
Par Nate Bear, le 11 mars 2026
Aujourd'hui, le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré condamner les attaques de l'Iran contre des civils et la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.
Pas un mot sur les 1 300 civils iraniens tués jusqu'à présent par les États-Unis et Israël, des attaques qui enfreignent bon nombre de lois internationales. Pas un mot non plus sur les attaques contre les infrastructures civiles en Iran, notamment les écoles, les hôpitaux et l'aéroport international. Pas plus que sur les 170 écolières brûlées vives par des missiles américains. Et encore moins sur les 10 millions de personnes qui respirent des gaz toxiques à la suite des attaques contre les installations de stockage de pétrole à Téhéran.
Ce même Mark Carney qui, je ne me lasserai jamais de le souligner, a été encensé pour avoir tenu tête à Donald Trump il y a quelques semaines à peine, se range aujourd'hui du côté de l'escroc dérangé et meurtrier, car l'on pensait naïvement qu'il aiderait à le contenir.
Au cœur de l'élite occidentale règne une corruption morale abyssale, un mépris nazi pour la vie et un appétit insatiable pour la violence et la guerre.
Les États-Unis lancent des opérations de bombardement sur l'Iran depuis des bases aériennes britanniques. La France déploie des navires de guerre. L'Australie envoie un avion espion pour aider les États-Unis à sélectionner des cibles à bombarder. La Roumanie vient d'annoncer l'autorisation d'utiliser ses bases de la mer Noire comme points de transit pour les attaques américaines.
Les États vassaux
Personne ne devrait être surpris à condition de bien maîtriser les concepts de libéralisme et d'impérialisme occidentaux. Carney, Macron et tous les dirigeants occidentaux ont depuis longtemps accroché leur wagon au train yankee. Se désolidariseront-ils un jour ? Ou suivront-ils Trump jusqu'au bout de cette guerre illégale, vaine et meurtrière, quel que soit le nombre d'innocents massacrés ? En l'absence de révolutions, comment penser les pays européens et les États dérivés, comme le Canada et l'Australie, capables de s'opposer aux États-Unis ? Pour autant, nous, citoyens des États-Unis ou de leurs États vassaux, n'avons pas à cautionner l'empire lorsqu'il commet des crimes de guerre et viole le droit international.
Nous devrions au moins faire connaître notre opposition à l'impérialisme et à notre statut de vassaux.
Car c'est précisément ce que les élites occidentales détestent par-dessus tout concernant l'Iran. Elles détestent son indépendance, son refus d'être un État vassal et sa capacité de résistance. Les dirigeants occidentaux détestent l'Iran parce qu'il tient tête à Israël et aux impérialistes occidentaux. C'est là le seul mobile de cette guerre. Ne nous laissons pas berner par les discours fallacieux sur la liberté et la démocratie. L'Iran est un obstacle à l'hégémonie israélo-occidentale, et à ce titre, il doit être éliminé.
Vous pensez que c'est trop simpliste ?
Alors, pourquoi l'impérialisme occidental ne s'en prend-il pas à l'Arabie saoudite, à Oman, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn, au Qatar ou à la Jordanie, des monarchies répressives et absolues ? La réponse est simple : ils sont de notre côté. Ce sont des États vassaux soumis dont les pays sont exploités par les États-Unis, Israël et l'Occident.
C'est aussi simple que cela.
En septembre dernier, le Qatar a aboli ses élection partiellement libres, octroyant tous les pouvoirs futurs d'élire le gouvernement à un seul homme : le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Avez-vous vu des articles condamnant le Qatar pour s'être rétabli en dictature absolue ? Bien sûr que non ! Parce que le Qatar est un allié de l'Occident, et qu'il bénéficie donc d'un traitement de faveur.
Le seul crime de l'Iran est de s'opposer à Israël et à l'Occident, et de soutenir les Palestiniens. C'est un élément essentiel de la guerre à ne pas oublier. La plupart des pays musulmans ont depuis longtemps abandonné les Palestiniens à leur sort.
L'Iran ne l'a jamais fait. Et pour cette raison, les États-Unis et l'Occident le punissent sans relâche. Ils ont sanctionné l'Iran parce que défendre les Palestiniens revient logiquement à s'opposer à Israël et à ses ambitions territoriales et hégémoniques.
"Le régime"
N'oublions pas non plus les subterfuges linguistiques utilisés par les médias et la classe politique occidentaux pour créer un sentiment anti-iranien tout en présentant les États du Golfe de manière neutre. Vous n'entendrez jamais parler du "régime" saoudien, omanais, bahreïni, qatari, émirati ou jordanien. Seul l'Iran est qualifié de "régime". Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'un terme péjoratif destiné à délégitimer le mode de gouvernance du pays. Ce terme a aussi pour but de déshumaniser les dirigeants du pays, de nous préparer à la guerre et de nous immuniser contre l'assassinat de ses dirigeants.
Or, les dirigeants iraniens sont en réalité autrement plus légitimes que ceux des États du Golfe dont les monarchies héréditaires sont dirigées par la même famille depuis des centaines d'années. L'Iran est une république constitutionnelle et son gouvernement est issu d'une révolution populaire qui a renversé un régime monarchique. L'Iran s'appuie sur un chef religieux suprême nommé par un conseil spécial, mais le président iranien est élu au suffrage universel.
L'Iran est donc bien plus représentatif de son peuple que la plupart des pays de la région.
Mais outre la géopolitique, comment expliquer que les dirigeants occidentaux condamnent les actions défensives de l'Iran tout en gardant le silence sur la guerre illégale et le massacre d'écoliers ?
Selon le sociologue Ajamu Baraka, cette attitude pourrait s'expliquer par la psychopathologie du suprémacisme blanc.
Cette psychopathologie ne se limite pas aux préjugés d'individus isolés. Il s'agit d'un trouble cognitif narcissique et racialisé, ancré dans la structure idéologique et institutionnelle du pouvoir occidental. Elle place l'Europe et ses anciennes colonies au summum du développement humain et empêche ses adeptes de percevoir la réalité objective lorsqu'ils sont confrontés à une résistance non européenne. Bien qu'enracinée dans l'expérience historique de l'Europe et de ses interactions avec des peuples non européens lors de l'expansion de sa puissance, elle affecte toute personne socialisée dans les mécanismes idéologiques et culturels du projet colonial paneuropéen.
Le terme "trouble cognitif narcissique" me semble tout à fait approprié et explique parfaitement la situation.
Selon cette croyance, vous, personne blanche d'origine européenne ou dérivée de l'Europe, libérale ou non, êtes simplement meilleur que les autres, simplement parce que vous êtes blanc et d'origine européenne. Et par conséquent, tout ce que les Blancs prétendent savoir sur le monde serait parole d'évangile.
Cette psychopathologie sous-jacente commune à l'ensemble de l'Occident transcende toute affiliation politique.
On le voit clairement dans le langage utilisé par Stephen Miller, conseiller de Trump, qui affirme :
"La civilisation occidentale a produit le monde moderne, nos ancêtres ont bâti les villes, créé l'art et l'architecture, développé l'industrie. Et vous n'avez pas idée à quel point nous sommes déterminés à préserver cette civilisation".
Ou encore dans les propos de Marco Rubio qui, il y a quelques semaines à Munich, a reçu une standing ovation de la part des dirigeants européens pour avoir déclaré que
"l'Occident a été forgé par des siècles d'histoire commune, de foi chrétienne, de culture, d'héritage, de langue et d'ascendance. Et nous le sauverons".
La suprématie blanche et le racisme à peine voilés et codés s'affichent ouvertement.
Il n'est pas exagéré d'affirmer que l'empire d'origine européenne hait l'Iran en tant que descendant d'une ancienne civilisation de 6 000 ans. L'existence de l'Iran et de son patrimoine culturel remet en effet en question le récit de la civilisation occidentale si cher aux fascistes. C'est précisément ce qui se cache derrière les menaces grossières de Trump de bombarder 52 sites culturels d'importance pour le peuple iranien.
La guerre contre l'Iran est alimentée non seulement par des considérations géopolitiques, mais aussi par la suprématie européenne et une pulsion nazie de destruction de l'autre.
Ainsi, lorsque nous voyons des libéraux comme Mark Carney, Keir Starmer et Emmanuel Macron refuser de condamner le massacre de civils, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont servilement acquis à l'impérialisme, mais parce que les narcissiques moralement décadents et les suprémacistes blancs resserrent les rangs.
Traduit par Spirit of Free Speech