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 Une incursion terrestre des États-Unis en Iran entraînerait l'effondrement du soutien dont bénéficie Trump

 Détroit d'Ormuz : Washington prépare une opération longue et à haut risque face à l'Iran

09/04/2026 lesakerfrancophone.fr  37min #310460

 Détroit d'Ormuz : Washington prépare une opération longue et à haut risque face à l'Iran

La chute de Singapour, Dien Bien Phu et la bataille de l'île de Kharg?

Par Ron Unz − Le 30 mars 2026 − Source  Unz Review

Les premiers chapitres de mes manuels d'histoire générale consacraient tous beaucoup de place à l'attaque japonaise contre Pearl Harbor qui fit entrer les États-Unis en guerre. Mais ils n'accordaient que quelques paragraphes aux victoires militaires majeures remportées peu après par le Japon. À peine plus d'une seule phrase était consacrée à la chute de Singapour face à l'armée japonaise, en dépit de l'importance mondiale qu'eut cet événement.

Durant de nombreuses années, les Britanniques avaient compté sur Singapour, qui tenait lieu de pilier militaire centrale de leurs possessions en Asie orientale : une ville-forteresse qu'ils désignaient souvent comme " Gibraltar de l'Orient." Occupée par une vaste garnison britannique de 85000 hommes, elle était considérée comme imprenable. Pourtant, quelques semaines à peine après la destruction du plus gros de la flotte étasunienne à Hawaï, loin de là, un général japonais attaqua Singapour par les terres, faisant progresser ses hommes à travers ce que les Britanniques avaient considéré comme une jungle malaisienne absolument infranchissable. La garnison britannique, dont les "canons de Singapour" marquèrent l'histoire comme braqués dans la mauvaise direction, fut totalement prise au dépourvu lorsque le général japonais investit la ville et lança son attaque. Le premier ministre britannique Winston Churchill ordonna à ses troupes de combattre jusqu'au dernier homme, mais celles-ci se rendirent à l'issue de la première semaine de combat, et furent constituées prisonnières d'une force japonaise forte d'à peine plus du tiers de leur propre nombre. L'événement constitua une humiliation nationale absolue pour le puissant Empire britannique.

Churchill, en écrivant son histoire de la guerre en six volumes, décrivit par la suite la chute de Singapour comme " le pire désastre et la capitulation la plus énorme de toute l'histoire britannique," et les retombées de l'événement présentèrent une signification géopolitique majeure. Les Asiatiques de toute la région furent stupéfaits de l'occurrence d'une défaite britannique aussi cuisante, infligée par une force asiatique nettement moins nombreuse. Chacun vit les photos de troupes britanniques en grands nombres, conduites dans des camps de prisonniers, les généraux britanniques marchant en tête de ces colonnes interminables.

Si l'on put décrire le succès japonais à Pearl Harbor comme une attaque surprise en traître, la défaite britannique de Singapour ne se justifiait par aucune excuse de ce type, et la bulle de perception concernant une soi-disant invincibilité militaire européenne, qui avait longtemps existé, fut crevée à jamais. De nombreux observateurs ont affirmé que les changements spectaculaires qui s'ensuivirent dans la psychologie asiatique jouèrent un rôle majeur dans l'effondrement d'après-guerre des empires coloniaux européens dans cette région du monde. Pourtant, malgré les conséquences géopolitiques assourdissantes de la chute de Singapour, je doute que de nos jours, même deux pour-cent des Étasuniens soient familiers de cet important volet historique.

Il est probable qu'une fraction bien plus importante des Étasuniens contemporains soient plus ou moins familiers du nom " Dien Bien Phu," du moins si nous comptons ceux qui supposent vaguement qu'il peut s'agir d'un plat chinois, peut-être proche de l'omelette " egg foo young." Mais cette défaite militaire française survenue en 1954 au Vietnam présenta elle aussi des conséquences majeures sur la scène mondiale.

Moins d'un an après l'éclatement de la seconde guerre mondiale, la France avait contre toute attente subi une cuisante défaite militaire, infligée par l'Allemagne, et le Japon, allié de l'Allemagne, en avait rapidement profité pour prendre le contrôle du Vietnam, la principale possession coloniale française en Asie. En 1945, les Alliés victorieux intégrèrent la France au cercle des vainqueurs, si bien qu'après la reddition des Japonais, le nouveau gouvernement français rétablit son ancienne administration sur le Vietnam, mais se retrouva confronté à une forte résistance nationaliste vietnamienne menée par Ho Chu Minh et ses forces Viêt-minh.

La guerre coloniale qui s'ensuivit s'étira durant presque dix ans, au cours desquels les Français virent leurs forces s'user progressivement, jusqu'à opter pour une stratégie militaire audacieuse, visant à retourner la tendance et à vaincre le mouvement d'indépendance vietnamien. Les Français positionnèrent une vaste armée française dans la vallée de Dien Bien Phu, appelant à une attaque vietnamienne. Au vu des fortes positions défensives qu'ils avaient établies, ils avaient confiance en l'idée qu'ils parviendraient à infliger de très lourdes pertes aux troupes Viêt-minh, propres à conclure la guerre sur une victoire.

Mais contrairement à toutes ces attentes françaises, les Vietnamiens parvinrent à acheminer leur artillerie sur les collines surplombant la vallée, et les bombardements qu'ils déclenchèrent leurs permirent de vaincre les défenseurs malgré leurs fortifications. Par désespoir, face au désastre qui se profilait, les Français demandèrent même à leurs alliés étasuniens de lancer des frappes nucléaires tactiques pour détruire le siège vietnamien [les Français ont bien demandé de l'aide aux États-Unis, mais pas forcément nucléaire ; cette option aurait été envisagée par les Étasuniens eux-mêmes  ; opération Vautour, NdT], mais le président Dwight Eisenhower rejeta cette option, et une reddition française humiliante s'ensuivit.

Une fois de plus, des Européens blancs par milliers furent conduits en captivité dans des conditions très dures par leurs adversaires asiatiques, et cette nouvelle débâcle marqua la fin du contrôle colonial absolu de la région. Les Vietnamiens contraignirent les Français à verser d'importantes réparations financières en échange du retour de leurs prisonniers de guerre, ce qui alourdit encore le déshonneur national subi par la France.

Rares sont les Étasuniens de nos jours à se souvenir de ces incidents historiques survenus il y a trois générations, et même ceux qui s'en souviennent les considèrent sans doute comme des éléments d'un passé révolu. Mais ces deux événements me sont venus à l'esprit lorsque les médias ont commencé à rapporter que le président Donald Trump avait décidé l'envoi de forces terrestres au Moyen-Orient, prévoyant de les déployer contre l'Iran.

Je doute fortement que notre président ignorant ait jamais entendu parler des défaites européennes à Singapour ou à Dien Bien Phu, et je suis certain qu'il en va de même de son subordonné Pete Hegseth, tout aussi ignorant que lui, notre auto-proclamé "secrétaire à la guerre". Peut-être par conséquence partielle de cette ignorance, ils sont tous deux entrés dans la guerre que nous connaissons contre l'Iran, tout aussi convaincus de leur victoire que le furent les gouvernements britannique et français avant ces désastres nationaux.

À première vue, cette extrême confiance étasunienne pouvait sembler tout à fait justifiée. Au cours des dernières années, les dépenses militaires étasuniennes ont été plus de cent fois supérieures à celles de l'Iran, un rapport de force tellement absurde qu'on ne le constate que très rarement dans des conflits conventionnels. Qui plus est, les États-Unis ont été entraînés dans cette guerre par leurs alliés israéliens, eux-mêmes en possession d'une puissante armée et  renommés comme les assassins les plus impitoyables de toute l'histoire connue. Pour ajouter encore à tous nos autres avantages, nous avons initié le conflit au travers d'une attaque surprise massive [le type d'attaque de Pearl Harbor, décrite alors comme une "ignominie""par le président étasunien, mais en pire, puisque celle-ci ciblait directement des dirigeants, NdT], réussissant à tuer la plupart des hauts dirigeants politiques et militaires iraniens avec le torrent de frappes de missiles qui constitua la déclaration de guerre officielle.

Au vu de ces éléments, il paraissait inconcevable d'envisager autre chose qu'une victoire rapide et décisive, et la majorité écrasante des observateurs extérieures, ainsi que pratiquement tous les médias étasuniens, avaient adopté cette position.

Mais les Iraniens s'étaient préparé depuis longtemps à la possibilité d'une telle attaque étasunienne, et même à une frappe surprise contre leurs dirigeants, puisqu'une attaque assez semblable s'était déjà produite à peine huit mois auparavant, en juin 2025. Les forces militaires iraniennes, fonctionnant de manière décentralisée, avaient semble-t-il été préparées à adopter des mesures de représailles même en cas d'élimination de leur structure de commandement centrale, et c'est exactement ce qui s'est produit : des vagues de missiles balistiques et de drones ont frappé les bases régionales étasuniennes dans les heures qui ont suivi la première frappe de décapitation du pouvoir iranien.

Chose plus importante encore, les Iraniens ont rapidement bloqué le détroit d'Ormuz, chose qu'ils avaient toujours menacé de faire, et la disparition soudaine d'environ 20 % du trafic pétrolier mondial a provoqué une augmentation immédiate des prix sur le marché mondial, ainsi que des craintes d'un désastre économique à l'échelle planètaire.

C'est également à peu près un cinquième de toutes les exportations de gaz naturel qui passait par cette passerelle stratégique, et selon les affréteurs, la moitié des transporteurs de gaz naturel mondiaux s'est bientôt retrouvée  prise au piège dans le Golfe persique ; si bien que  les prix de l'énergie en Europe ont déjà augmenté de 60%. Le tiers des engrais mondiaux provenait également  des mêmes sources, et comme la saison des plantations doit bientôt commencer, les experts se sont mis à craindre que cette absence soudaine d'engrais puisse produire  une famine mondiale.

Il y a plus d'une semaine, le Wall Street Journal a révélé que si les Iraniens continuaient d'interdire le transit de la plupart des navires, les Saoudiens estimaient que les prix du pétrole allaient atteindre  les 180 $ le baril à la fin avril, presque le triple du prix du début d'année, ce qui allait plonger le monde dans une récession mondiale très grave, voire pire. Une estimation de cet ordre semblait plausible, puisque le prix du pétrole du Golfe qui n'avait pas besoin de passer par cette voie bloquée était déjà monté  à 160 $ par baril. Aux États-Unis, le prix au détail du diesel  a augmenté de 40 % au cours du dernier mois, et le prix de l'essence à la pompe a augmenté d' un dollar par gallon en mars, et pourrait encore augmenter de quelques dollars au mois d'avril.

Selon  le PDG d'United Airlines, les prix du kérosène d'aviation ont désormais "plus que doublé au cours des trois dernières semaines" et les experts ont prévenu qu'à moins qu'une baisse rapide des prix du pétrole se produise prochainement, certaines grandes compagnies aériennes étasuniennes peuvent "ne pas survivre."

Durant des décennies, le lobby israélien très influent avait essayé de persuader les présidents étasuniens d'attaquer l'Iran. Mais durant ces décennies, le Pentagone et les dirigeants des services de renseignements les avaient dissuadés de le faire, en soulignant que la réponse probable de l'Iran pouvait dévaster l'économie mondiale, exactement ce qui est en train de se produire.

Bien que les forces navales étasuniennes soient les plus puissantes au monde, des simulations menées en 2002 par le Pentagone avaient suggéré que si les États-Unis déployaient leur flotte pour tâcher de débloquer le détroit, les Iraniens couleraient la plupart de ses navires, engendrant une défaite militaire colossale pour les États-Unis. De fait, cette prévision avait été établie des décennies avant l'acquisition par les Iraniens de missiles balistiques de haute précision, et de puissants drones, qui constituent désormais leurs armes les plus impressionnantes.

Trump avait été  informé de ces risques colossaux, mais il a par la suite affirmé ne pas l'avoir été, ou plus probablement que les avertissements sont entrés par l'une de ses oreilles pour ressortir par l'autre. Le président étasunien semble avoir supposé que les Iraniens allaient probablement rendre les armes dans les deux jours suivant le déclenchement de sa guerre d'agression, et que tout problème d'acheminement énergétique serait par essence temporaire et insignifiant. Mais lorsque l'Iran, au lieu de cela, a répliqué avec efficacité, il semble bien que lui-même et ses conseillers se soient retrouvés sans plan de secours.

Trump a déclaré de manière répétée qu'il enverrait des navires de guerre étasuniens  escorter les navires pétroliers, mais une mission de ce type aurait relevé du suicide, si bien qu'il n'y a jamais donné suite. Il semble bien que les États-Unis se retrouvent sans option valable dans la crise géopolitique mondiale qu'ils ont déclenchée.

Même en faisant fi de l'impact stratégique potentiellement décisif du contrôle par les Iraniens d'un détroit aussi vital, la tournure de la lutte conventionnelle est apparue comme fort peu favorable au camp étasunien. Juste avant le début de la guerre, des fuites  issues du Pentagone avaient révélé que les hauts dirigeants militaires étasuniens étaient très préoccupés par la gravité  des problèmes auxquels ils se trouveraient confrontés, surtout concernant leurs approvisionnements en munitions, et ces préoccupations semblent avoir été justifiées.

Les États-Unis ont développé leur missile de croisière Tomahawk dans les années 1970, pour l'utiliser pour la première fois en 1991. Bien qu'il soit lent et plutôt daté, il est resté la pièce maîtresse de leur arsenal de longue portée, et ils ont déjà épuisé leur arsenal à un rythme fulgurant. Selon un récent article  paru dans le Washington Post, les États-Unis disposaient de 3000 à 4500 de ces missiles au début de la guerre, et en ont désormais tiré 850, soit 20 à 30 % des stocks accumulés au fil des décennies. Un article paru  dans Business Insider a fait mention du fait que leur production annuelle a avoisiné les 60 à 70 par an, si bien qu'en quatre semaines, ils ont écoulé la production d'une bonne dizaine d'années. Bien qu'ils aient désormais fortement augmenté leurs ordres de production de Tomahawks, on met en général deux années à fabriquer ces missiles, si bien que les nouvelles productions ne seront sans doute pas disponibles avant 2028, et je doute que les États-Unis soient encore en guerre contre l'Iran à cette date.

Le British Royal United Service Institute (RUSI)  a rapporté que d'ici un mois, voire moins, les stocks étasuniens de missiles ATACMS et d'intercepteurs THAAD seront vides, cependant qu'Israël a déjà épuisé ses stocks d'intercepteurs Arrow. Dans le même temps, les Iraniens disposent apparemment encore de vastes stocks de missiles balistiques et de drones, assez selon eux pour soutenir facilement six mois d'opérations de combat intensives .

Dès les toutes premières heures, les vagues de frappes de représailles iraniennes se sont avérées beaucoup  plus précises et efficaces que prévu par les analystes militaires. Presque toutes les bases régionales étasuniennes se sont retrouvées sous le feu d'attaques dévastatrices qui ont détruit les radars stratégiques, des installations complexes qui ne pourraient être remplacer qu'à un coût chiffré en milliards de dollars, et en plusieurs années. Après des semaines de minimisation de ces pertes militaires, un récent article du New York Times a fini  par reconnaître que les frappes de missiles et les attaques de drones menées par l'Iran avaient rendu plusieurs des 13 bases militaires étasuniennes au Moyen-Orient "quasiment inhabitables."

Il s'en est suivi que les États-Unis ont été contraints de stationner leurs avions ailleurs, et que ces autres sites sont désormais à leur tour ciblés par les Iraniens. Rien qu'au cours des derniers jours, la base aérienne Prince Sultan d'Arabie Saoudite a subi  une lourde attaque, qui semble avoir détruit plusieurs des avions-citernes qui y étaient stationnés, et endommagé de nombreux autres. La perte des radars terrestres étasuniens a contraint les États-Unis à envoyer en toute hâte 40% de tous leurs avions AWACS vers la région, et l'un d'entre eux a été détruit, ce qui constitue la perte d'un avion de 600 millions de dollars, que les États-Unis ne sont même plus en mesure de produire.

La plus grand porte-avions étasunien est l' USS Gerald R. Ford, et il a rapidement été retiré de la région et envoyé en réparations, après qu' un incendie de grande ampleur a blessé quelque 200 marins. Le groupe de frappe du porte-avions avait été tenu loin du territoire iranien, et tous les rapports parus au départ dans les médias affirmaient que les incendies qui l'ont paralysé étaient  d'origine accidentelle, déclenchés depuis la blanchisserie du navire. Trump semble avoir contredit les affirmations du Pentagone, affirmant que les dégâts avaient été infligés par de nombreuses attaques iraniennes .

Dans le même temps, l'allié israélien a utilisé cette opportunité pour  envahir le Liban voisin, et le ministre israélien des finances a déclaré qu' ils devaient annexer la portion Sud du Liban dans le cadre du projet de constitution d'un  Grand Israël.

Mais cette opération militaire ne semble pas se passer comme prévu, et les rapports parus dans les médias d'information affirment que les forces de résistance du Hezbollah  ont pu détruire 21 chars Merkava israéliens en à peine 24 heures, après en avoir déjà détruit 8 la veille. Selon le Jerusalem Post, le chef d'État-major des forces armées israéliennes a averti que son armée pourrait prochainement être  confrontée à l'effondrement par manque de main d'œuvre, et bien que cette affirmation puisse être fortement exagérée, on ne peut totalement l'ignorer.

L'impact de tous ces revers militaires étasuniens, pour ne pas dire défaites cuisantes, a été amplifié par l'opinion répandue selon laquelle la décision prise par Trump d'attaquer l'Iran violait totalement toutes les promesses qu'il avait prononcées aux électeurs étasuniens qui avaient voté pour lui.

Comme l'avaient noté le journaliste Glenn Greenwald et de nombreux autres, Trump avait réussi à reprendre la Maison-Blanche en 2024 en se présentant comme candidat de la paix, promettant la fin des guerres étrangères. Mais au lieu de cela, il a désormais lancé la plus grande guerre étasunienne du dernier demi-siècle, depuis la débâcle des États-Unis au Vietnam.

One of the most shamelessly fraudulent presidential campaigns in American history:  t.co

- Glenn Greenwald (@ggreenwald)  February 28, 2026

Il s'en est suivi que la plupart des personnalités MAGA les plus influentes ont vertement dénoncé l'attaque étasunienne contre l'Iran, Tucker Carlson la dénonçant presque immédiatement comme " absolument immorale et maléfique." Au cours de la dernière décennie, Carlson fut sans doute la personnalité médiatique conservatrice la plus importante des États-Unis, et a constitué l'un des soutiens centraux de Trump, si bien que sa déclaration pèse particulièrement. Il a rapidement développé sa déclaration dans un podcast qui a attiré quelques millions de vues, le premier de nombreux autres sur ce sujet.

Et Carlson est loin d'être isolé. Durant des années, l'une des personnalités les plus ardemment loyales à Trump fut l'ancienne représentante au Congrès Marjorie Taylor Greene, et elle a désormais adopté  une ligne très proche, comme de nombreux autres membres du camp pro-Trump comme Alex Jones, Megyn Kelly ou Dave Smith.

Joe Kent, directeur du National Antiterrorism Center, et considéré comme deuxième personnalité du bureau du National Director of Intelligence de Trump, a démissionné à cause de la guerre, devenant le plus haut dirigeant étasunien à prendre une décision aussi spectaculaire depuis la guerre du Vietnam, il y a plus d'un demi-siècle. Dans l'interview de deux heures qu'il a ensuite accordée à Carlson, Kent a expliqué les origines révoltantes de la décision prise par Trump d'entrer en guerre, apparemment entièrement justifiée par l'influence des dirigeants israéliens et des donateurs et partisans pro-israéliens, sans que le président étasunien n'ait jugé utile de même consulter son propre énorme appareil de renseignements.

Joe Rogan est le podcaster le plus populaire des États-Unis et son ferme soutien à Trump, au cours des élections de 2024, a été considéré comme l'un des facteurs centraux de la courte victoire remportée par ce dernier. Mais Rogan a désormais complètement rompu avec Trump en raison de la désastreuse guerre en Iran :

Il faut reconnaître que ces commentaires très critiques de la part des anciens principaux soutiens de Trump n'ont pour l'instant produit qu'un résultat limité sur sa base électorale, qui jusqu'ici a créé la surprise en tenant bon, un récent sondage indiquant  70 % de soutien de la part des Républicains et des indépendants proches des Républicains. Je soupçonne fortement que la raison de ce phénomène est que contrairement à de nombreux autres pays en Asie et en Europe, les États-Unis sont jusqu'ici restés épargnés du rationnement en carburant et des énormes augmentations des prix de l'énergie. Mais je pense que cette bonne fortune à cet égard n'est que temporaire, et que si les Iraniens maintiennent leur blocage sur les acheminements énergétiques encore quelques semaines, les marchés mondiaux de l'énergie et du pétrole vont produire des augmentations de prix très supérieures à celles qui s'y sont produites jusqu'à présent, jusqu'aux États-Unis.

Un autre facteur central a été que nombre des électeurs favorables à Trump s'informent sur le monde par FoxNews, et que toute personne regardant cette chaîne de télévision serait convaincue d'une écrasante victoire unilatérale contre l'Iran , avec une guerre proche de se terminer sur une défaite absolue de l'Iran. Les gens aiment en général les vainqueurs, et avec FoxNews, Trump, et de nombreux commentateurs favorables à Trump dans les médias télévisuels dépeignant cette image de victoire, la plupart des téléspectateurs auront adhéré à cette idée de victoire.

Trump lui-même regarde FoxNews avec ferveur, et semble croire à une grande partie de sa propre propagande. Il y a quelques jours, il s'est vanté d'être en train de remporter une victoire écrasante sur les Iraniens, et qu'après avoir brisé leur mainmise sur le détroit d'Ormuz, il pourrait le renommer en " détroit de Trump."

Pourtant, même lors de cette phase initiale, des indications existaient que la guerre en Iran commençait à coûter à Trump des portions significatives de sa base conservatrice, comme indiqué par un  incident hilarant rapporté il y a quelques jours, également capturé dans une vidéo YouTube .

Matt Schlapp, chef de la Conservative Political Action Conference (CPAC) s'est pris un râteau en pleine figure mardi en posant la question, face à un auditoire pro-républicain s'il aimerait assister à la destitution du président Donald Trump.
"Combien parmi vous aimeraient qu'on procède à des débats concernant la destitution?" a lancé Schlapp  après être monté sur scène durant l'événement à Grapevine, Texas, mardi dernier.
Sur-le-champ, des gens dans la foule se sont mis à applaudir et crier "Oui!"
Schlapp, qui est la cible de  plusieurs allégations d'agressions sexuelles, a alors tenté d'orienter l'auditoire.
"Non, ce n'était pas la bonne réponse," a-t-il dit. "Recommençons : combien parmi vous aimeraient qu'on procède à des débats concernant la destitution?"
Des acclamations ont retenti une nouvelle fois dans tout le stade.
"Nooooon!" a lancé Schlapp avec un rire nerveux. "Est-ce qu'on peut apporter du café?"

Le professeur John Mearsheimer figure parmi les politologues les plus respectés des États-Unis, et est connu pour sa grande prudence et la grande mesure de ses déclarations. Mais au cours d'une interview d'une heure il y a quelques jours, il a déclaré que "l'Iran a toutes les cartes en main" dans la guerre actuelle, et que les États-Unis sont face à une défaite stratégique.

Il a également affirmé que chaque nouvelle semaine augmentait l'influence dont dispose l'Iran, l'économie mondiale se trouvant confrontée à la perspective de chuter depuis une falaise. Les Iraniens n'ont donc absolument aucune raison de régler ce conflit suivant des termes autres que ceux d'une victoire totale. De fait, ils seraient "fous" d'accepter le moindre accord de compromis, propre à laisser à leurs ennemis existentiels une longue respiration avant la reprise d'attaques mortelles.

Bien que l'Administration Trump ait commencé à chercher une fin au conflit, le contenu  du plan en quinze points qu'elle a proposé à l'Iran comme base d'accord de paix reviendrait en réalité à une reddition iranienne. Mearsheimer a établi que les conditions proposées étaient tellement ridicules qu'il a au départ pensé qu'il s'agissait d'une sorte de blague ou de satire. Apparemment, Trump et ses conseillers n'ont pas encore saisi la réalité : l'Iran est en train de gagner la guerre, pas de la perdre.

La perte des acheminements en pétrole mondial est déjà devenue tellement grave que Trump a été contraint de lever unilatéralement toutes les sanctions pesant sur les ventes de pétrole par la Russie afin d'augmenter l'offre sur les marchés. Chose plus stupéfiante encore, il a également  levé toutes les sanctions sur l'Iran, augmentant fortement les revenus du pays même qu'il s'employait à vaincre et à détruire.

Energy industry insider in Iran tells me the following, and it is STUNNING:

Before the war, Iran produced just shy of 1.1mn barrels of oil per day, and sold it at $65 per barrel minus $18 discount (i.e. $47)

Today, it produces 1.5mn barrels a day, and sells it at $110 with...

- Trita Parsi (@tparsi)  March 23, 2026

Peu après avoir compris qu'il serait impossible que ses navires de guerre brisent le blocus iranien, Trump a ordonné  le déploiement d'une unité expéditionnaire des Marines dans le Golfe, rapidement suivie d'une deuxième. Prises ensemble, cela constitue moins de 5000 Marines, dont la moitié environ sont des unités combattantes.

2000 autres parachutistes de la 82ème division aéroportée ont également été envoyées dans la région, et  un article de The Intercept a indiqué que "des dizaines d'avions de transport utilisés pour convoyer des troupes et des marchandises ont décollé depuis des bases aériennes utilisées par les meilleurs commandos des États-Unis, dont la Delta Force et la Navy's SEAL Team 6,", suggérant que ces unités peuvent également se voir déployées sur ce théâtre. Il y a quelques jours, le Wall Street Journal rapportait que le Pentagone  pourrait envoyer 10000 troupes supplémentaires les rejoindre, ce qui porterait l'engagement total de forces terrestres étasuniennes à environ 17000.

Selon de nombreux rapports parus dans les médias, Trump pourrait utiliser ces troupes  pour prendre l'île de Kharg, le site utilisé par les Iraniens pour charger 90% de leurs expéditions de pétrole, et des journalistes d'investigation ont découvert que Trump avait déjà suggéré l'attaque contre Kharg  dans les années 1980. Mais selon divers rapports,  diverses petites îles du Golfe persique constitueraient des cibles plus probables.

Aucun signe d'aucune sorte ne suggère que le déploiement de ce groupe relativement réduit préoccupe les Iraniens. Au lieu de cela, quelques jours à peine avant le début de la guerre, le ministre iranien des affaires étrangères avait stupéfait son interviewer de NBC en expliquant que les troupes de son pays avaient hâte de se retrouver enfin face à leurs adversaires étasuniens pour un combat terrestre direct.

🇮🇷🇺🇸 - JUST IN: Iran's Foreign Minister Abbas Araghchi tells NBC that they are waiting for for US forces to begin a ground operation -"we are waiting for them."

- NBC:"Are you afraid of a U.S. invasion in your country?"

- Araghchi:"No, we are waiting for them."

- NBC:"You...  pic.twitter.com/PYJuPSKEzn

- Shiri_Sabra (@sabra_the)  March 5, 2026

Un analyste militaire de MAGA réputé du nom de Brandon Weichert a évalué que ce type d'opération terrestre s'apparentait à un suicide :

I wrote about that 1979 aborted mission in my 2022 book, THE SHADOW WAR: IRAN'S QUEST FOR SUPREMACY. This is a total fiasco. Makes GW Bush's flight of fancy in Iraq look like a stroke genius (which, of course, it wasn't).  t.co

- Brandon Weichert (@WeTheBrandon)  March 28, 2026

Pour ces raisons précises, Mearsheimer a écarté toutes ces idées d'engagement de troupes terrestres, les considérant comme ridicules. Dans chacune des deux guerres étasuniennes contre l'Irak, les forces d'invasion s'étaient chiffrées en centaines de milliers de troupes, et les préparations avaient pris au moins six mois, alors que l'Iran est un pays trois fois plus grand. S'emparer de l'île en question serait chose difficile, et même si une telle opération fonctionnait, elle n'aurait guère d'impact sur la suite de la guerre. Il ne pouvait donc pas imaginer que ces plans seraient véritablement suivis d'effet.

Mais il se peut que Mearsheimer, en parvenant à cette conclusion réaliste, ait manqué d'évaluer à leur juste poids certaines de ses propres analyses. Il a souligné de manière répétée que lorsque des pays et leurs dirigeants sombrent dans le désespoir, ils peuvent recourir à des stratégies extrêmement dangereuses dans l'espoir de retourner leur position perdante sur un seul jet de dé. Il arrive que ces paris risqués fonctionnent, mais le plus souvent, ils échouent lamentablement, et débouchent sur un désastre absolu. Mais cet enseignement historique aurait dû être appliqué à la possibilité que Trump envisageait l'introduction de forces terrestres étasuniennes, ce qui est loin d'être la seule décision funeste d'un président étasunien irréfléchi.

J'avais également rejeté cette idée lorsque les rapports initiaux étaient apparus initialement dans les médias, mais à présent qu'ils ont circulé de manière constante, et gagné en volume et en détails depuis presque deux semaines, je pense qu'il faut les prendre très au sérieux. Comme je l'ai expliqué il y a quelques jours :

J'ai vraiment le sentiment que Trump a simplement lancé : "Envoyez les Marines prendre l'île de Kharg!", que Hegseth a répondu "À vos ordres!" et que les soldats ont reçu l'ordre d'essayer une opération qui n'a aucun sens.

Nous avions récemment publié  un article d'analyse de ce scénario d'attaque, et je recommande particulièrement une longue discussion parue en podcast, menée par les experts militaires Lt. Col. Daniel Davis et Cmdr. Steve Jermy, de la Royal Navy. Ces deux personnes avaient figuré parmi les premiers analystes à soulever des doutes concernant la bonne tenue de la guerre contre l'Iran, ce qui avait considérablement accru leur crédibilité.

Le point le plus évident est que bien que les Marines, avec leurs équipements de débarquement, aient été envoyés dans la région, une attaque de l'une ou l'autre ces îles par la mer était une chose totalement impossible. Ces îles sont localisées bien au-delà du détroit d'Ormuz, et nous avons déjà bien compris que tout navire de guerre, même lourdement armé, envoyé sur cette zone, serait presque certainement coulé par les missiles et torpilles iraniens. Les barges de débarquement emplies de troupes subiraient presque certainement le même sort, les milliers de Marines qu'elles convoieraient se noyant ou se faisant capturer et détenir comme prisonniers de guerre. Aussi, toute attaque devrait être aérienne, comme le suggère également le déploiement d'unités de la 82ème division aéroportée.

Mais ce scénario semble également très difficile. Des largages en parachute à grande échelle au-dessus d'un territoire tenu par l'ennemi avaient presque totalement disparu du paysage depuis la seconde guerre mondiale. Bien que les unités étasuniennes soient sans doute entraînées à la pratique de telles tactiques par tradition, tenter une telle attaque sur un théâtre d'opérations réel pour la première fois depuis des décennies serait une chose extrêmement périlleuse. On peut penser que l'attaque aérienne serait probablement menée par des hélicoptères ou par des aéronefs à rotors basculants Osprey, jusqu'à sécuriser une vaste zone d'atterrissage utilisable par les avions de transport de marchandises.

Mais même cette approche semble percluse de risques. Si l'on prend en compte l'armée régulière et le Corps des Gardiens de la Révolution iranienne, les Iraniens sont dotés d'une armée comptant presque un million d'hommes, et confrontés à la perspective de combats terrestres, ils ont désormais  mobilisé leurs réserves, fortes d'un autre million d'hommes. Toutes ces îles sont sans doute occupées par de petites garnisons de troupes iraniennes, et des semaines de discussions dans les médias concernant des projets d'attaques étasuniennes les auraient certainement amenés à y ajouter des renforts et à les préparer au combat. Les défenseurs iraniens promettaient d'être bien équipés de missiles sol-air portatifs et de lance-roquettes, si bien que tout hélicoptère en approche, ou tout autre transport aéroporté, subirait un risque important de se faire abattre.

Ces problèmes resteraient tout aussi entiers une fois des troupes parvenues sur place. Les unités militaires étasuniennes déployées sur place pourraient être des forces d'élite, mais aucune d'entre elles n'a d'expérience des techniques de guerre moderne de drones qui se sont développées durant la guerre en Ukraine, alors que les Iraniens disposent d'un énorme arsenal d'armes de ce type, et qu'elles pourraient certainement infliger de lourdes pertes aux envahisseurs étasuniens. Les radars stratégiques étasuniens de la région avaient été protégés au mieux mais ont été débordés et détruits par les vagues de drones iraniens, si bien qu'une infanterie légère serait sans aucun doute vulnérable. Frapper des cibles loin du territoire iranien est évidemment une chose bien plus difficile que frapper celles qui sont présentes sur le sol iranien.

L'un des porte-avions étasunien a été retiré du théâtre des opérations, et l'autre opère très loin, par crainte d'attaques iraniennes. Il en va de même des avions stationnés au sol, qui ont besoin d'avions-citernes pour atteindre le champ de bataille, ce qui limite leur temps disponible en soutien aérien de proximité.

En tant que professionnels militaires d'expérience, Davis et Jermy se sont principalement centrés sur les problèmes logistiques, et ils soulignent que les États-Unis auraient les plus grandes difficultés à approvisionner toutes les troupes débarquées sur ces îles en munitions et en nourriture, ou à évacuer les blessés. Tous les vols réalisant ces opérations se trouveraient en risque constant d'embuscade posés par les missiles portatifs sol-air des défenseurs iraniens enterrés et dissimulés.

Mon impression que les nombreuses guerres étasuniennes lancées au cours des dernières décennies ont habitué les troupes étasuniennes à agir comme si elles avaient accès à des approvisionnements illimités, et qu'elles pourraient donc rapidement épuiser leurs munitions limitées. Dans le même temps, on peut penser que les Iraniens disposent d'importants stocks de munitions et de nourritures, déjà positionnés sur place.

Il ne semble donc pas du tout impossible qu'après une semaine ou davantage, les troupes étasuniennes soient tellement usées par les constantes attaques de drones et de missiles, et manquent tellement de munitions et de nourriture, qu'elles se voient contraintes de se rendre, face au nombre nettement plus limité de troupes iraniennes présentes sur la même île. Si les soldats étasuniens avaient épuisé leurs munitions et ne pouvaient pas facilement être évacués, que pourraient-ils faire d'autre ? Les analogies historiques évidentes avec la chute de Singapour et Dien Bien Phu me sont venues à l'esprit.

Les guerres ont toujours donné lieu à des campagnes de propagande malhonnête et de vœux pieux, et la production d'éléments de cette nature a été grandement facilité par l'arrivée récente de puissants systèmes d'intelligence artificielle. Moins d'une semaine après le début de la guerre actuelle, Twitter et d'autres réseaux sociaux ont été inondés d'affirmations selon lesquelles une vaste unité de troupes spéciales étasuniennes avaient été envoyées en Iran, vaincues au combat, puis amenées en captivité. Un seul de ces posts a été retweeté des milliers de fois, et s'est attiré quelque 2.8 millions de vues.

Divers sites de fact-checking ont  rapidement déterminé que les images utilisées pour authentifier ces affirmations avaient été générées par l'IA Gemini, et le Tweet a rapidement été effacé, ce qui a provoqué un grand embarras parmi ceux qui avaient naïvement avalé cette histoire ridicule. Mais si les États-Unis font débarquer des troupes par milliers sur Kharg ou sur une autre île iranienne du Golfe persique, des scènes semblables pourraient se répéter pour de vrai.

Après une décennie environ  d'opérations de combat étasuniennes au Vietnam, les Nord-Vietnamiens avaient accumulé des centaines de prisonniers de guerre étasuniens, pour la plupart des pilotes capturés individuellement après l'abattage de leur appareil. Si les Iraniens capturaient un nombre semblable, voire supérieur d'Étasuniens dans les quelques semaines suivant le début d'opérations terrestres, les États-Unis subiraient une humiliation nationale colossale.

Alastair Crooke s'est impliqué depuis des décennies sur le sujet du Moyen-Orient, d'abord comme officier sénior du MI6, puis comme diplomate britannique. Au cours d'une longue interview parue il y a quelques jours avec le Lt. Col. Davis, il a souligné que les assassinats d'un tel nombre de dirigeants iraniens de haut rang et de leurs familles signifiait que l'Iran allait refuser tout type de compromis avec les États-Unis, et s'investir au lieu de cela dans une victoire ultime.

Selon Crooke, le divorce entre Trump et la réalité de la guerre semble de plus en plus marqué, le président étasunien ayant pompeusement déclaré lors d'une réunion de cabinet télévisée que les forces de missiles iraniens avaient été totalement "oblitérées." Au même moment, un correspondant de FoxNews basé en Israël rapportait que ce pays se faisait frapper chaque jour par des frappes successives de missiles balistiques.

Crooke a noté qu'avant la révolution islamique de 1979, l'Iran était en général considéré comme la puissance dominante de la région. Les résultats de la guerre de Trump pourraient facilement établir de nouveau l'Iran à cette position de puissance, tout en épuisant totalement, voire en éliminant certaines monarchies arabes du Golfe qui ont pris part au conflit face à l'Iran.

Par exemple, le royaume du Bahreïn appartint jadis à la Perse, et bien que sa population soit en majorité constituée de Shia, il fut dirigé d'une main de fer par un monarque sunnite, et les Iraniens pourraient réintégrer ce territoire à leur pays. La population civile des Émirats Arabes Unis (EAU) dépasse tout juste le million, et comme elle a soutenu l'attaque étasunienne, l'Iran pourrait également s'en emparer en représailles.

L'une des excuses de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990 fut que le petit État pétrolier avait traditionnellement été considéré comme une province irakienne. L'Irak étant désormais dirigé par des Shia étroitement alignés sur l'Iran, si le Koweït se laissait attirer en guerre, il pourrait être envahi et annexé de nouveau par les Irakiens. Une telle action renversait totalement le résultat de la guerre du Golfe gagnée en 1991 par les États-Unis, qui marqua le début du moment unipolaire des États-Unis.

Comme on s'y attendait depuis longtemps, les Houhis Shia du Yémen sont désormais  entrés en guerre du côté de l'Iran, et lancent des missiles balistiques contre Israël. S'ils rétablissaient leur blocus de la Mer Rouge, le résultat serait un nouveau coup dévastateur contre le trafic maritime acheminant le pétrole et le GNL du Golfe persique, éliminant la portion des exportations saoudiennes qui a été détournée vers cette seconde route. Qui plus est, les Houthis ont passé des années à se battre contre les forces par procuration des Saoudiens, et pourraient à présent saisir cette opportunité de lancer l'offensive contre ce pays, pourquoi pas en coordonnant leurs attaques avec une invasion irakienne shia en provenance du Nord. Bien que les Saoudiens sont principalement sunnites, leur minorité Shia de 10 à 15 % est fortement concentrée dans la zone où se trouvent les plus gros champs de pétrole.

De nombreux avocats de premier plan de la guerre contre l'Iran avaient affirmé que l'attaque planifiée allait modifier de manière drastique la carte politique du Moyen-Orient. L'Iran ayant semble-t-il désormais pris la main, les indications affluent que cette prédiction pourrait bien s'avérer justifiée, mais pas dans le sens qui était escompté au départ.

Dans son interview, Crooke a suggéré que Trump apparaissait comme déconnecté de la réalité de la guerre par lui lancée, et quelques jours plus tôt, le Prof. Jeffrey Sachs avait également suggéré la même chose. Sachs a affirmé que Trump semble être désormais pathologiquement délirant au vu de son incapacité à accepter la défaite étasunienne qui approche.

Au lieu de cela, Trump a répété à qui voulait l'entendre qu'il parvenait à négocier avec les Iraniens, et qu'ils étaient sur le point d'accepter la plupart de ses exigences, alors même que ceux-ci réfutaient avec insistance vouloir parler avec Trump ou avec ses représentants.

Cette déconnexion totale entre les affirmations publiques de Trump et les faits apparents a déclenché la circulation à grande échelle de dessins et de mèmes sur les réseaux sociaux, tournant Trump en ridicule.

Au cours d'un autre épisode extrêmement étrange, Trump a interrompu une réunion de cabinet concernant la guerre contre l'Iran et d'autres sujets nationaux centraux, pour consacrer cinq minutes à discuter des détails concernant des stylos d'apparat qu'il distribue régulièrement comme des souvenirs.

Le journaliste vétéran Michael Wolff cultive depuis longtemps de nombreuses sources proches de Trump, qui lui ont permis de publier une série de bestsellers très en vue, et il dispose sans doute d'une meilleure compréhension du président étasunien en exercice que tout autre auteur. J'ai donc été très intéressé de tomber sur une interview très franche qu'il a donnée il y a quelques jours.

Selon Wolff, les proches de Trump ont décrit le président en exercice comme un idiot sachant à peine lire et comprenant à peine quoi que ce soit. Sur la base des affirmations de Wolff, Trump est peut-être moins intelligent que la plupart des électeurs qui l'ont porté au bureau ovale. Je me suis mis à me demander s'il se montrait  tellement amical vis-à-vis de stars noires du rap en raison du fait que leur QI serait du même ordre que le sien.

En soutien de cette possibilité frappante, les médias ont rapporté que la compréhension de l'état de la guerre par Trump est peut-être surtout fondée sur une vidéo quotidienne de compilations qu'il reçoit, montrant les explosions provoquées par les frappes les plus fortes et les plus réussies de cibles iraniennes par des armes étasuniennes. Ainsi, ses étranges affirmations pourraient découler non pas d'un délire ou de malhonnêteté, mais du simple fait qu'il pourrait être assez idiot pour croire ce que ses divers conseillers lui disent et lui montrent.

Trump: "This war has been won. The only one that likes to keep it going is the fake news."  pic.twitter.com/YJMIm8Oik8

- Aaron Rupar (@atrupar)  March 24, 2026

A good explanation here for why Trump thinks the war is going great and all the negative press coverage is wrong: he's consuming it via highlight reel  t.co  pic.twitter.com/PLHwMLrWmQ

- Aidan McLaughlin (@aidnmclaughlin)  March 25, 2026

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

 lesakerfrancophone.fr