérieux à Genève", a déclaré Baghaei.
MS NOW a rapporté qu'un diplomate du Golfe persique a également contesté la version de Witkoff concernant la position de négociation de l'Iran et les propos qui lui auraient été attribués, à savoir se vanter de posséder suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer onze bombes. "Je peux affirmer catégoriquement que c'est inexact", a déclaré le diplomate, faisant référence au récit de Witkoff. Il a ajouté qu'il s'agissait d'une déformation des efforts déployés par l'Iran pour présenter un aperçu des matériaux qu'il était disposé à céder dans le cadre d'un accord.
Quant à la possibilité d'une solution diplomatique entre les États-Unis et le gouvernement iranien actuel, Baghaei a de nouveau accusé l'administration Trump d'instrumentaliser les négociations sous prétexte de guerre. "Je pense qu'il s'agit d'une guerre existentielle, car c'est ce qu'ils imposent à l'Iran depuis deux ans. Nous avons fait de notre mieux. Nous avons tenté de réfuter tous leurs prétextes", a-t-il déclaré. Baghaei a évoqué les décennies d'ingérence US en Iran, qui ont débuté avec le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Mohammed Mossadegh en 1953. "Nous vivons actuellement un moment historique et je pense que l'administration états-unienne, au lieu de tenter de panser la plaie qu'elle a infligée en 1953, ne fait que la rouvrir", a-t-il déclaré. "Elle rappelle aux Iraniens la trahison de 1953, lorsqu'elle a essayé d'instaurer une dictature en Iran. Aujourd'hui, elle réitère les mêmes erreurs."
Article original en anglais sur Drop Site News / Traduction MR