13/06/2026 2 articles dedefensa.org  6min #316961

Le bouc au bord de la falaise

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Le bouc au bord de la falaise

• Un texte inhabituel de Kevin Barrett propose une "parodie caricaturale" de 'Bibi' Netanyahou transformé en bouc-émissaire pour expier les fautes du sionisme. • Image du divorce entre antisionisme et antisémitisme.

Ce texte constitue bien entendu, sinon bien inattendue, une parodie caricaturale d'une situation évidemment simulacre d'Israël face à la colère qui s'accumule contre lui avec son idéologie sioniste et les ravages terroristes et génocidaires qui sont commis. L'hostilité de Kevin Barrett pour Israël est un fait bien établi, mais elle devient aujourd'hui bien difficile d'être dénoncée et condamnée comme antisémitisme comme ce fut souvent le cas. (Le chaos français nous montre fort bien l'extrême difficultés de faire prendre aujourd'hui l'antisionisme comme de l'antisémitisme.) Barrett prend d'ailleurs bien garde d'utiliser systémiquement, comme sujet ou comme qualificatif, tous les dérivés grammaticaux en même temps que le terme-souche de "sionisme" pour caractériser son travail ; tant il est si difficile aujourd'hui de présenter le sionisme comme autre chose qu'une idéologie qui est loin, très loin, de rallier tous les juifs.

"Son cri [de Trump] lancé à Netanyahu, " tout le monde déteste Israël", a eu un effet retentissant... [...]

"Bien que la majorité du monde, menée par les pays du Sud, ait toujours détesté Israël, la mainmise sioniste sur les médias occidentaux a longtemps conditionné l'opinion publique occidentale à tolérer les exterminations et les crimes de guerre sans fin. Ce n'était donc pas tout le monde, mais la majeure partie de la planète, qui détestait Israël... jusqu'à présent. Alors que Trump hurlait sa vérité à Netanyahou, la haine envers ce " pays du viol de chiens" est actuellement quasi universelle. "

Le texte de Barrett décrit donc le simulacre parodique d'une improbable et actuelle direction sioniste réalisant avec horreur les effets du comportement d'Israël sur sa position d'influence dans le monde, et décidant de se tourner vers l'antique pratique (aussi bien juive que d'autres entités comme l'analyse René Girard) de choisir un bouc-émissaire et de le sacrifier pour le rachat des fautes commises par tous. Bien entendu, 'Bibi' Netanyahou est choisi et Barrett de nous décrire le processus de vieille tradition selon l'enseignement de la religion juive. Et alors ?

"Mais le monde serait-il pleinement convaincu que toutes les atrocités commises par Israël sont imputables à un seul homme, Benjamin Netanyahu, et que maintenant qu'il a été précipité du haut de la falaise la plus proche, tout va rentrer dans l'ordre, les sionistes génocidaires reprenant leur rôle de gentils et leurs victimes palestiniennes celui de terroristes ?

" Bonne chance avec ça, Bennett. Le monde a vu le génocide, il ne peut plus l'oublier, et tôt ou tard, il viendra vous précipiter, vous et tout le projet sioniste, du haut de cette même falaise."

Quoi qu'il en soit, y compris du procédé littéraire choisi d'une parodie caricaturale, il reste que le texte de Barrett représente symboliquement ce qui semble bien être une rupture fatale dans la perception générale. Il s'agit de l'évolution devenue brutale d'une séparation de la "question juive" (selon le titre de l'essai de Sartre) de ce qui pourrait être nommée aujourd'hui la "question sioniste". La course effrénée des sionistes, si visibles dans la France exposant toute sa stupidité et sa soumission, nous paraît perdue d'avant dans l'utilisation comme bouclier d'une équivalence entre antisionisme et antisémitisme. Sans doute un des signes de cette évolution se trouve-t-il dans l'augmentation exponentielle de l'antisionisme chez les juifs eux-mêmes, notamment de la diaspora.

Il s'agit alors d'un événement considérable qui renvoie à un texte de Diana Johnstone, sous la forme d'une lettre ouverte à Noam Chomsky, publiée sur ce site le  18 juin 2010.

"L'article ci-dessous a été définie par elle-même : "Une lettre qui s'est prolongée en article". Le texte original, en anglais, a été mis en ligne sur le site CounterPunch, à la date du  14 juin 2010, sous le titre de "Why the French Hate Chomsky". Madame Diana Johnstone nous en donne ici la version française."

Dans sa lettre à Chomsky, alors en visite en France, Johnstone expose le processus d'instrumentalisation politique que devint, dans ce pays, la lutte contre l'antisémitisme à partir de la "loi Gayssot" votée en juillet 1990 (Chomsky avait pris position en s'opposant fermement à cette loi). Elle introduisit le terme de 'Shoah' comme représentation sacrée d'une nouvelle religion d'État, - et d'un État laïque qui plus est.. Bien entendu, les sionistes utilisèrent aussitôt cet événement mystico-politique pour faire de la condamnation de l'antisémitisme un bouclier imparable pour l'antisionisme :

"D'abord, la Loi Gayssot a contribué à la sacralisation de la Shoah, qui est traitée de moins en moins comme un évènement historique et de plus en plus comme un dogme sacré. Dans un Etat laïc, où la religion est exclue de l'école de la République, seule la Shoah exige l'adhésion mentale et émotionnelle réservée traditionnellement à la religion. Sa place dans les programmes scolaires empiète de plus en plus sur l'enseignement de l'histoire profane.

" Jadis, les crimes nazis étaient enseignés comme des crimes contre l'humanité en général, mais au fur et à mesure que l'identification des victimes s'est focalisée sur les juifs, l'effet implicite en a été de diviser les enfants entre les descendants des victimes, les juifs, et tous les autres, dont l'innocence est moins évidente. On assiste ainsi à un curieux renversement de la stigmatisation médiévale des juifs en tant que "peuple déicide". Aujourd'hui, les non-juifs sont dans la position désagréable d'être descendants des "tueurs de juifs", ou du moins de ceux qui n'ont pas sauvé les enfants juifs déportés à Auschwitz."

C'était en 2010 et nous étions loin du processus actuels grâce aux protection acquise par les sionistes dans le domaine de la communication. Mais les événements depuis le 7 octobre 2023, la politique ouvertement génocidaire suivie par l'Israël des sionistes extrémistes, a brutalement bouleversé cette situation. Elle a mis les sionistes dans une position défensive dans le domaine de la "guerre de l'information" qui gère les influences. Aujourd'hui, les sionistes extrémistes, emmené par Netanyahou, dirigent Israël dans une politique forcenée mais ils séparent ce pays de la position générale des juifs. Le contexte rappelé ici rend compte de la formidable importance d l'enjeu en-cours, résumé par l'apostrophe de Trump : "Tout le monde vous déteste maintenant ! Tout le monde déteste Israël !"

Le texte de Barrett, complété par une note sur la notion de "bouc-émissaire" selon René Girard, a été écrit le 10 juin 2026 et publié le  12 juin 2026, sur 'UNZ.com', avec cette présentation :

"Le fait de précipiter Bibi du haut d'une falaise pourrait-il expier les péchés du sionisme ?"

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13/06/2026 dedefensa.org  9min #316962

 Le bouc au bord de la falaise

Bibi, le bouc émissaire

Kevin Barett

Bien que Trump profère des mensonges plus gros et plus extravagants que n'importe quel autre président de l'histoire, il lui arrive aussi de lâcher une vérité qui fait mouche. Son cri lancé à Netanyahu, "tout le monde déteste Israël", a eu un effet retentissant.

Quand Trump a crié "Tout le monde vous déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça", il faisait immédiatement référence à l'ordre de Netanyahou de bombarder Beyrouth.