Par Oleg Nesterenko
Le grand pont de CriméeL'histoire récente du Pont de Crimée, ce lien unissant la péninsule à la Russie continentale, est marquée par un attentat terroriste causant la mort de plusieurs civils en octobre 2022, tandis que le régime de Kiev persiste dans ses menaces de réitérer de tels actes, sous le regard émerveillé de la classe politique occidentale, atteinte d'un profond degré de dégénérescence morale.
Actuellement, le pont est exclusivement dédié au trafic civil routier et ferroviaire. Les convois de marchandises par poids lourds ont été redirigés, empruntant désormais la voie terrestre via le nord de la Crimée.
Concernant sa résilience, la sécurisation du site atteint un niveau quasi absolu, rendant sa destruction une entreprise des plus improbables.
Les diverses mesures de défense sous-marines, déployées en plusieurs échelons successifs, constituent une barrière impénétrable face aux menaces de surface comme sous-marines, rendant toute tentative de dommage par voie maritime impossible.
Simultanément, les dispositifs de contrôle des véhicules et des passagers empruntant le pont rendent également impossibles de nouveaux attentats terroristes par la voie terrestre.
La seule voie envisageable pour mettre le pont hors service pour un délai ne serait-ce que de quelques semaines, réside dans une attaque aérienne. Cependant, les drones en contreplaqué d'aviation, malgré leur moindre vulnérabilité face à des systèmes de défense antiaérienne qui sont les plus performants au monde, mais conçus pour l'interception des missiles, ne possèdent pas une charge utile suffisante pour affecter des installations d'une telle envergure.
Seule une salve concertée et massive de missiles de haute précision, visant un point d'impact unique, pourrait potentiellement causer des dommages. Une telle action, purement symbolique et médiatique, n'aurait aucune incidence sur les capacités militaires russes en Crimée. De surcroît, elle demeure irréalisable sans un approvisionnement massif en missiles de la part des pays occidentaux fournissant proxy ukrainien, ainsi que sans une coordination logistique et de guidage via les satellites militaires de l'OTAN.
L'Occident collectif hésite, toutefois, à franchir le pas, conscient que Moscou interpréterait à juste titre une telle initiative comme une agression directe de la part des pays de l'OTAN, ouvrant la voie à des représailles considérables.
Il est pertinent de souligner que le Pont de Crimée figure parmi les sites les plus fortement protégés de Russie contre les menaces aériennes, rendant les éventuelles tentatives de sa destruction peu efficaces.
La voie par le NordLa liaison terrestre entre la Crimée et la Russie continentale, par la région de Marioupol, présente aujourd'hui des risques accrus pour la population civile. Des témoignages concordants que j'ai reçus de conducteurs réguliers font état d'attaques récurrentes par drones ukrainiens visant des véhicules civils et des bus de passagers, entraînant des épaves sur le bas-côté.

Néanmoins, ce danger n'est nullement critique pour de très nombreux convois militaires lourdement armés contre la menace aérienne, assurant pleinement l'approvisionnement supplémentaire des bases militaires de la Crimée ainsi que la circulation des contingents militaires.
De même, la destruction régulière de ponts reliant la péninsule à la Russie continentale n'a qu'un impact minime sur la circulation, qu'elle soit militaire ou civile. De nombreux ponts flottants, déployés en moins d'une heure, assurent pleinement la continuité des liaisons.
La population de la CriméeLa propagande ukraino-occidentale s'emploie, avec une assiduité remarquable depuis une décennie, à instiller l'idée qu'à partir de 2014, la Russie aurait activement œuvré à la fois à créer un exode forcé des Ukrainiens ethniques de Crimée vers l'Ukraine et, simultanément, à favoriser l'installation massive de citoyens russes issus de la partie continentale sur la péninsule.
Ce récit désinformateur atteint des sommets d'absurdité, égalés seulement par l'ampleur du mensonge qu'il véhicule.
D'une part, tant avant 2014 qu'aujourd'hui, le rapport des Russes aux Ukrainiens reste identique : les Ukrainiens sont un peuple frère. Ce peuple subit aujourd'hui la tyrannie d'un régime sanguinaire qui condamne des centaines de milliers de civils à une mort certaine en les envoyant de force dans les tranchées et en maintenant dans des cages de prisons des dizaines de milliers de prisonniers politiques. Le peuple subit actuellement une radicalisation profonde orchestrée par un appareil colossal de propagande ultranationaliste, opérant à tous les niveaux sociétaux (même au niveau des crèches), non pas depuis 2022, mais depuis le coup d'État de 2004, ponctué d'une accalmie avant le nouveau coup d'État de 2014. Malgré cela, le peuple ukrainien reste et restera à tout jamais le peuple frère.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, depuis 2022, plus de 3 millions d'Ukrainiens ont cherché refuge non pas dans l'Union Européenne, mais en Russie, rejoignant ainsi les millions d'Ukrainiens ethniques vivant dans la Fédération de Russie en tant que citoyens. La grande majorité de ces réfugiés ne manifeste aucune intention de retourner en Ukraine, anticipant un chaos et une misère généralisés à l'issue du conflit. Par ailleurs, une partie non négligeable de ces réfugiés s'est installée en Crimée, où l'ukrainien coexiste en tant que langue officielle au même titre que le russe.
Concernant le narratif fallacieux d'une "colonisation" de la Crimée par des Russes ethniques venus de la Russie continentale depuis 2014, la réalité contredit diamétralement ces allégations.
Les recensements de population en Crimée révèlent qu'en 1991, première année de l'existence de l'Ukraine en tant qu'État pour la première fois dans l'histoire, sa population s'élevait à 2,11 millions d'habitants. Vingt-deux ans plus tard, en 2013, ce chiffre était tombé à 1,95 million. Il est crucial de souligner qu'en raison de la politique désastreuse de Kiev à l'égard de la Crimée, sa population a diminué de 135 000 habitants entre 2001 et 2014, soit une baisse de 6,7 %. Ce déclin démographique significatif atteste d'un véritable dépeuplement imputable aux politiques ukrainiennes.
En 2025, la population de la Crimée s'établit à 1,91 million d'habitants, un chiffre pratiquement identique à celui de 2013. Bien qu'il existe des flux migratoires entre la Crimée et la Russie continentale, ces mouvements ne se distinguent en rien des migrations observées entre d'autres régions de la Russie ou entre différentes régions de tout autre pays. L'augmentation de la population entre 2013 et 2025 est grandement due non pas à la prétendue "colonisation" par les Russes continentaux, mais, justement, à des Ukrainiens qui ont fui vers la Crimée russe la guerre et les exactions du régime ultranationaliste installé à Kiev.
Ayant une connaissance approfondie de la Crimée, tant sur le plan de sa politique interne que des relations interpersonnelles avec un nombre significatif de ses habitants, issus de diverses origines et confessions, je peux affirmer qu'aucune réalité politique sur la population criméenne ne corrobore les allégations propagées par les médias ukrainiens et occidentaux, caractérisées par un mensonge éhonté.
Les objectifs des frappes contre la CriméeL'objectif de Kiev dans le cadre des frappes massives par drones militaires sur la péninsule de Crimée est triple et s'inscrit dans une stratégie aux multiples facettes.
Premièrement, il est foncièrement terroriste, visant à terroriser la population civile dans le but délibéré et ouvertement assumé de provoquer une catastrophe humanitaire par l'application de procédés clairement qualifiés de crimes de guerre selon la législation internationale en vigueur.
À titre d'illustration, dans la nuit du 18 au 19 juillet, un drone ukrainien a visé une zone résidentielle située à 150-200 mètres de la résidence de l'auteur de ces lignes, ce qui est une action purement terroriste. Non seulement la zone en question, mais l'ensemble du département de la Grande Yalta, qui s'étale sur les 72 km de la côte sud de la Crimée, est totalement dépourvu de toute autre infrastructure significative que celle du tourisme. Les installations militaires, hormis les dispositifs de défense antiaérienne récemment déployés, sont inexistantes dans la zone ciblée, conférant ainsi un caractère intrinsèquement terroriste aux frappes sur ce territoire.
Le 22 juillet, un immeuble résidentiel de grande taille à Yalta a été frappé par un drone ukrainien, causant la destruction de 7 appartements. Parmi les 17 victimes civiles, aucun mort n'est à déplorer, ce qui est un miracle. Le Comité d'enquête du ministère de l'intérieur de Russie a d'ailleurs ouvert une instruction pour acte de terrorisme.
Dans la nuit du 22 au 23 juillet, 2 civils ont été tués et 5 grièvement blessés, dont 2 enfants, suite à des frappes ukrainiennes, une fois de plus, sur des quartiers résidentiels.
Le territoire de la Crimée n'est, de surcroît, qu'un élément au sein d'un projet terroriste plus vaste orchestré par Kiev. Entre le 13 et le 19 juillet 2026, sur l'ensemble du territoire de la Russie, 433 civils ont été victimes de bombardements par des "soldats" ukrainiens : 364 personnes ont été blessées, dont 12 enfants, et 69 ont trouvé la mort, parmi lesquelles 2 enfants. Durant la semaine concernée, l'"armée" ukrainienne aurait tiré au moins 7168 munitions sur des cibles civiles.
Deuxièmement, en l'absence de succès militaires sur les champs de bataille où l'armée russe progresse méthodiquement, en appliquant le procédé du rouleau compresseur vis-à-vis des forces armées en face, le pouvoir de Zelensky ressent un besoin impérieux de fournir à ses soutiens occidentaux une image médiatique exploitable. Cette image vise à façonner les narratifs dans l'imaginaire collectif de leurs électorats respectifs, afin de justifier les répétitions des imputations de fonds considérables dans leurs caisses nationales respectives pour continuer à financer la force proxy ukrainienne. Il s'agit d'une opération spectaculaire pour le public occidental profane, ayant, pourtant, aucun impact militaire sur les capacités des forces armées de la Fédération de Russie.
Enfin, l'objectif ultime de Kiev, et non des moindres, est de détourner l'attention, tant de sa propre population qu'occidentale, des graves problèmes et scandales internes au régime ukrainien, tels que la corruption endémique impliquant Zelensky et l'ensemble de son entourage proche, la mobilisation forcée de dizaines de milliers de civils chaque mois dans les villes et villages d'Ukraine, envoyés de force à la mort sur les champs de batailles, ainsi que la phase finale de la destruction de l'industrie, des infrastructures de transport et énergétiques. Ces destructions, infligées par les forces armées russes en réponse aux attaques ukrainiennes sur les infrastructures civiles en Russie, et de nombreux autres problèmes structurels, submergent le régime de Zelensky et entraîneront l'effondrement politico-économique et sociétal immédiat du pays dès la cessation du soutien financier massif de l'Occident collectif.
La reconnaissance et l'encouragement officiels des crimes de guerre par le groupement de MacronUn événement majeur, d'une importance stratégique, s'est produit le 22 juin 2026, passant, cependant, largement inaperçu.
Pour la toute première fois depuis le début de la phase active de la confrontation initiée en février 2022 entre la Russie et l'OTAN, via son proxy ukrainien, un représentant officiel de premier rang du pouvoir de Macron a révélé (certainement par manque de compétences personnelles) la nature fondamentale des régimes installés en France depuis 2017 et en Ukraine depuis 2019. Au lieu de continuer à mentir dans le cadre préétabli de la propagande et de la désinformation orchestrée par son gouvernement, il a officiellement divulgué la vérité les concernant, non seulement en reconnaissant la dimension purement terroriste du régime de Kiev, pleinement soutenu par l'Élysée, mais également en exprimant ouvertement sa satisfaction et son encouragement à l'égard des actions qualifiées de crimes de guerre commises par le proxy ukrainien.
Le 22 juin 2026, le haut fonctionnaire de premier rang en activité, qui n'est autre que l'actuel ambassadeur de France en Pologne, ancien ambassadeur en Ukraine au moment du déclenchement de la guerre, le russophobe notoire Étienne de Poncins, s'est exprimé sur la situation en Ukraine sur la chaîne Public Sénat :
"J'ai toujours pensé que l'Ukraine finirait par gagner cette guerre et je crois qu'aujourd'hui elle est sur la bonne voie [...] Il faut savoir que la Crimée est en fait une île, il y a très peu d'accès, elle n'a pas d'eau, elle n'a pas d'électricité, elle a peu de ressources", a-t-il affirmé.
Interrogé par la présentatrice sur la possibilité de reprendre la Crimée par Volodymyr Zelensky, il a répondu : "Peut-être pas la reprendre, mais faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, enfin, en tout cas, qu'il y ait d'énormes difficultés pour la population russe qui a été implantée en Crimée et pour Vladimir Poutine, probablement cela signifierait la défaite puisque la Crimée est son principal acquis depuis 2014".
Il est essentiel de souligner que cette déclaration n'émane guère d'un extrémiste déséquilibré quelconque à la retraite, mais bien de Monsieur l'ambassadeur de la République Française en activité, représentant officiel du plus haut niveau de son État auprès d'un pays étranger, haut fonctionnaire de premier rang et l'incarnation du président de la République Française et du gouvernement français à l'étranger.
Ainsi, c'est officiellement au nom de la République française, de son président Emmanuel Macron et de l'ensemble de son gouvernement que ce personnage a reconnu avec une grande satisfaction que l'objectif du régime de Kiev, très largement soutenu et sponsorisé par l'Élysée, est de "faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, qu'il y ait d'énormes difficultés pour la population".
Il a omis de préciser un détail crucial : le fait de "faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, qu'il y ait d'énormes difficultés pour la population" constitue, de manière directe et sans équivoque, un crime de guerre, tant selon la Convention de Genève que selon la Convention de La Haye, toutes deux, pourtant, signées et ratifiées par la France.
Oleg Nesterenko
Image en vedette : Capture d'écran. Crimée vue satellite © Wikimedia
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Oleg Nesterenko, Mondialisation.ca, 2026
Par Oleg Nesterenko



