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 Les forces armées iraniennes lancent une vaste riposte contre Israël et des bases américaines au Moyen-Orient

Abbas Araghchi: « Ni cessez-le-feu ni négociations, l'Iran se battra aussi longtemps qu'il le faudra »

Par Abbas Araghchi

Interview du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi dans l'émission "Face the Nation", CBS, 15 mars 2026.

Abbas Araghchi: "Ni cessez-le-feu ni négociations, l'Iran se battra aussi longtemps qu'il le faudra"

Journaliste : Nous nous tournons maintenant vers le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Abbas Araghchi. Bonsoir, monsieur.

Abbas Araghchi : Bonsoir. Merci de m'accueillir pour la deuxième fois.

Journaliste : Oui, et nous vivons des temps extraordinaires. Monsieur le ministre, le président Trump a déclaré ce week-end qu'il n'était pas prêt à conclure un accord avec l'Iran, car les conditions n'étaient pas encore satisfaisantes. Son administration affirme que cette guerre pourrait durer encore environ trois semaines et demie. L'Iran a-t-il demandé un cessez-le-feu ?

Abbas Araghchi : Non, nous n'avons jamais demandé de cessez-le-feu, et nous n'avons même jamais demandé de négociations. Nous sommes prêts à nous défendre aussi longtemps qu'il le faudra. C'est ce que nous avons fait jusqu'à présent, et nous continuerons à le faire jusqu'à ce que le président Trump comprenne qu'il s'agit d'une guerre illégale qui ne peut déboucher sur aucune victoire. Des gens sont tués uniquement parce que le président Trump veut "s'amuser". C'est ce qu'il a déclaré.

Interviewer : S'amuser ?

Abbas Araghchi : Oui, c'est ce qu'il a dit : qu'ils coulent des navires et prennent pour cible différents endroits parce que c'est "amusant". Le secrétaire à la Guerre a déclaré qu'il n'y aurait "aucune pitié". En réalité, cela constitue un crime de guerre. Même le simple fait de le dire est un crime de guerre. Il s'agit donc d'une guerre de choix menée par le président Trump et les États-Unis, et nous allons poursuivre notre légitime défense.

Interviewer : Eh bien, c'est peut-être votre position, mais, monsieur, il s'agit d'une guerre de survie pour votre gouvernement. Monsieur le ministre, ne devez-vous pas négocier et tendre la main, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un tiers ?

Abbas Araghchi : Non, ce n'est pas une guerre de survie. Nous sommes suffisamment stables et suffisamment forts. Nous ne faisons que défendre notre peuple contre cet acte d'agression. Nous ne voyons aucune raison de discuter avec les Américains, car nous étions en pourparlers avec eux lorsqu'ils ont décidé de nous attaquer — et c'était la deuxième fois. Nous n'avons aucune expérience positive des discussions avec les Américains. Nous étions déjà en pourparlers. Alors pourquoi ont-ils décidé de nous attaquer ? À quoi servirait-il de reprendre les discussions ?

Journaliste : Eh bien, j'aimerais y revenir dans un instant. Vous faites référence aux contacts diplomatiques avec le gendre du président Trump, Jared Kushner, et son envoyé Steve Witkoff. Mais poursuivons sur ce point : l'Iran envoie ses drones et ses missiles vers vos pays voisins, alliés des États-Unis dans tout le Golfe. Avant la guerre, votre gouvernement commerçait avec eux et entretenait des relations avec eux. Si votre gouvernement survit à ce conflit, comment comptez-vous reprendre des relations commerciales avec des pays vers lesquels vous envoyez des drones et où vous frappez des cibles civiles ?

Abbas Araghchi : Il s'agit évidemment de pays qui ont mis leur territoire à la disposition des forces américaines pour qu'elles puissent nous attaquer. Que pouvons-nous faire ? Devons-nous rester les bras croisés pendant que les forces américaines nous attaquent depuis leur territoire ?

Interviewer : Mais vos drones pénètrent dans des zones civiles et frappent des usines, des hôtels et des civils.

Abbas Araghchi : Non, ce n'est pas le cas. Nous ne visons que des cibles américaines : des installations américaines, des bases militaires américaines. Tout cela appartient aux Américains. C'est un fait : ils utilisent le territoire de ces pays. Il y a de nombreux exemples.

Hier encore, ils ont attaqué nos îles à l'aide de roquettes d'artillerie HIMARS, qui sont des roquettes à courte portée, et ils ont utilisé le territoire des Émirats arabes unis pour nous attaquer. Il y a une semaine, trois avions de chasse F-15 ont été abattus, apparemment par "tir ami", au Koweït. Mais personne n'a demandé ce qu'ils faisaient au Koweït. Ils utilisaient le Koweït et l'espace aérien d'un pays voisin et ami pour nous attaquer. Il est donc évident que nous ne pouvons pas simplement rester passifs.

Journaliste : Beaucoup de ces pays font partie du CENTCOM. Mais le fait est que cela risque de nuire à votre pays à long terme. Lorsque l'on parle du détroit d'Ormuz, qui est un point de transit si important pour le commerce mondial, vous avez déclaré qu'il était fermé à Israël et aux États-Unis. Le Financial Times rapporte que des diplomates européens de France et d'Italie sont en pourparlers avec votre gouvernement afin d'obtenir un passage sûr pour leurs navires. Êtes-vous disposé à autoriser de nouveau le passage de navires transportant du pétrole et du gaz par ce détroit ?

Abbas Araghchi : Nous sommes ouverts aux pays qui souhaitent discuter avec nous du passage en toute sécurité de leurs navires.

Journaliste : Êtes-vous en négociation avec la France et l'Italie ?

Abbas Araghchi : Je ne peux citer aucun pays en particulier, mais plusieurs États nous ont approchés afin d'obtenir un passage sûr pour leurs navires. C'est à notre armée d'en décider, et elle a déjà décidé d'autoriser un groupe de navires appartenant à différents pays à passer en toute sécurité. Nous leur assurons la sécurité pour qu'ils puissent franchir le détroit, car nous ne l'avons pas fermé. S'ils ne viennent pas, c'est en raison de l'insécurité créée par l'agression des États-Unis.

Journaliste : Je voudrais revenir sur les négociations. L'Iran a déclaré disposer d'environ 440 kilos de matières nucléaires. Où se trouvent ces matières actuellement ? Qui en a la garde ?

Abbas Araghchi : Ce chiffre n'est pas seulement "déclaré". Il a été vérifié et annoncé par l'Agence (AIEA).

Journaliste : C'est exact.

Abbas Araghchi : Ce n'est pas un secret. L'Agence a indiqué dans de nombreux rapports la quantité exacte de nos matières nucléaires enrichies.

Journaliste : Oui. Alors où se trouvent-elles actuellement ? Qui en a la garde ?

Abbas Araghchi : Elles se trouvent sous les décombres. Nos installations nucléaires ont été attaquées et tout se trouve sous les décombres. Bien sûr, il est possible de les récupérer, mais sous la supervision de l'Agence. Si un jour nous décidions de le faire, cela se ferait sous la supervision de l'Agence. Mais pour l'instant, nous n'avons ni programme ni plan pour les récupérer sous les décombres.

Journaliste : Est-ce que je vous comprends bien ? Je sais que 48 heures avant les frappes américaines, vous aviez personnellement proposé aux négociateurs du président Trump de prendre ces 440 kilos de matière enrichie à 60 % et de la diluer. Vous aviez déclaré que l'Iran était prêt à céder cette matière. Cela figurait également dans l'accord présenté au vice-président Vance par Oman. Aujourd'hui, l'Iran est-il toujours disposé à renoncer à cet uranium enrichi ?

Abbas Araghchi : C'était l'un des éléments d'un accord que nous négociions avec nos interlocuteurs américains. Cet élément concernait la question des matières iraniennes enrichies à 60 %. J'ai proposé que nous étions prêts à diluer ces matières enrichies afin d'en réduire le taux d'enrichissement. C'était une offre importante, une concession majeure, destinée à prouver que l'Iran n'a jamais voulu d'armes nucléaires et n'en voudra jamais.

Journaliste : Êtes-vous prêt à y renoncer ?

Abbas Araghchi : Pour l'instant, rien n'est sur la table. Tout dépendra de l'avenir. Si, à un moment donné, nous décidons d'engager des négociations avec les États-Unis ou d'autres interlocuteurs, nous déciderons alors de ce que nous mettrons sur la table. Pour le moment, rien n'est sur la table.

Journaliste : À notre connaissance, au moins quatre Américains sont détenus à la prison d'Evin, dont le journaliste Reza Valizadeh et Kamran Hekmati, un homme de 61 ans. Quelle est la situation de ces Américains ? Sont-ils en sécurité ?

Abbas Araghchi : Si les États-Unis et Israël n'attaquent pas nos prisons, je suppose qu'ils sont en sécurité.

Journaliste : Monsieur le ministre des Affaires étrangères, nous arrivons à la fin de notre temps d'antenne et je vois que la connexion Internet est instable ici. Je tiens à souligner que vous vous adressez à nous via Zoom. Le peuple iranien n'a pas accès librement à Internet, mais vous, oui. Pourquoi ?

Abbas Araghchi : Parce que je suis la voix des Iraniens et que je dois défendre leurs droits. C'est pourquoi j'ai accès à Internet : pour m'assurer que notre voix soit entendue par la communauté internationale. Mais l'accès à Internet est restreint pour des raisons de sécurité, car nous sommes attaqués. Nous faisons face à une agression et nous devons tout faire pour protéger notre peuple. Dans n'importe quel pays, des mesures d'urgence sont prises en temps de guerre.

Journaliste : Monsieur le ministre, je suis heureux que la liaison ait fonctionné et que nous ayons pu vous parler. Nous vous remercions de nous avoir accordé votre temps ce matin.


Traduction :  lecridespeuples.substack.com

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