05/06/2026 reseauinternational.net  7min #316114

Guerre contre l'Iran : le Pentagone face à des pertes colossales

par Alexandre Lemoine

Le service de recherche du Congrès américain a publié un rapport sur les pertes subies au cours de la campagne militaire de 40 jours contre Téhéran. La commission gouvernementale est parvenue à la conclusion suivante : durant cette période, 42 aéronefs ont été détruits ou endommagés pour diverses raisons. La liste a été établie sur la base des informations parues dans les médias et des déclarations du Pentagone.

 Le rapport a été publié sur le site officiel du Congrès en mars 2026.

Les dépenses américaines pour l'opération militaire contre l'Iran ont dépassé  100 milliards de dollars, selon le portail Iran War Cost Tracker (IWCT).

Les estimations du site s'appuient sur le rapport du Pentagone au Congrès. Ce document indique que lors des six premiers jours du conflit, les États-Unis ont dépensé 11,3 milliards de dollars, puis entendaient débourser environ 1 milliard par jour.

La dette publique américaine a augmenté de près de 450 milliards de dollars depuis le début du conflit au Moyen-Orient et  a dépassé le seuil des 39 200 milliards de dollars, selon le portail US Debt Clock. Parallèlement, l'administration américaine n'a toujours pas fourni d'informations complètes sur le coût financier de l'opération militaire contre l'Iran.

Atteinte à la réputation

Pour attaquer l'Iran, les États-Unis ont mobilisé en février des forces militaires considérables : 2 porte-avions, plus de 200 avions de combat tactiques, des bombardiers stratégiques, 7 destroyers lance-missiles, une importante flotte de ravitailleurs aériens et des centaines de drones d'attaque. Le fonctionnement de cette armada était assuré par plus de 50 000 militaires. En 40 jours, ils sont parvenus à infliger des dommages considérables aux infrastructures militaires et civiles de la république islamique, mais n'ont pas réussi à briser la résistance de Téhéran.

Les forces armées iraniennes ont démontré leur capacité à agir efficacement dans des conditions de supériorité technologique totale de l'adversaire, à disperser judicieusement leurs forces et moyens, ainsi qu'à porter des frappes de riposte à l'agresseur. L'Iran a tenu bon en transformant le conflit en une guerre d'usure, dans laquelle il était plus difficile pour les États-Unis de remporter une victoire rapide et peu coûteuse que pour Téhéran de simplement résister à la pression.

L'un des facteurs ayant contraint Washington à reculer est la perte considérable d'équipements militaires coûteux. Le chiffre de 42 aéronefs est d'ailleurs certainement sous-estimé. L'ampleur réelle des dégâts est connue seulement du Pentagone, qui n'en parlera probablement jamais. Néanmoins, même ce que le Congrès a officiellement reconnu a suffi à dissiper le mythe de la toute-puissance de l'aviation américaine.

Dans les airs et au sol

Début mars, 3 chasseurs-bombardiers biplaces F-15E Strike Eagle ont été abattus au-dessus du Koweït. Les 6 pilotes se sont éjectés avec succès, mais les appareils, d'une valeur totale d'environ 300 millions de dollars, sont perdus de manière irréversible. Selon le Pentagone, ils auraient été touchés par erreur par un pilote de chasse de l'armée de l'air koweïtienne. Cette version n'est pas très convaincante. Il est difficile d'imaginer une situation dans laquelle un pilote "attaque accidentellement" 3 avions alliés à la fois, et ce, avec succès. Il n'est pas exclu que ces F-15E aient été perdus dans d'autres circonstances.

Les Américains ont perdu un quatrième Strike Eagle dans l'espace aérien iranien le 3 avril, l'appareil a été touché par un missile antiaérien. Le Pentagone a organisé une vaste opération de sauvetage de l'équipage et a perdu un avion d'attaque au sol A-10 Thunderbolt II, qui assurait la couverture aérienne du groupe d'évacuation. L'appareil aurait été touché par un missile de système antiaérien portatif. Au cours de cette même mission, un hélicoptère de recherche et de sauvetage au combat HH-60W Jolly Green II a essuyé des tirs d'armes légères et a subi de sérieux dégâts.

Le 5 avril, l'équipage du F-15E abattu a été localisé, mais lors de l'évacuation, il a fallu détruire au sol 2 avions spéciaux MC-130J Commando II, après qu'il est devenu évident qu'ils ne pouvaient pas décoller de la piste d'atterrissage avancée. Sans quoi les appareils seraient tombés aux mains des Iraniens.

Frappe sur les ravitailleurs aériens

La flotte de ravitailleurs aériens a également subi des pertes. Le 12 avril, un KC-135 Stratotanker s'est écrasé dans l'ouest de l'Iran lors d'un ravitaillement en vol, les 6 membres d'équipage ont péri. Le Pentagone évoque des causes techniques. Cela semble plausible : la grande majorité des ravitailleurs aériens américains de ce type ont pratiquement épuisé leur durée de vie opérationnelle.

Un autre KC-135 a été endommagé, probablement en raison d'une collision avec un appareil accidenté. Il a réussi à rejoindre l'aéroport Ben-Gourion en Israël et s'est posé sans encombre.

Deux jours plus tard, l'Iran a frappé la base aérienne du prince Sultan en Arabie saoudite à l'aide de missiles et de drones, endommageant 5 KC-135 supplémentaires au sol. Cette base avait déjà fait l'objet d'une attaque. Ainsi, le 27 mars, un missile iranien avait détruit un avion de détection et de commandement aéroporté E-3 Sentry, au moment de l'attaque, il se trouvait sur une voie de circulation non protégée. La perte de ce "radar volant" a constitué un sérieux revers pour l'armée de l'air américaine. Les Américains ne disposent désormais plus que de 13 appareils de ce type en état de marche.

Chasseur furtif touché

Mais le coup le plus sévère porté à la réputation des États-Unis a eu lieu le 19 mars. Les défenseurs antiaériens iraniens ont détecté et touché un chasseur de cinquième génération F-35 Lightning II au-dessus des régions centrales du pays. Le Pentagone a indiqué que l'avion endommagé avait effectué un atterrissage d'urgence sur un aérodrome dans l'un des pays de la région. Les Iraniens affirment que l'appareil a été détruit. Les sources ouvertes ne comportent ni photographies du F-35 endommagé, ni débris au sol.

Le seul fait qu'un chasseur de cinquième génération ait été touché réfute le mythe de son invisibilité radar. Se pose alors la question : pourquoi cet appareil se trouvait-il dans l'espace aérien iranien ? En règle générale, les F-35 sont utilisés pour frapper à longue distance. Il est probable que les Américains aient véritablement cru avoir entièrement détruit la défense antiaérienne iranienne et pouvoir frapper les cibles sans entrave, à n'importe quelle distance et en tout point du territoire. Si la phase active du conflit reprend, les unités aériennes américaines agiront certainement avec beaucoup plus de prudence, en s'appuyant davantage sur les drones.

Même les drones à longue portée seront désormais employés avec plus de précaution. Au cours du conflit de 40 jours, le Pentagone a perdu 24 drones de combat MQ-9 Reaper et un drone de reconnaissance stratégique MQ-4C Triton. Le coût total de ces drones détruits avoisine un 1,5 milliard de dollars.

Il est difficile d'évaluer le préjudice financier global lié aux pertes d'aéronefs. On ignore combien coûtera la réparation des appareils endommagés. Les dépenses américaines pour les opérations de combat en Iran ont atteint environ 29 milliards de dollars, a déclaré Jules Hurst, directeur financier par intérim du Pentagone, lors d'auditions parlementaires. En deux semaines, la somme a augmenté de 4 milliards de dollars. Hurst a expliqué la hausse du coût de l'opération par l'augmentation des dépenses de réparation, de remplacement et d'entretien des équipements.

Le 29 avril, Jules Hurst avait indiqué que les États-Unis  avaient dépensé 25 milliards de dollars pour l'opération militaire en Iran. À l'époque, selon ses déclarations, la majeure partie des dépenses était consacrée aux munitions, et une autre part au "remplacement d'équipements".

Ce montant inclut également la valeur des actifs militaires américains détruits ou endommagés par les missiles iraniens dans les pays de la région. Quoi qu'il en soit, les dépenses liées à cette "petite guerre victorieuse" au Moyen-Orient ont manifestement dépassé les attentes de l'administration Trump. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles les États-Unis ne sont pas pressés de lancer une nouvelle attaque de grande envergure contre l'Iran.

source :  Observateur Continental

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