18/03/2026 investigaction.net  5min #308122

 Iran: Journal de Guerre #1

Iran: Journal de Guerre #5

La Rédaction

AFP

La première victime de la guerre, c'est la vérité. Pour justifier leur intervention illégale contre l'Iran, les États-Unis et Israël font tourner la machine de propagande à plein pot. Fact-checking, infos écartées, analyses à contre-courant... Retrouvez dans nos bulletins consacrés à la guerre d'Iran des infos à partager pour contrecarrer la propagande de guerre et faire stopper cette agression impérialiste contre un pays souverain.

Conditions iraniennes pour finir la guerre : "Les États-Unis doivent payer des compensations et quitter le Golfe"

Alors qu'Israël et les États-Unis semblaient convaincus de pouvoir venir rapidement à bout de l'Iran, la situation apparaît plus complexe que prévu. À Téhéran, certains responsables n'hésitent plus à poser leurs propres conditions pour une éventuelle fin de la guerre. Parmi eux, Mohsen Rezaee, qui a affirmé que le conflit ne pourrait se terminer qu'à deux conditions : une compensation américaine pour les dommages subis par l'Iran et le retrait des forces américaines du golfe Persique. Des exigences élevées, qui traduisent la fermeté du camp iranien.

Rezaee n'est pas un inconnu. Ancien commandant des Gardiens de la Révolution de 1981 à 1997, il a dirigé cette puissante force militaire pendant la guerre Iran-Irak et reste une figure majeure de l'appareil sécuritaire iranien. Il a également été vice-président chargé de l'économie entre 2021 et 2023 et s'est présenté à plusieurs reprises à l'élection présidentielle. Aujourd'hui, il siège au sein du Conseil de Discernement, une institution influente chargée notamment de trancher les conflits entre le Parlement et le Conseil des gardiens et de conseiller le guide suprême.

Donald Trump tente de rattraper la sauce dans le détroit d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz, passage étroit entre l'Iran et Oman par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial, est devenu l'épicentre de la crise née des frappes américano-israéliennes contre Téhéran.  Selon CNN, le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale américains ont largement sous-estimé la probabilité d'une riposte iranienne visant à bloquer ce couloir maritime stratégique. Résultat: une crise énergétique mondiale et un casse-tête militaire pour Washington.

Plusieurs facteurs expliquent cette erreur d'appréciation. Les analyses des départements du Trésor et de l'Énergie, pourtant essentielles pour anticiper un choc pétrolier, auraient été reléguées au second plan. Le cercle décisionnel, très restreint autour de Donald Trump, a également limité la diversité des évaluations. L'administration américaine partait surtout du principe qu'un blocage d'Ormuz pénaliserait davantage l'Iran que les États-Unis, les menaces de Téhéran ayant souvent été jugées "vaines" par le passé.

Sur le terrain, la situation reste figée. La marine américaine refuse pour l'instant d'escorter les pétroliers, la mission étant jugée trop dangereuse face aux drones, mines et missiles iraniens. Les compagnies énergétiques, elles, refusent de traverser le détroit sans protection.

Signe de l'impasse, Donald Trump a lancé un appel inhabituel sur les réseaux sociaux. Il exhorte "de nombreux pays", dont la Chine, la France, le Japon ou le Royaume-Uni, à envoyer des navires de guerre pour sécuriser la zone. "D'une manière ou d'une autre, nous allons bientôt rendre le détroit d'Ormuz ouvert, sécurisé et libre", assure le président américain. Reste à voir qui acceptera de s'engager dans ce corridor maritime devenu l'un des points les plus explosifs de la planète.

Jusqu'à 3,2 millions de déplacés au sein de l'Iran alors que les frappes s'intensifient

La guerre qui secoue l'Iran provoque déjà d'importants déplacements de population.  Selon le HCR - l'Agence des Nations unies chargée de protéger les réfugiés et les personnes déplacées - entre 600 000 et un million de ménages auraient quitté leur domicile, soit jusqu'à 3,2 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays. Beaucoup fuient Téhéran et les grandes villes pour chercher refuge vers le nord ou dans des zones rurales. Le conflit a éclaté le 28 février, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes coordonnées contre l'Iran. Plus de deux semaines plus tard, les besoins humanitaires ne cessent de grimper. Les réfugiés afghans présents dans le pays figurent parmi les plus vulnérables.

L'Unesco s'inquiète de la destruction du patrimoine culturel en Iran

Quinze jours après le début de la guerre déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran, les dégâts ne se limitent pas aux infrastructures militaires. Le ministère iranien du Patrimoine culturel fait état d'au moins 56 musées et sites historiques endommagés à travers le pays, relate l'AFP.

À Téhéran, le palais du Golestan, classé au patrimoine mondial de l'Unesco et souvent comparé à Versailles, a été touché dès les premiers bombardements. Ancienne résidence de la dynastie Qadjar, il compte parmi les ensembles historiques les plus précieux de la capitale. La province de Téhéran recense à elle seule 19 monuments atteints. À Ispahan, la place Naqsh-e-Jahan, joyau du XVIIᵉ siècle entouré de mosquées, d'un palais et d'un bazar, a également subi des dégâts. Dans le sud, à Bouchehr, plusieurs maisons anciennes du quartier historique de Siraf ont été endommagées.

L'Unesco s'inquiète désormais d'un patrimoine régional menacé par l'intensité des frappes. L'histoire récente rappelle que ces pertes peuvent être durables: après l'invasion américaine de l'Irak en 2003, le musée national de Bagdad avait été pillé et environ 15.000 antiquités avaient disparu, tandis que bibliothèques, archives et sites archéologiques étaient ravagés dans le chaos de la guerre.

Un bilan souvent relégué au second plan, mais dont les cicatrices culturelles, elles, traversent les générations.


Un responsable iranien ramasse des documents sur un site historique endommagé par l'onde de choc d'une opération militaire près du bureau du gouverneur provincial à Ispahan, en Iran, le 11 mars 2026. (Photo by Morteza Nikoubazl / NurPhoto via AFP)

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