18/03/2026 mondialisation.ca  5min #308059

 Iran: Larijani rejette les menaces de Trump concernant le détroit d'Hormuz

Iran: le blocage du détroit d'Ormuz s'avère plus efficace que les frappes

Par  Alexandre Lemoine

Et il n'est pas certain que Téhéran rouvre le détroit d'Ormuz après la cessation des hostilités.

Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, ce dernier a adopté une stratégie claire. L'objectif est d'infliger en retour le plus de dégâts possible afin que la guerre devienne désavantageuse pour Washington.

Premier point: attaquer les forces américaines dans la région. En réalité, une seule attaque contre une base américaine au Koweït a vraiment réussi, 6 personnes ont été tuées. Quelques drones ont également été abattus et un certain nombre de radars ont été détruits. Les Américains ne considèrent pas encore ces pertes comme critiques, ce qui n'affecte donc pratiquement pas le cours des événements.

Deuxième point: l'Iran frappe les pays de la région pour les pousser à faire pression sur les États-Unis. Il est difficile de qualifier cette stratégie de folie. Ainsi, les Émirats arabes unis et le Qatar ont commencé dès les premiers jours des frappes à exhorter Washington à mettre fin à la guerre. Leurs munitions commençaient à s'épuiser. Mais ces exhortations n'ont pas impressionné Trump. En fin de compte, cette tactique de l'Iran ne fonctionne pas. Les pays de la région ne peuvent pas influencer Trump et certains d'entre eux sont même prêts à entrer en guerre contre l'Iran.

Enfin, troisième point: fermer le détroit d'Ormuz. Contrairement aux deux premières approches, tout fonctionne très bien ici pour l'instant. Les cours du pétrole montent et se maintiennent autour de 100 dollars le baril depuis près d'une semaine. Cela fait grimper le prix de l'essence à la pompe aux États-Unis. L'électeur américain apprécie de moins en moins la guerre au Moyen-Orient.

Trump est nerveux. Il tente de faire baisser les prix du pétrole par ses déclarations. Sans grand succès. Parallèlement, Israël s'inquiète de plus en plus que Trump, sous la pression intérieure aux États-Unis, ne mette fin à la guerre plus tôt que prévu, laissant ainsi de côté une partie des objectifs planifiés.

De plus, l'Iran pourrait fermer le détroit d'Ormuz indéfiniment. Il suffirait de frapper avec succès environ une fois par mois un navire empruntant cette voie pour que les compagnies d'assurance refusent d'assurer le passage via Ormuz. Les Houthis du Yémen bloquent à ce jour le passage par le canal de Suez. Or leurs ressources étaient bien moindres que celles de l'Iran. Et ils ont aussi été bombardés à maintes reprises.

Même si 99% des lanceurs de missiles et de drones de l'Iran étaient détruits, il n'en faudrait pas beaucoup pour ce faire. Téhéran trouverait des moyens.

Même lorsque la guerre sera finie, l'Iran pourrait ne pas rouvrir Ormuz, mais d'abord poser des conditions pour le faire. En d'autres termes, le détroit d'Ormuz est pour l'instant la partie principale et la plus réussie de la stratégie iranienne dans sa lutte contre les États-Unis.

Donald Trump a déclaré son intention de rouvrir le détroit d'Ormuz, que l'Iran bloque depuis trois semaines. Cela peut se faire de deux manières: soit escorter les pétroliers sous la protection de navires de guerre, soit s'emparer des zones côtières iraniennes avec des forces terrestres, écrit le Wall Street Journal. Trump  a appelé certains pays à envoyer leurs navires pour former des convois, et le commandement militaire américain  déploie l'infanterie de marine dans la région. Cependant, même de telles mesures ne garantissent pas le succès.

Pour un passage sûr des pétroliers, les navires de guerre doivent déminer le détroit, prévenir les attaques aériennes et repousser les actions de petites vedettes rapides iraniennes. Pour escorter même un convoi de 5 à 10 navires, il faudrait environ une douzaine de bâtiments de combat appuyés par des avions et des drones d'attaque. Selon les estimations de Lloyd's List Intelligence, un tel convoi ne pourrait rétablir la circulation dans le détroit qu'à hauteur de 10% maximum des quantités d'avant-guerre. Cela signifie qu'il faudrait des mois pour évacuer les quelque 600 navires marchands bloqués dans le golfe Persique. Par ailleurs, le risque d'endommagement ou de naufrage des navires du convoi persiste, et une partie de la flotte ne pourrait alors pas remplir d'autres missions, y compris la défense et le maintien de la défense aérienne.

Conquérir la côte iranienne avec l'infanterie de marine serait encore plus difficile. Il faudrait d'abord mener des frappes aériennes massives contre les positions côtières ennemies, puis débarquer des troupes sur un terrain montagneux et difficile d'accès et assurer leur protection. Les États-Unis auraient face à eux le Corps des Gardiens de la révolution islamique, fort d'environ 190.000 combattants expérimentés dans la guérilla.

L'opération pourrait s'éterniser sur des mois, et même en cas de succès, la menace pour les navires marchands ne disparaîtrait pas, car l'Iran pourrait attaquer la route avec des missiles à longue portée et des drones. Dans ces conditions, les armateurs hésiteraient probablement à reprendre la navigation dans le détroit.

Alexandre Lemoine

La source originale de cet article est  Observateur continental

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