Le cercle des croyants repentis
• Faut-il se repentir devant son public, souvent nombreux, d'avoir fait la promotion de Donald Trump, l'archi-antiSystème tel qu'il y crut en 2016 ? • Tucker Carlson l'a fait, le Français Laurent Guyenot s'y essaie à son tour. • Nous aussi ? Pas si vite. • Nous avons souvent varié, pro et antiTrump mais n'avons jamais cru nous trouver devant un réformateur de génie, mais plutôt devant déconstructurateur d'instinct, grâce à tous ses vices. • Trump fut, dès le premier jour, ce "cocktail Molotov humain" lancé par le public contre le Système. • Il a "fait le job".
7 mai 2026 (09H00) - Dans ce texte, "Fin de l'ivresse trumpiste : gueule de bois et auto-critique ", le médiéviste et traditionnaliste de grand talent Laurent Guyenot, qui fut un partisan avéré de Trump, sacrifie à une tendance établie par Tucker Carlson, demandant à ses millions d'auditeurs de le pardonner pour avoir éventuellement suivi son objurgation de soutenir Donald Trump, sans doute depuis près de dix ans. Carlson est devenu un adversaire radical de Trump au cours de la seconde moitié de 2025, parallèlement au plus hautes figures du mouvement MAGA (Marjorie Taylor-Greene [MTG], Meggy Kelly, Alex Jones, etc.). La cause conjoncturelle est évidente et proclamée : Trump qui s'était déclaré 'America First', s'est révélé 'Israel First', en soutenant de plus en plus aveuglément et radicalement le mouvement expansionniste sioniste de Netanyahou dit 'Greater Israel', jusqu'à la catastrophique guerre contre l'Iran. Quasi-parallèlement quoiqu'en partie auparavant, Trump, qui avait fait de la publicité des papiers-Epstein un argument-clef de sa campagne 2024, s'est opposé becs et ongles à leur publication qui n'a pu être obtenue (partiellement) que par un vote de la Chambre... Ce deuxième point fut la cause de la fracassante démission de la Chambre de MGT en octobre 2025, qui ouvrit la brèche béante depuis dans le mouvement MAGA aujourd'hui totalement à la dérive. Le mea-culpa public de Carlson, fait dans des conditions voulues comme dramatiques, date de mars 2026.
Dans ce texte, Guyenot soutient ce mouvement de dissidence radicale et l'explicite longuement dans son texte. C'est donc sur ce point du soutien à Trump transmuté en une opposition farouche que nous voulons nous exprimer, - quant à nous, pour notre position vis-à-vis de Trump depuis l'origine.
L'affaire du "cocktail Molotov humain"
Nous suivons Guyenot, ce Français trumpiste, sur sa rupture radicale mais tenons à nous écarter radicalement de son explication. De nombreux textes de nos écrits témoignent de cette attitude, autour de celui du 3 octobre 2016 pris comme pivot et comme une sorte de jugement-programme. Dès la présence de Trump dans la course présidentielle ("sérieuse" et conséquente selon les sondages dès l'automne 2015), nous avons soutenu ce candidat, non à cause de ce qu'il était, ni à cause de ce qu'il proposait, - nous ignorions essentiellement l'un et l'autre, qui ne nous intéressaient pas, - mais à cause de ce qu'il représentait en termes de communication : il s'agissait de soutenir Trump par l'effet antiSystème qu'il apportait, suscitait et renforçait au sein du public.
Dans ce fameux texte cité, nous reprenions une interview de septembre 2016 de Michael Moore parfaitement juste et explicitée, bien qu'il fût gauchiste radical, antiTrump et partisan de Sanders. Cet extrait, que nous republions souvent, est extrêmement parlant :
"Lors d'une interview avec Chuck Todd sur l'émission 'Meet the Press' de NBC dimanche, le cinéaste [Michael Moore] a déclaré que l'establishment avait abandonné les électeurs et a avancé que ces derniers pourraient voter pour Donald Trump par frustration. "Je ne pense pas que les gens fassent encore confiance aux Démocrates", a déclaré Moore. "Comment expliquer autrement la victoire d'un socialiste dans 22 États ?". "Dans mon État, le Michigan, Bernie Sanders a gagné. Si Hillary Clinton et les Démocrates ont eu du mal face à lui, cela aurait dû alerter tout le monde : il y a un mécontentement généralisé envers les Démocrates et les Républicains."" Au cours de son interview, Moore a déclaré que les Américains perçoivent Trump comme un 'cocktail Molotov humain'. "Dans tout le Midwest, dans toute la Rust Belt, je comprends la colère de beaucoup de gens", a-t-il dit. "Ils voient Donald Trump comme un cocktail Molotov humain qu'ils pourront utiliser dans les urnes le 8 novembre pour le jeter dans notre système politique." "Je pense qu'ils adorent l'idée de faire exploser le système."
" Moore, qui a précisé qu'il ne voterait pas pour Trump, a déclaré que les gens ne prêtent plus attention aux médias ni aux "personnes au pouvoir". "Les gens ne font plus confiance aux médias, ils ne les écoutent plus, et à juste titre : les médias les ont déçus. Les riches et les puissants les ont déçus. Beaucoup votaient auparavant pour les riches et les puissants, mais ils ne le feront plus"."
Amertume d'un croyant trompé
Guyenot a une attitude toute différente. C'est l'homme, Trump, qui l'a séduit, et nullement l'effet qu'il incarnait et renforçait. Guyenot fut, comme un certain nombre des partisans de Trump (fort peu au départ) un croyant de l'Église, ou de la secte-trumpiste, justifié par une vision du type "homme providentiel" de ce candidat. Erreur fatale...
"Nous n'avons pas été trahis en 2025, nous avons été trompés dès 2016. Nous avons cru en Trump parce que nous avons voulu y croire, en dépit des nombreuses raisons évidentes de ne pas y croire. Nous avons commis une erreur de jugement, et nous devons en tirer les leçons." Le phénomène Trump s'apparente à une hypnose collective et comporte une dimension de foi religieuse. La foi est toujours de "mauvaise foi", au sens où elle nous demande de rejeter le doute et de faire la sourde oreille aux arguments contraires. En religion, il y a la vérité-la Vérité-et l'erreur, et rien entre les deux. Pour le croyant, chaque échec de Trump, chaque scandale, chaque mensonge avéré, s'il ne peut être ignoré, est la preuve que Trump se bat contre l'État profond, les médias, les élites, le Nouvel Ordre Mondial, le FBI, les Démocrates, que sais-je encore. Il est facile aujourd'hui de se moquer de ceux qui croient encore en Trump, mais n'oublions pas que nous y avons cru nous-mêmes, et méprisé les 'normies' attardés qui n'y croyaient pas..."
"Erreur fatale" parce qu'erreur de lecture et d'interprétation à notre sens. Moore expliquait pourtant tout à la perfection, dans tous les cas pour l'élection de 2016, qui est à la base de l'aventure Trump et des interprétations faussaires et bouffe qui ont meublé l'imagination des "croyants". Aux USA, en novembre 2016, on vota pour Trump par haine de Hillary et de l'establishment, et par haine de Hillary parce qu'elle représentait l'establishment. Cette haine n'a pas disparu avec Hillary éliminée pour toujours tandis que l'establishment poursuivait sa marche vicieuse malgré Trump ; elle s'est même amplifiée du fait de cette évidence de l'absence d'importance de l'accessoire-Hillary, l'establishment se faisant de plus en plus pressant parce qu'il ne pouvait pas contrôler Trump de manière satisfaisante.Tout cela n'a rien à voir avec le personnage Trump, prétendument "sauveur" et son prétendu programme qui n'exprimait en fait que la volonté de ses électeurs. Au contraire, on rangerait désormais et volontiers Trump dans l'establishment, - et avec toutes les raisons du monde, et notamment l'aggravation pathologique de ses tares et de ses vices irréversibles. Cette haine concerne l'establishment, comme partout ailleurs dans l'Occident-compulsif, dont l'hubris est parfaitement représenté en état d'hypertrophie jusqu'à la folie par un nommé Trump.
Nous avons souvent changé d'avis à propos de Trump, nous dirons "tactiquement", selon les circonstances, - une fois oui, une fois non, selon ce qu'il faisait par rapport aux impulsions de ses tares et de ses vices. Même les plus grandes ignominies dans l'absolu peuvent avoir des effets positifs pour une recherche de l'équilibre et de l'harmonie, - - et vice-versa.
"Tout peut, un jour arriver, même ceci qu'un acte conforme à l'honneur et à l'honnêteté apparaisse, en fin de compte, comme un bon placement politique ", écrit de Gaulle dans ses 'Mémoires de guerre'.
Mais dans ce cas et pour nous, ce n'était que de la tactique et ne faisait rien d'autre de Trump qu'un instrument utile en telle ou telle circonstance. Le fond, l'essentiel, la stratégie était bien celle-ci : Trump est un accélérateur irrésistible, vulgaire et stupide, irréfléchi, aveugle, mais néanmoins un accélérateur du désordre dans le Système, même lorsqu'il agit conformément au Système. Qu'y a-t-il de plus stupide que son attaque de l'Iran, pavée de mensonges et volte-face, d'attaques ignobles et d'anathèmes suivis de déroutes, d'une cruauté insigne mais qui renverse totalement à cause de l'alliance et des responsabilités le sentiment du public américain concernant Israël ; alors que le Système, conduit par les Netanyahou de fortune, ne veut que la peau de l'Iran depuis près de cinquante ans, mais d'une façon qui fasse des USA une sorte de 'Greater Israel' de réserve ? Trump agit d'une façon tellement impulsive et stupide qu'il arrive à gâcher cette cause en or pour le triomphe du globalisme sataniste & Cie, marque déposée du Système... Trump a montré son ignominie de malade dément, notamment dans son comportement avec MTG...
MTG a reçu de nombreux messages de haine et de menace après sa démission et sa dénonciation de Trump "trahissant" le programme MAGA : "J'ai reçu de nombreux message jusqu'à l'un d'eux qui m'annonçait qu'on finirait par se saisir de mon dernier bébé pour lui tirer une balle dans la tête... J'ai envoyé le courriel à diverses personnalités de l'équipe Trump... JD Vance a été parfait, le directeur Patel du FBI a répondu qu'il lançait une enquête, plus de nouvelles ; la cheffe de cabinet, cette dame âgée mère et grand'mère, n'a pas répondu ; je ne vous lirai pas la réponse du président mais vous dirai simplement qu'il m'a dit que c'était de ma faute parce que je l'avais trahi et que si la menace était mise à exécution ce serait à cause de moi..."
Des Trump, ça va ça vient. Mais des gifles infligées au Système jusqu'à le rendre fou, c'est de l'or, la seule valeur qui tienne dans tous les temps de crise, et même de GrandeCrise !... Et la seule valeur à laquelle on peut attacher une force symbolique qui transcende la stricte matérialité de la chose, à condition que Trump ne le vole pas et ne le corrompe pas irrémédiablement en en faisant une statue à son effigie.
Rien n'est faux dans le mea-culpa de Guyenot, ses analyses sont sérieuses et solides et montrent toutes ses qualités. Mais que nous importe que l'on démontre l'ignominie et la vilenie d'un Trump ? Les Trump, ça va ça vient, mais il n'y a qu'un Système et le Diable qui, derrière lui, le manipule et l'engraisse, et celui-ci, - le Système, - il ne faut pas le rater.
(Voir l'article de Laurent Goyenot sur son site, en date du 5 mai 2026.)