17/05/2026 reseauinternational.net  8min #314173

 Trump se rend en Chine

De Taïwan à Ormuz : les messages cachés de la réunion de Pékin

par Nournews

La visite de Trump en Chine dépassait le cadre d'une simple rencontre diplomatique ; elle symbolisait le déclin de l'unilatéralisme américain et la consolidation du rôle de la Chine dans un ordre multipolaire. Ce voyage a mis en lumière à la fois la démonstration de puissance de Pékin et les revers stratégiques de Washington.

La visite du président américain Donald Trump en Chine et sa rencontre avec Xi Jinping se sont déroulées dans un climat de vives controverses. Les positions, les objectifs et le comportement des deux parties concernant l'évolution de la situation mondiale dépassaient largement le cadre d'un simple échange diplomatique. Au-delà des efforts déployés pour apaiser les tensions, ce voyage a illustré une évolution significative du système international, qui s'éloigne progressivement d'un ordre unilatéral dominé par les États-Unis pour évoluer vers une structure plus multipolaire. Ce changement n'est pas le fruit d'une convergence avec Washington, mais plutôt le résultat d'années de résistance de la Chine à l'ordre imposé par les États-Unis, contraignant finalement Washington à modifier son discours et son comportement envers Pékin.

Dans ce contexte, malgré les affirmations de Trump selon lesquelles la Chine s'aligne sur les exigences américaines, des annonces telles que la finalisation de la visite de Vladimir Poutine à Pékin, les positions officielles de la Chine sur le détroit d'Ormuz dans le golfe Persique, l'illégalité de l'agression contre l'Iran et sa réaffirmation que Taïwan est une affaire intérieure indiquent toutes que Pékin continue d'adhérer fermement à ses lignes rouges stratégiques.

L'autorité de la Chine : conséquence de son refus des États-Unis

Lors de sa rencontre avec Xi Jinping, Trump a déclaré : "Vous êtes un grand dirigeant. Les gens n'aiment pas que je dise cela, mais je le dis quand même parce que c'est vrai !" De telles remarques, ainsi que ses éloges répétés de la Chine et de son dirigeant, témoignent moins d'une convergence entre les deux pays que d'une réalité plus profonde : les succès de la Chine dans sa stratégie de refus des États-Unis.

Bien que la Chine ait fondé sa politique étrangère sur le développement de ses relations économiques et son engagement auprès des pays du monde entier, elle a simultanément mis l'accent sur le renforcement de ses capacités militaires et de défense nationales, une approche qui a permis de réduire sa dépendance et, à terme, d'accroître son indépendance politique et économique. Parallèlement, Pékin a toujours fait preuve de fermeté dans la définition et la défense de ses lignes rouges face aux États-Unis.

Ce qui a poussé une personnalité comme Trump à faire l'éloge de Xi Jinping, ce n'est pas la soumission de la Chine, mais plutôt l'insistance de Pékin à résister aux ingérences extérieures et à se concentrer sur le renforcement de ses capacités internes, depuis le maintien du principe d'"une seule Chine" jusqu'à l'affirmation de son indépendance en matière de politique étrangère, en faisant fi des pressions extérieures et en construisant des réseaux mondiaux en dehors des cadres unilatéraux occidentaux.

L'influence croissante de la Chine à travers le monde, même auprès des alliés traditionnels des États-Unis, confirme cette réalité. Aujourd'hui, les dirigeants européens, malgré leur rhétorique de sanctions et de confrontation, considèrent le dialogue avec Pékin comme inévitable. Les visites en Chine de dirigeants tels que Starmer, Macron et d'autres responsables européens illustrent clairement cette tendance.

Le comportement de Trump à Pékin a une fois de plus démontré que le renforcement de son influence, tant sur le plan intérieur qu'extérieur, dans les domaines politique, économique, sécuritaire et culturel, plutôt que la simple attente de promesses extérieures, est la voie à suivre pour devenir un acteur mondial influent. C'est pourquoi, contrairement à son attitude envers ses alliés occidentaux, Trump s'est abstenu de toute condescendance manifeste en Chine et s'est au contraire senti contraint de faire l'éloge de la Chine et de ses dirigeants.

Pékin en tant que puissance égale aux États-Unis

Bien que Xi Jinping ait tenté de gérer les tensions par des remarques telles que "l'établissement d'une relation stratégique constructive et stable entre la Chine et les États-Unis n'est pas qu'un slogan" et que "la renaissance de la Chine doit coexister avec le slogan"Rendre sa grandeur à l'Amérique"", la conduite de Pékin lors de cette visite véhiculait des messages plus profonds.

La Chine a cherché à se présenter non pas comme un acteur subordonné, mais comme une puissance à égalité avec les États-Unis, signalant au monde qu'elle n'est plus un acteur périphérique, mais l'un des piliers fondamentaux du nouvel ordre mondial.

Dans le même temps, la Chine a réaffirmé ses lignes rouges non négociables, qu'il s'agisse des avertissements fermes de Xi Jinping concernant Taïwan, de l'annonce de la visite officielle de Poutine à Pékin ou des positions inflexibles de la Chine sur l'Iran et l'évolution de la situation au Moyen-Orient. L'ensemble de ces actions témoigne de la stratégie globale de Pékin visant à consolider un nouvel ordre mondial multipolaire.

Trump : un président pris entre crise intérieure et revers internationaux

De l'autre côté, le comportement de Trump reflétait une réalité différente : il n'est pas arrivé à Pékin en tant que leader incontesté d'un ordre unilatéral, mais en tant que président accablé par des crises internes et des échecs externes.

Avant tout, Trump semblait s'attacher à mettre en avant ses réussites économiques afin, d'une part, de créer un choc psychologique susceptible d'aider à gérer certains aspects de la crise économique américaine consécutive aux erreurs stratégiques liées à la guerre contre l'Iran, et d'autre part, de masquer les graves échecs survenus dans des dossiers tels que l'Ukraine, Gaza et la guerre du Ramadan.

Son insistance à amener "la plus grande délégation économique du monde", composée de 30 chefs d'entreprise de premier plan, intervenait à un moment où les sondages indiquaient une crise de légitimité publique et où la pression intérieure, notamment au Congrès, augmentait en raison des conséquences économiques de sa politique axée sur la guerre.

Ce comportement ressemble fortement aux récentes visites de responsables européens en Chine, visant à tirer parti de la capacité économique de Pékin pour atténuer les crises intérieures et contenir le mécontentement social.

Détroit d'Ormuz : réalités sur le terrain contre discours américains

À la suite de sa rencontre avec Xi Jinping, Trump a affirmé que le président chinois souhaitait un accord sur l'Iran et le maintien de la libre circulation dans le détroit d'Ormuz, allant même jusqu'à déclarer que Pékin ne fournirait pas d'armes à l'Iran et continuerait uniquement à acheter du pétrole. Le secrétaire d'État américain Rubio a, quant à lui, affirmé que la Chine s'opposait à la militarisation du détroit d'Ormuz et à l'imposition de droits de douane sur ce passage.

Cependant, ces récits ne correspondent ni aux réalités du terrain ni aux positions officielles de la Chine.

Premièrement, l'Iran a démontré ces dernières années qu'il possède des capacités militaires et de défense nationales, un fait confirmé lors de la guerre du Ramadan. Par conséquent, les relations entre Téhéran et Pékin sont fondamentalement définies par la coopération économique, politique, culturelle, sécuritaire et régionale dans le cadre de l'accord stratégique de 25 ans, ce qui rend les affirmations de Trump infondées.

Par ailleurs, la Chine a officiellement condamné l'agression militaire menée par les États-Unis et le régime israélien contre l'Iran, la qualifiant d'illégale. Le ministère chinois des Affaires étrangères a également insisté sur la nécessité d'un cessez-le-feu immédiat, soulignant qu'une telle guerre n'aurait jamais dû avoir lieu et qu'aucune justification ne permet sa poursuite.

Si Pékin, pour des raisons économiques et compte tenu de ses relations avec les États arabes, insiste sur l'importance du maintien de la navigation dans le détroit d'Ormuz, la Chine a toujours réaffirmé la légitimité des positions iraniennes et l'illégalité de l'agression américaine et israélienne. Se considérant comme "du bon côté de l'histoire", elle est également l'un des principaux bénéficiaires de la sécurité maritime dans le détroit d'Ormuz.

Convergence Téhéran-Pékin : au-delà de la pression de Washington

La stratégie de la Chine à l'égard de l'Iran est si profondément ancrée et stable que même lors de la visite de Trump à Pékin, la question des sanctions pétrolières contre l'Iran ou de l'arrêt des achats de pétrole auprès de Téhéran n'a même pas été mise sur la table des négociations, ce qui indique que Pékin n'est pas disposé à participer à la campagne de pression maximale de Washington contre l'Iran.

Cette approche découle de l'influence régionale et internationale de l'Iran et de son rôle dans le nouvel ordre régional et mondial. Le rapprochement entre Téhéran et Pékin s'est intensifié au point que, parallèlement à la visite de Trump, la Chine a également soutenu les positions iraniennes lors des réunions des BRICS et de l'Organisation de coopération de Shanghai et a insisté sur la nécessité de mettre fin à la politique américaine de menaces à l'encontre de Téhéran.

source :  Nournews via  China Beyond the Wall

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