La Rédaction
Plage à Khasab, au nord d'Oman, surplombant le détroit d'Ormuz (AFP)
La première victime de la guerre, c'est la vérité. Pour justifier leur intervention illégale contre l'Iran, les États-Unis et Israël font tourner la machine de propagande à plein pot. Fact-checking, infos écartées, analyses à contre-courant... Retrouvez dans nos bulletins consacrés à la guerre d'Iran des infos à partager pour contrecarrer la propagande de guerre et faire stopper cette agression impérialiste contre un pays souverain.
La promesse divine doit être comprise comme un appel à la coexistence entre les descendants d'Abraham
Dans Haaretz, Muhammad Sharif Odeh, dirigeant de la communauté musulmane ahmadiyya en Terre Sainte, répond aux propos de Mike Huckabee, ambassadeur américain, tenus lors d'une interview avec Tucker Carlson. Huckabee a affirmé qu'il serait "acceptable" qu'Israël s'étende sur l'ensemble du territoire décrit dans la Torah - incluant des régions de l'Irak, de l'Égypte, de la Syrie, de la Jordanie et de la Palestine.
Muhammad Sharif Odeh conteste cette lecture en s'appuyant sur les mêmes textes bibliques que Huckabee invoque. Selon lui, la Terre promise concerne tous les descendants d'Abraham, pas un seul peuple.
La promesse divine est inclusive : Le terme hébreu zera ("descendance") désigne tous les descendants d'Abraham. Ismaël, ancêtre traditionnel des Arabes, est également bénéficiaire d'une promesse divine. La présence historique continue des Arabes entre le Nil et l'Euphrate est présentée comme accomplissement de cette promesse.
Le droit à la terre est conditionnel : Les Écritures insistent sur la justice comme condition d'héritage de la terre. Psaumes 37:27-29 : les justes héritent de la terre, les méchants en sont retranchés. Lévitique 18:26-28 : la terre "vomit" ceux qui la profanent.
Les prophéties ne sont pas des mandats pour l'agression, l'expansion ou la violence. Dieu n'a pas besoin d'"aides" humaines pour accomplir Sa parole par l'injustice.
L'interprétation maximaliste de la Torah est arbitraire et dangereuse. Elle ignore les passages bibliques qui conditionnent l'héritage à la justice. Elle risque d'alimenter les tensions régionales et de justifier des politiques agressives.
Israël pensait pouvoir déclencher une rébellion à l'intérieur de l'Iran. Cela ne s'est pas produit
Comme l'indique le New York Times, les espoirs du président Trump qu'un soulèvement interne contre le gouvernement théocratique iranien pourrait mettre fin rapidement à la guerre ont jusqu'à présent été anéantis.
Le chef du Mossad, David Barnea, a assuré à Netanyahu et à l'administration Trump qu'une opposition iranienne galvanisée pourrait se soulever quelques jours après le début de la guerre. L'idée était d'éliminer des dirigeants iraniens et de mener des frappes massives puis ensuite de déclencher un soulèvement populaire ou des actions de milices ethniques.
Sur Fox News, Le dirigeant de l'Union patriotique du Kurdistan irakien, Bafel Talabani, affirme que le Kurdistan devrait être un "pont, pas un champ de bataille" et jouer un rôle dans la diplomatie à travers le Moyen-Orient
Netanyahu et Trump ont adopté cette vision optimiste malgré des doutes internes.
Après trois semaines du début du conflit, aucun soulèvement significatif n'a eu lieu. Les services de renseignement américains et israéliens concluent que le régime iranien est affaibli mais intact. Le New York Times pense que la peur de la répression (armée, police, Bassidjis) empêche les mobilisations. Il constate également que les milices ethniques extérieures (notamment kurdes) ne se lancent pas dans des incursions.
L'hypothèse d'un soulèvement interne était un pilier central de la planification israélo-américaine. Or, les évaluations pré-guerre de nombreux responsables jugeaient cette hypothèse peu réaliste et estimaient qu'un bombardement étranger réduirait, et non augmenterait, la probabilité de protestations.
Le résultat observé est que le régime iranien se durcit et élargit le conflit.
Netanyahu exprime en privé sa frustration face à l'absence de résultats du Mossad. L'armée israélienne et des responsables américains étaient pourtant sceptiques dès le départ. Le Mossad avait historiquement considéré l'idée d'un soulèvement comme irréaliste, jusqu'à ce que Barnea inverse la doctrine en 2025-2026. Il était convaincu qu'une fenêtre s'ouvrirait après des frappes massives. Mais cette fenêtre ne s'est pas ouverte
Le plan incluait un soutien à une invasion de l'Iran par des milices kurdes basées en Irak. Les frappes israéliennes dans le nord-ouest de l'Iran visaient à "ouvrir la voie". Mais Trump a explicitement demandé aux Kurdes de ne pas intervenir disablement sous la pression d'Erdogan. La Turquie a mis en garde Washington contre tout soutien aux Kurdes. Cette option est donc gelée. De leur côté, les dirigeants kurdes irakiens ont nié toute intention d'attaque.
Les scénarios envisagés par la CIA allaient dans le même sens avec une faible probabilité d'un effondrement total avec une évaluation la plus probable que les éléments les plus durs se maintiendrait du pouvoir.
Il existe un écart majeur entre les attentes stratégiques israélo-américaines et la réalité sociopolitique iranienne. Le pari d'un soulèvement interne - pourtant contesté par de nombreux analystes - a servi de justification politique à l'entrée en guerre, mais il s'avère aujourd'hui infondé, laissant Israël et les États-Unis engagés dans un conflit prolongé sans levier interne en Iran.
Le spectre d'une bataille pour le détroit d'Ormuz
Maintenant que le changement de régime et la fin de la capacité de l'Iran à obtenir une arme nucléaire semblent hors de portée, sécuriser le détroit pourrait devenir l'objectif principal.
Les responsables américains et israéliens estiment que la bataille décisive de la guerre pourrait se jouer autour du détroit d'Ormuz, passage vital pour l'énergie mondiale. Rouvrir Ormuz devient l'objectif permettant à Trump de clore la guerre en revendiquant une victoire et de stabiliser les marchés énergétiques.
Nous assistons à un renforcement militaire américain qui se matérialise par l'envoi de 4 500 marins et marines, soutenus par des hélicoptères, des F‑35 et des véhicules amphibies. Les États-Unis déploie à rythme accéléré la 11e unité expéditionnaire des Marines. En Israël, ces mouvements alimentent l'idée qu'une nouvelle phase offensive est imminente ce que Netanyahu appelle de ces voeux.
Netanyahou a déclaré aux journalistes qu'une "composante terrestre" à l'offensive américano-israélienne serait nécessaire pour démanteler la République islamique
Nous assistons à une escalade militaire qui nous entraine vers le scénario d'une guerre totale dans le Moyen-Orient. Trump menace de détruire les centrales électriques iraniennes si Ormuz n'est pas rouvert dans les 48 heures. Téhéran à son tour menace de frapper des infrastructures énergétiques américaines si ses propres installations sont visées.
Une opération de sécurisation du détroit d'Ormuz serait longue, risquée et coûteuse, exposant les navires américains aux mines, drones et missiles côtiers.
De son côté, L'IRGC affirme attendre les Marines pour leur offrir des "surprises navales".
Il est clair que si l'Iran perd sa capacité à bloquer Ormuz, sa dissuasion régionale s'effondre. Si Ormuz reste une arme de rétorsion, toute frappe future contre l'Iran devient politiquement risquée.
La guerre est entrée dans une phase d'incertitude stratégique, où les objectifs initiaux se dissipent et où le contrôle d'Ormuz devient le pivot de la dynamique militaire, énergétique et politique. Les États-Unis renforcent massivement leur présence, l'Iran multiplie les représailles, et les États du Golfe s'approchent d'un point de bascule.
"Ne pas mourir pour Israël" : les doutes sur la stratégie de Trump envers l'Iran se sont répandus parmi les troupes américaines
De nombreux militaires déployés au Moyen-Orient expriment une inquiétude croissante face à la stratégie de Donald Trump envers l'Iran. Une phrase revient fréquemment : " Nous ne voulons pas mourir pour Israël", signe d'un rejet de l'idée d'être entraînés dans une guerre perçue comme politiquement motivée.
Un responsable militaire cité dans le Huffpost, décrit une situation de protection insuffisante, de planification lacunaire, et un bilan humain déjà lourd avec 13 morts et 232 blessés. Une éventuelle opération terrestre est qualifiée de "désastre absolu".
Des organisations comme About Face ou GI Rights Hotline constatent une augmentation inhabituelle des demandes d'information sur les possibilités de devenir objecteur de conscience. Plusieurs réservistes affirment n'avoir jamais vu autant de sollicitations en vingt ans de carrière.
La frappe américaine contre une école à Minab (Iran), ayant tué au moins 175 civils, dont de nombreuses écolières, est citée comme un élément déclencheur du malaise moral.
Un sondage NBC montre un scepticisme croissant des jeunes Américains envers Tel Aviv.

Dans la tranche d'âge 18-34 ans, les opinions favorables envers Israël ne sont plus que de 13% en 2026 (26% en 2023). Les opinions défavorables passent de 37% à 63% au cours de la même période. Le sondage constate cette baisse dans toutes les tranches d'âge
Le malaise ne se limite pas à l'Iran. Le déploiements de la Garde nationale dans des villes américaines, les crainte d'être utilisés contre des civils, les tensions avec l'ICE et les initiatives visant à couper l'armée de ses partenaires universitaires sont autant de raisons d'entretenir une défiance généralisée vis-à-vis de l'institution.
Certains militaires estiment que l'administration traite l'armée comme un "jouet" au service d'un agenda autoritaire.
Le mécontentement et la baisse du moral pourraient affaiblir l'efficacité de la stratégie américaine. Nous assistons à un possible changement durable dans la relation entre les troupes et la politique étrangère américaine.
Ce n'est pas une simple critique de la guerre : c'est la description d'un glissement profond dans la perception du rôle militaire américain, avec des implications possibles pour la sécurité nationale et la capacité de projection de puissance.


