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 Détroit d'Ormuz : Washington prépare une opération longue et à haut risque face à l'Iran

30/03/2026 ssofidelis.substack.com  11min #309427

 Détroit d'Ormuz : Washington prépare une opération longue et à haut risque face à l'Iran

En prenant Kharg, Washington va signer sa défaite dans le golfe Persique

Crédit photo © The Cradle

Par  Anis Raiss, le 27 mars 2026

Si l'occupation de l'île de Kharg semble prometteuse à court terme, elle risque d'entraîner les États-Unis dans une guerre qu'ils ne pourront ni contenir ni contrôler dans le golfe Persique.

Quatre semaines de guerre américano-israélienne contre l'Iran : les enjeux sont désormais bien plus importants que ce que Washington avait prévu. Le président américain Donald Trump  a menacé sur Truth Social de "frapper et anéantir" les centrales électriques iraniennes si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert dans les 48 heures.

Le délai a expiré. Il a reculé et, pour la deuxième fois,  a reporté son propre ultimatum, prétextant des "pourparlers productifs". Téhéran a nié tout pourparler et a soutenu que ce revirement serait dicté par "la crainte de la riposte iranienne".

La campagne aérienne américano-israélienne était censée briser l'Iran.  Ce ne fut pas le cas. Aujourd'hui, les fauteurs de guerre font pression pour un engagement terrestre. Mais la guerre terrestre envisagée ne met pas simplement en danger des vies américaines sur une île située à 24 kilomètres des côtes iraniennes. Elle menace l'ensemble du dispositif militaire américain dans le golfe Persique - les bases, les alliances et les infrastructures énergétiques qui ont garanti la domination américaine en Asie occidentale pendant des décennies.

Dans une interview accordée à NBC News, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, en réponse à une question sur une éventuelle invasion terrestre par les États-Unis, n'a prononcé que  trois mots auxquels le Pentagone n'a pas su répondre : "Nous les attendons", qui sont d'ailleurs devenus un  mème. Le bluff a été démasqué. Reste à savoir si dévoiler les cartes de Washington va faire tomber tout le château de cartes.

Augmenter les enjeux sans cartes en main

Le discours sur l'invasion terrestre n'est plus hypothétique. Des responsables du Pentagone ont soumis des demandes de préparation détaillées pour le  déploiement de forces terrestres. Trois groupes d'assaut amphibies des Marines  convergent vers le golfe Persique : l'USS Tripoli transportant la 31e Unité expéditionnaire des Marines depuis le Japon, l'USS Boxer avec la 11e MEU depuis la Californie, et environ 1 500 parachutistes de la 82e Division aéroportée de Fort Bragg.

Une fois toutes les unités déployées, entre  6 000 et 8 000 soldats américains seront à portée de frappe de l'Iran. Mais la composition de ces forces met en évidence le fossé entre le discours et la réalité. L'analyste militaire Ruben Stewart  a fait remarquer que les effectifs déployés

"correspondent à des opérations ponctuelles et limitées dans le temps, et non à une campagne terrestre soutenue".

Parallèlement, l'armée israélienne elle-même montre des signes de défaillance. Le chef d'état-major Eyal Zamir  a averti le 25 mars que l'armée "va s'effondrer sur elle-même", invoquant un affaiblissement des forces de réserve et une crise des effectifs qui s'aggrave au fur et à mesure que les conflits s'étendent de Gaza au Liban et désormais à l'Iran.

Washington engage davantage de paris, mais son jeu reste risqué.

Les scénarios envisagés actuellement prévoient une escalade dont chaque étape risque d'entraîner les États-Unis plus loin dans un conflit qu'ils ne sont structurellement pas prêts à supporter.

Pickaxe Mountain et le raid secret

L'option la plus séduisante sur le plan politique serait un raid secret contre les stocks d'uranium enrichi de l'Iran - estimés à environ 400 kilogrammes enrichis à environ 60 %, probablement stockés près d'Ispahan ou au cœur de Pickaxe Mountain.

Mais le problème a été identifié il y a des siècles par Sun Tzu : la rapidité est l'essence même de la guerre - or cette mission exige justement tout le contraire. L'extraction de matières nucléaires nécessite que les troupes restent sur place suffisamment longtemps avant que les forces iraniennes ne puissent réagir.

L'ancien commandant du CENTCOM, le général Joseph Votel,  a qualifié ces opérations de "réalisables" mais a lancé un avertissement clair :

"Il faudrait les prendre en charge, les ravitailler, les évacuer médicalement. Tout cela nécessiterait un appui logistique, et cet appui devrait lui aussi être protégé".

Washington porte encore les stigmates de l' opération Eagle Claw - l'échec de la mission de sauvetage des otages de 1980 qui s'est soldée par un fiasco dans le désert iranien et a contribué à mettre fin à la présidence de Jimmy Carter.

L'île de Kharg, ou la dérive de la mission

Si les raids secrets comportent trop de risques pour peu de certitudes, l'option suivante sur la table est une saisie territoriale limitée - et les bellicistes de Washington se sont mis d'accord sur une unique cible : l'île de Kharg.

Affleurement corallien de 20,7 kilomètres carrés situé au nord du golfe Persique, Kharg traite environ 90 % des exportations de brut iranien. Le sénateur américain Lindsey Graham a appelé Trump à "prendre l'île de Kharg", et le lieutenant-général à la retraite Keith Kellogg  s'est décrit comme un "fervent partisan de l'intervention terrestre" sur ce site.

La logique semble chirurgicale : s'emparer de la bouée de sauvetage économique de l'Iran et contraindre Téhéran à la table des négociations. Mais même un examen superficiel suffit à démontrer l'absurdité de l'opération. Kharg se trouve à seulement 24 kilomètres des côtes iraniennes - soit à portée des batteries de missiles côtiers, des drones, des roquettes et de l'artillerie. Toute force américaine stationnée là-bas s'exposerait à des "bombardements quasi-constants".

Le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery l'a exprimé  sans détours :

"Si nous prenons l'île de Kharg, ils fermeront le robinet de l'autre côté. Ce n'est pas comme si nous contrôlions leur production pétrolière".

Sun Tzu a souligné qu'aucune nation n'a jamais tiré profit d'une guerre prolongée. Les analyses modernes parviennent à la même conclusion. Les évaluations des think tanks  avertissent que Kharg est un cas d'école de ce qu'on appelle la "dérive de la mission", entraînant les forces américaines pas à pas vers une guerre terrestre plus étendue.

La guerre à laquelle l'Iran s'est préparé

Ce que les va-t-en-guerre de Washington négligent systématiquement, c'est que l'Iran a passé des décennies à se préparer précisément à ce scénario - non pas pour égaler la puissance de feu américaine, mais pour que toute guerre terrestre soit d'un coût prohibitif.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comprend 31 divisions terrestres autonomes, chacune capable d' opérer de manière indépendante si le commandement central devait être paralysé.

Lorsque des frappes ont tué le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, le ministre du Renseignement, Esmail Khatib, et le chef des Basij, Gholamreza Soleimani, le dispositif militaire a continué à tirer des missiles, à verrouiller le détroit d'Ormuz et à livrer bataille. C'est le rôle d'une structure de commandement conçue pour survivre à une décapitation.

En mer, la doctrine navale iranienne repose sur la  guerre asymétrique. Son arsenal présumé compte des centaines de vedettes rapides, des batteries de missiles côtiers, environ 5 000 mines navales, plus de 1 000 navires suicide télécommandés et des sous-marins miniatures de classe Ghadir conçus pour les eaux peu profondes du Golfe. Le golfe Persique n'est pas un océan ouvert. C'est un couloir façonné par la géographie et fortifié par la stratégie, conçu pour engloutir toute puissance navale conventionnelle.

À terre, l'ampleur du territoire est à elle seule décisive. L'Iran est quatre fois plus grand que l'Irak, avec une population dépassant les 90 millions d'habitants. Selon les estimations, toute invasion conventionnelle  nécessiterait a minima "des centaines de milliers de soldats".

À cela s'ajoute le réseau paramilitaire des Basij, capable, selon certaines sources, de mobiliser jusqu'à un million de réservistes - ainsi que les décennies d'expérience du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) dans la coordination de la résistance asymétrique à travers la région.

Les États-Unis disposent actuellement de moins de 8 000 hommes en cours de positionnement. Ce n'est pas une guerre dont l'Iran a besoin de sortir vainqueur - mais une guerre conçue pour que Washington soit incapable de la mener.

Gagner Kharg, perdre le Golfe

Même si Washington réussit sur le plan tactique - en s'emparant de Kharg et en proclamant la victoire - les conséquences stratégiques seront immédiates.

Depuis le début de la guerre, l'Iran a déjà démontré sa capacité d'escalade. Des missiles et des drones ont frappé des  infrastructures liées aux États-Unis à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Jordanie et en Arabie saoudite. Des installations énergétiques, des aéroports et des usines de dessalement ont tous été pris pour cibles.

La prise de Kharg déclencherait probablement une riposte bien plus massive. Les responsables iraniens ont explicitement  mis en garde contre des "attaques incessantes et implacables" contre les infrastructures régionales si le territoire iranien venait à être occupé.

Téhéran a également déclaré être prêt à étendre le conflit au détroit de Bab al-Mandab par l'intermédiaire de ses alliés yéménites d'Ansarallah, menaçant ainsi un deuxième passage stratégique.

Toutes les bases américaines du Golfe dépendent en effet de voies d'approvisionnement qui traversent précisément les États déjà menacés. Bahreïn accueille la Cinquième Flotte. Les Émirats arabes unis abritent la base d'Al-Dhafra. Le Koweït sert de plaque tournante logistique.

Comme l'a noté le Stimson Center, les États du Golfe craignent déjà que Trump ne déclare la victoire et ne les laisse seuls face à l'Iran.

Piège politique à Washington

Si la stratégie de l'Iran constitue un piège militaire, l'opinion publique américaine pourrait bien devenir un piège politique.

Les sondages montrent une opposition écrasante à une guerre terrestre. Une enquête de Quinnipiac a révélé que 74 % des électeurs s'opposent au déploiement de troupes, tandis qu'un sondage CNN a montré un soutien minimal à l'escalade.

Plus significatif encore, une dissidence émerge au sein même de Washington. Des législateurs républicains ont ouvertement remis en question le décalage entre les messages publics et les briefings classifiés. La représentante Nancy Mace a alerté sur la différence entre les justifications présentées au public et celles fournies lors de briefings à huis clos.

Pendant ce temps, le Pentagone sollicite 200 milliards de dollars de financement supplémentaire, soit 1 milliard par jour. Lorsque les législateurs qui tiennent les cordons de la bourse qualifient les justifications de guerre de "profondément troublantes", l'issue politique est compromise - et ce, avant même le retour d'un seul sac mortuaire du sol iranien.

Le financement devient déjà source de division, les coûts prévisionnels atteignant des niveaux astronomiques.

La dernière carte

L'escalade possède sa propre dynamique. Chaque échec tactique, chaque frappe inefficace, chaque ultimatum reporté augmentent la probabilité d'une escalade.

L'île de Kharg n'est plus une hypothèse théorique. Les Marines sont déjà en mer. La 82e division aéroportée va être déployée.

L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz et lancé son défi.

La question n'est plus de savoir si les États-Unis peuvent s'emparer de Kharg, mais s'ils peuvent se le permettre en termes de pertes humaines, de coûts financiers, de stabilité de leurs alliés du Golfe et de crédibilité politique, qui s'évaporera dès l'arrivée du premier sac mortuaire sur le sol américain.

Washington a déclenché cette guerre en pleine phase de négociations, la qualifiant de mesure de sécurité. Aujourd'hui, celui que les États-Unis ont pris pour cible affirme depuis Téhéran : "Nous les attendons". Le bluff a été démasqué et les options restantes sont l'escalade, ou la défaite. L'Iran, lui, n'a jamais bluffé.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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