par Alfredo Jalife-Rahme
La réception fastueuse du président Trump à Beijing n'a donné aucun résultat tangible. Le président ne pouvait ignorer l'alliance stratégique indissoluble entre la Chine et la Russie, alors même que celle-ci venait de réussir les tests de son missile Sarmat. Washington n'est plus en position de force.

Deux jours avant le sommet historique Trump-Xi Jinping, la Russie réussissait à tester le missile balistique nucléaire intercontinental Sarmat, le plus mortel de toute la Voie lactée : quatre fois plus puissant que tous ses homologues occidentaux, ce Starmat sera prêt au combat d'ici la fin de l'année [1].
Le porte-parole adjoint du Conseil de la Fédération de Russie, Konstantin Kosachev, a souligné que la stridence du Sarmat "devrait être écoutée au-delà de la Russie, et surtout dans les pays qui souhaitent la défaite stratégique de la Russie". En effet, Le Sarmat possède 16 ogives avec une portée de 35 000 kilomètres et maîtrise des capacités à la fois conventionnelles et de type glide (celles d'un vol plané) : il peut être balistique, mais aussi opter pour la trajectoire suborbitale d'un missile hypersonique indétectable par les systèmes défensifs actuels ; ceux-ci n'ont pas pu dissimuler leur échec retentissant en Israël et dans la partie ouest du golfe Persique, face à l'Iran et ses célèbres missiles hypersoniques.
Un jour avant l'inquiétante alerte du Sarmat et trois jours avant la visite de Donald Trump, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, avait approuvé les affirmations de Vladimir Poutine concernant la coordination Russie-Chine, qui "est devenue un pilier vital pour dissuader les conflits et préserver la stabilité stratégique mondiale [2]". Lors de ma récente conférence plénière au premier Congrès de géopolitique en République dominicaine, j'ai soutenu l'opérabilité de la "stabilité stratégique tripolaire (Chine, Russie, États-Unis)" comme condition sine qua non de de la paix mondiale.
J'ai déjà suffisamment évoqué en vidéo la visite de Trump à Xi avant, pendant et après [3] mais aujourd'hui nous sommes déjà au cœur de la visite de Poutine qui va durer jusqu'au 20 mai, une visite que, soit dit en passant, en dehors de la Russie, j'avais annoncée avant tout le monde. C'est le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, en personne, qui a commenté : "nous ne devons pas ébranler la stabilité stratégique" et il ajoutait que "le Sarmat parlait de lui-même, il n'a donc pas besoin de publicité [4]".
L'ancien président et désormais vice-président du Conseil de sécurité nationale concerné, Dmitri Medvedev, a ouvertement averti les aventuriers européens de toutes tailles (petits/moyens/grands) : "Félicitations à tous les 'amis' occidentaux de la Russie pour le test réussi du système de missiles stratégiques Sarmat. Maintenant, nous sommes tous beaucoup plus proches ! [5]".
La directrice du Centre de politique globale et d'analyse stratégique à l'Institut de Chine et d'Asie contemporaine, Ekaterina Zaklyazminskaya, a énuméré les cinq raisons pour lesquelles Trump n'a pas pu obtenir des accords formellement signés, ni serrer la main à Xi, encore moins faire une déclaration commune lors de sa visite en Chine : "Il n'y avait aucun moyen de négocier depuis une position de force car la visite du président russe était attendue prochainement. Il est difficile pour les États-Unis d'acculer la Chine et de lui dicter ses conditions, car la Russie agit comme un partenaire stratégique et une arrière-garde stratégique pour la Chine dans diverses situations géopolitiques et en période de fortes tensions [6]".
Comme si tout cela ne suffisait pas, le légendaire ministre des Affaires étrangères d'origine arménienne, Sergueï Lavrov, a fait savoir que "la Russie ne saurait être attirée dans le piège d'une quelconque tentative de triangulation des États-Unis aiguiser les tensions entre Moscou et Pékin... Je pense que l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger a un jour soutenu que les liens de Washington avec Beijing et Moscou devaient être plus forts que les liens entre Beijing et Moscou. Or les États-Unis et les puissances coloniales poursuivent depuis longtemps cette stratégie de diviser pour mieux régner, qui perdure encore aujourd'hui dans la politique occidentale... mais ce n'est pas ainsi que nous opérons, ni la Chine [7]".
Trump n'a pas réussi à fracturer l'alliance stratégique désormais indissoluble du G-2 entre Moscou et Beijing. Le missile Sarmat mortel a défini à la fois les termes de la rencontre entre Trump et Xi et ceux de la visite de Poutine en Chine cinq jours plus tard.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " Statement by the President on the successful test launch of Sarmat missile", President of Russia, May 12, 2026.
[2] " China-Russia relations embrace new historical opportunities : FM spokesperson", Xinhua, May 11, 2026.
[3] " Después de Trump, ¡Putin va a China ! Se mueve el Mundo", " El Estrecho de Taiwán ya está decidido ; EEUU NO tiene cartas que jugar con China ", " ¡El mundo cambió ! Trump llega a China y descubre el poder de Xi y Putin ", Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 14 y 15 de mayo de 2026.
[4] " Sarmat needs no advertising, no one else has analogues - Russian deputy foreign minister", Tass, May, 16, 2026.
[5] @MedvedevRussiaE, X, May 13, 2026.
[6] " Five Reasons Why the US Couldn't Get the Upper Hand in China Talks", Ekaterina Zaklyazminskaya, Sputnik, May 15, 2026.
[7] " Putin's test for Europe, Nazi revival, US-China relations : Lavrov's statements", Tass, May 15, 2026.