
par Alexandre Lemoine
Le conflit militaire opposant l'Iran à Israël et aux États-Unis dure depuis une semaine et l'on peut d'ores et déjà conclure qu'il diffère fondamentalement de leur confrontation de juin 2025. Cette fois, il n'est question ni de l'arsenal nucléaire iranien ni de démocratie. L'administration de Donald Trump a déclaré que l'objectif de la guerre était le changement de pouvoir à Téhéran, et à en juger par ses actions, elle accepterait même l'éclatement de l'Iran.
Les États-Unis n'ont pas l'intention d'obtenir l'aval de l'ONU ni de former une large coalition, même avec leurs alliés de l'OTAN. Pour le public américain, la Maison-Blanche justifie la décision d'entrer en guerre de manière vague, en invoquant les intérêts du pays et l'histoire. Au Congrès américain, les adversaires de Trump, y compris au sein de son propre parti, ont fixé leur "ligne rouge" : une invasion terrestre de l'Iran. Mais le président américain pourrait prendre le risque d'agir à l'encontre de leur avis.
Si l'on en croit les membres de l'équipe Trump, ce qu'ils appellent la deuxième phase de l'opération contre l'Iran devrait suivre dans les jours à venir. Elle a été annoncée tant par le secrétaire d'État Marco Rubio que par le chef du Pentagone Pete Hegseth. L'un comme l'autre ont évoqué des frappes dévastatrices qui attendent les Iraniens. "Nous n'avons même pas encore commencé à leur porter des frappes puissantes. La plus grande vague est encore à venir", a notamment déclaré Hegseth. Les observateurs ont noté que ce dernier apprécie manifestement son nouveau rôle de secrétaire à la Guerre des États-Unis en situation de confrontation armée. Se sentir un chef de guerre ayant mis fin à la confrontation entre l'Iran et l'Amérique plaît visiblement aussi à Trump.
Ce qui donne probablement confiance à l'équipe Trump, c'est que contrairement à certaines prédictions, il n'y a pas de scission au sein du Parti républicain, du moins parmi ses groupes parlementaires au Congrès. Les membres du parti du président, rappelons-le, détiennent la majorité dans les deux chambres. Pour Trump, c'est une garantie fiable contre la destitution et l'assurance qu'il pourra mener la politique étrangère qu'il juge nécessaire.
Cependant, des signes sont apparus indiquant que le soutien de l'écrasante majorité de ses partisans au Congrès a ses limites, comme l'a souligné dans une interview à Fox News Nancy Mace de la Chambre des représentants. " Si les forces terrestres entrent en jeu, je pense que ce sera une tout autre discussion. Mais nous n'en sommes pas là pour le moment", a déclaré cette élue républicaine.
La question la plus intrigante et la plus obscure ces derniers jours pour les commentateurs américains de la politique de la Maison Blanche reste de savoir si l'équipe du président agit comme un tout uni. L'opinion courante est qu'il existe des désaccords au sein de l'entourage de Trump concernant sa politique étrangère. Le secrétaire d'État Marco Rubio est traditionnellement considéré comme le plus pragmatique et le moins enclin aux actions impulsives et mal réfléchies. Sa longue expérience en matière de politique étrangère en est le gage. Il a siégé pendant de nombreuses années à la commission des affaires étrangères du Sénat.
Hegseth, au contraire, ne possède aucune expérience à la tête d'un département militaire et est considéré comme un "faucon". Il est vrai que Rubio ne s'est pas encore manifesté en tant que pragmatique dans le cadre de la guerre actuelle, si ce n'est dans la fonction de justificateur de la politique de Trump qu'il a endossée. C'est précisément le secrétaire d'État qui tente de donner des explications logiques quant à la nécessité de lancer en urgence des frappes contre l'Iran, sans l'autorisation du Congrès et sans préparation de l'opinion publique mondiale, s'exposant ainsi au feu des critiques des adversaires du président.
En fin de semaine, les alliés européens des États-Unis au sein de l'OTAN se sont retrouvés dans une position assez étrange. Trump ne s'est pas adressé à l'Alliance pour obtenir son soutien, mais il a déjà reproché à ses membres de ne pas avoir aidé de leur propre initiative les États-Unis dans la conduite de l'opération contre l'Iran. Lui-même n'a pas jugé nécessaire de leur proposer son aide, même lorsque les Iraniens ont commencé à bombarder Chypre (un pays membre de l'Union européenne) et la base militaire française d'Abou Dhabi.
Le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte a tenté d'apaiser la situation. Il a d'abord déclaré que l'Alliance considérait l'opération contre l'Iran comme exclusivement américano-israélienne. Puis, le jeudi 5 mars, Rutte a précisé que la décision de Trump d'entrer en guerre " bénéficiait d'un large soutien" au sein de l'OTAN. Il a été aussitôt rappelé à l'ordre.
La ministre espagnole de la Défense Margarita Robles a souligné qu'il ne s'agissait que de l'avis de Rutte, que son pays ne partageait pas. L'Espagne a directement condamné l'opération militaire américano-israélienne, la qualifiant de violation du droit international. Cette circonstance n'a toutefois pas empêché les militaires espagnols de participer à l'interception d'une frappe iranienne contre la Turquie. Le missile a été détecté grâce à une batterie antiaérienne espagnole Patriot.
Le président américain Donald Trump a fait part de ses projets de désignation de nouvelles autorités en Iran. Il a déclaré que les États-Unis "devront choisir" le nouveau dirigeant de l'Iran. Expliquant ses plans à l'agence Reuters, il a établi un parallèle avec le Venezuela.
Le jeudi 5 mars, Trump a exprimé son souhait de participer directement au choix de celui qui dirigera l'Iran après la mort du guide suprême Ali Khamenei. "Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est une nullité. Je dois participer à la désignation, comme avec Delcy Rodríguez au Venezuela", rapporte le portail Axios.
source : Observateur Continental