05/03/2026 investigaction.net  4min #306776

 L'Espagne dit non à Trump et sa guerre illégale

Le gouvernement espagnol refuse de collaborer avec Trump et Netanyahu dans la guerre contre l'Iran

José Antonio Egido

AFP

Il est inhabituel que des pays européens, vassaux de Washington, refusent de soutenir une intervention militaire étatsunienne. C'est précisément pour cette raison que la position exprimée par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, également secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), attire l'attention internationale.

Pedro Sánchez s'est opposé à la guerre contre l'Iran dès le départ. Le samedi 28 février, il a rejeté "l'action militaire unilatérale des États-Unis et d'Israël, qui représente une escalade et contribue à un ordre international plus incertain et hostile".

Le dimanche 1er mars, son ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré : "Ces bases ne sont pas et ne seront pas utilisées à des fins autres que celles prévues par l'accord et qui ne soient pas conformes à la Charte des Nations Unies." Les bases militaires de Rota et de Moron au sud de l'Espagne sont utilisées depuis des décennies par l'armée de l'air et la marine américaines pour leurs opérations d'agression, d'espionnage et d'intimidation dans diverses régions du monde. Il est très rare que l'Espagne refuse de coopérer avec les agressions militaires USaméricaines. Seuls les gouvernements espagnols de 1960 et 1986 ont refusé de collaborer.

Dans la nuit de ce même dimanche, onze avions ravitailleurs américains, chargés de ravitailler les avions bombardant l'Iran, ont quitté les bases.

Le mardi 3, Trump a réagi avec colère contre l'Espagne: "L'Espagne a été terrible, nous allons donc couper tout commerce avec elle. Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec elle... Je pourrais bloquer toute activité commerciale liée à l'Espagne."

Mercredi 4, le président espagnol a réagi avec calme et fermeté : il s'oppose à cette guerre : "Nous ne serons pas complices d'un acte néfaste pour le monde par simple crainte de représailles. La position de l'Espagne se résume en quatre mots : non à la guerre." Sánchez critique la soumission des dirigeants européens à Trump : "La servilité et l'obéissance servile ne sont pas des qualités de leadership." Il insiste sur le respect du droit international, bafoué par l'administration Trump: "Non à l'effondrement du droit international qui nous protège tous, et en particulier les plus vulnérables, les populations civiles. Non à l'idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu'avec des bombes, et enfin, non à la répétition des erreurs du passé." Sánchez appelle à la fin de la guerre et à une solution diplomatique : "Nous exigeons que les États-Unis, Israël et l'Iran cessent les hostilités et règlent ce conflit par la voie diplomatique. Nous devons exiger qu'ils arrêtent avant qu'il ne soit trop tard." "On ne peut pas répondre à un acte illégal par un autre ; c'est ainsi que commencent les plus grandes catastrophes de l'humanité." Sánchez a rassuré le public concernant d'éventuelles attaques économiques de Trump : "Notre pays dispose des ressources nécessaires pour atténuer tout impact potentiel, aider les secteurs qui pourraient être touchés et diversifier les chaînes d'approvisionnement."

Pourquoi cette fermeté de Pedro Sánchez ?

1. Il marque une rupture avec les politiciens placés par l'Allemagne de l'Ouest et la CIA à la tête du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) lors de son congrès de Suresnes en 1974, afin d'assurer une transition de la dictature fasciste conforme aux intérêts de l'impérialisme américain et ouest-européen. Ces politiciens, menés par l'ancien président Felipe González, ainsi que par l'ancien secrétaire général de l'OTAN Solana et l'ancien commissaire européen Borrell, ont été battus par le président actuel.

2. Une partie croissante de la société espagnole a exprimé son rejet de l'adhésion à l'OTAN, du génocide perpétré par Israël avec le soutien américain contre la population de Gaza, et de l'agression militaire de Trump contre le Venezuela. Cette partie de la population fait pression sur le gouvernement Sánchez et soutient son refus de se soumettre à la politique de Trump.

3. Sánchez est convaincu que cette fermeté lui permettra de freiner la montée de l'extrême droite, qui menace de faire tomber les forces de centre-gauche qui constituent la base politique de son gouvernement.

Soyons clairs : Sánchez n'est pas un radical. Son idéologie est proche de celle de Soros et de Biden. Il a débuté sa carrière politique en soutenant la colonisation occidentale de la Bosnie-Herzégovine. Il soutient la politique européenne de soutien au régime de Kiev. Il incarne et exprime politiquement la position d'une large partie des peuples espagnols contre la guerre, les dépenses militaires, l'instabilité et l'hégémonie arrogante que représente Trump.

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