15/04/2026 les-crises.fr  5min #311036

 Cuba dénonce le «chantage» des États-Unis après la menace d'un blocus pétrolier

Avec une panne générale d'électricité, Cuba souffre plus que jamais du blocus illégal de Trump

"Alors que nous sommes occupés à détruire le Golfe, notre projet parallèle consiste à mettre en place un siège total sur l'île de Cuba" a déclaré un critique progressiste. "C'est d'une cruauté incroyable."

Source : Common Dream, Jessica Corbett
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des personnes attendent à un arrêt de bus à La Havane, à Cuba, lors d'une coupure d'électricité le 16 mars 2026. (Photo : Adalberto Roque/AFP via Getty Images)

Cuba a été confrontée lundi à une panne d'électricité à l'échelle de l'île, dans le contexte d'une crise énergétique résultant de la décision du président Donald Trump de renforcer le blocus américain, en vigueur depuis des décennies et contesté sur le plan juridique, contre ce pays des Caraïbes, en coupant les livraisons de pétrole vénézuélien.

"Une coupure totale" du réseau électrique de l'île s'est produite, mais "les causes font l'objet d'une enquête et les protocoles de rétablissement commencent à être mis en œuvre" a déclaré le ministère cubain de l'Énergie et des Mines sur les réseaux sociaux. Il a ajouté par la suite "qu'aucune défaillance" n'avait été signalée dans les unités en service au moment de l'effondrement du réseau et que "le processus de rétablissement se poursuit".

Alors que Cuba a subi ces dernières années des coupures de courant que les responsables et les experts ont attribuées à la fois à l'état du réseau national et aux sanctions américaines, de nombreuses pannes majeures se sont produites ces derniers mois, depuis que Trump a envoyé des soldats pour enlever le président vénézuélien Nicolás Maduro et a pris le contrôle de l'industrie pétrolière nationalisée du Venezuela.

"Les responsables du [gouvernement] américain doivent se réjouir du préjudice causé à chaque famille cubaine", a déclaré le vice-ministre cubain des Affaires étrangères, Carlos Fernández de Cossío, à CNN à propos de cette dernière coupure. La chaîne a indiqué avoir contacté la Maison Blanche pour obtenir des commentaires.

Qualifiant cette coupure de "conséquence directe de la guerre économique menée par Trump", Manolo De Los Santos, du People's Forum de New York, a déclaré lundi sur les réseaux sociaux que "les États-Unis ont délibérément coupé l'approvisionnement en carburant, en pièces détachées et en équipement, paralysant ainsi un réseau électrique déjà fragile. Il s'agit d'un siège génocidaire, destiné à affamer et à briser le peuple cubain pour le soumettre."

Soulignant également que "des décennies de sanctions américaines ont rendu plus difficile pour Cuba l'accès au carburant, aux équipements et aux financements nécessaires au maintien de son réseau électrique" le sénateur de l'État de New York Jabari Brisport (D-25), un socialiste démocrate, a déclaré "qu'il est temps de mettre fin au blocus et de privilégier la voie diplomatique".

Cette panne d'électricité sur l'île, qui compte près de 11 millions d'habitants, est survenue après que le président cubain Miguel Díaz-Canel a confirmé publiquement vendredi que son gouvernement avait récemment tenu des pourparlers "sensibles" avec l'administration Trump "afin de déterminer la volonté des deux parties de prendre des mesures concrètes dans l'intérêt des peuples des deux pays".

Plus précisément, selon l'Associated Press, le secrétaire d'État américain Marco Rubio - fils d'immigrants cubains et partisan de longue date d'un changement de régime sur l'île - et ses principaux collaborateurs ont rencontré Raúl Guillermo Rodriguez Castro en marge d'une réunion des dirigeants de la Communauté des Caraïbes à Saint-Kitts-et-Nevis le mois dernier.

Lors de ses déclarations aux journalistes vendredi, Díaz-Canel a également souligné les conséquences de l'absence de livraisons de pétrole à Cuba depuis plus de trois mois, notamment les perturbations dans les domaines des communications, de l'éducation, des soins de santé et des transports à travers l'île.

Alors qu'il s'adressait aux journalistes lundi, Trump a qualifié Cuba de "nation en faillite" et a affirmé que "Cuba souhaite également conclure un accord, et je pense que très bientôt, soit nous conclurons un accord, soit nous ferons ce que nous avons à faire." Il a également laissé entendre que toute action de ce type interviendrait après la guerre illégale que son administration et Israël mènent contre l'Iran.

Bien que le sénateur John Fetterman (Démocrate-Pennsylvanie) ait récemment aidé les Républicains du Sénat à bloquer la résolution sur les pouvoirs de guerre du sénateur Tim Kaine (Démocrate-Virginie) visant à mettre un terme à l'attaque de Trump contre l'Iran, Kaine s'est désormais associé aux sénateurs Adam Schiff (Démocrate-Californie) et Ruben Gallego (Démocrate-Arizona) pour une mesure similaire concernant Cuba.

Par ailleurs, le sénateur Ed Markey (Démocrate-Massachussets) s'est exprimé lundi sur les réseaux sociaux au sujet de la panne générale : "Cuba est plongée dans le noir. L'embargo pétrolier vindicatif de Trump - associé à un régime de sanctions qui a privé Cuba de toute possibilité de développer ses énergies solaire et éolienne - prive des citoyens cubains innocents de produits de première nécessité et provoque une crise humanitaire. Trump doit mettre fin à l'embargo."

Markey et deux autres Démocrates du Massachusetts, la sénatrice Elizabeth Warren et le représentant Jim McGovern, avaient déjà écrit à Trump en février pour demander la levée de l'embargo pétrolier, soulignant que "Cuba ne représente aucune menace crédible pour la sécurité nationale des États-Unis" et que "la stratégie manifeste consistant à étouffer les importations de pétrole vers l'île inflige de graves souffrances au peuple cubain, qui dépend du carburant importé pour l'électricité, les transports, les soins de santé et l'eau potable."

"Prendre des mesures qui déclenchent une crise humanitaire pour en faire un moyen de pression n'est pas une stratégie qui mène au succès à long terme ni qui reflète ce que nous sommes en tant qu'Américains" ont-ils fait valoir. "Les politiques qui aggravent les pénuries de carburant, paralysent les services essentiels et accentuent le désespoir économique risquent de déstabiliser non seulement Cuba, mais aussi l'ensemble de la région des Caraïbes."

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Jessica Corbett est rédactrice en chef et rédactrice pour Common Dreams. Biographie complète

Source : Common Dream, Jessica Corbett, 16-03-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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