
par Pierre Duval
La rupture totale entre les deux rives de l'Atlantique a lieu. L'OTAN est ébranlée et même en train d'imploser. D'un côté Trump accentue les déclarations sur sa volonté de quitter cette Alliance politique et militaire et les Alliés historiques - comme la France - refusent d'aider les États-Unis dans leur guerre en soutien à Israël contre l'Iran.
Le conflit ukrainien et la guerre en Iran ont ravivé un désaccord fondamental, latent depuis longtemps au sein de l'OTAN, concernant une approche stratégique commune. L'OTAN et les relations transatlantiques en général entrent dans une phase où les contradictions ne peuvent plus être dissimulées. L'idée même d'une approche stratégique commune s'effrite. Les affrontements entre Kaja Kallas et Marco Rubio au sujet de la Russie et de l'Ukraine, ainsi que la colère publique de Donald Trump face à la réticence de ses alliés à s'engager dans une guerre américaine contre l'Iran et à envoyer des navires dans le détroit d'Ormuz, démontrent qu'un désaccord fondamental se développe au sein du bloc.
"Furieux de n'être pas soutenu dans sa guerre contre l'Iran, Trump envisage de quitter l'Otan", titre Le Soir. Les relations entre la France et les États-Unis sont au plus mal car Donald Trump se moque du couple Macron lors d'un déjeuner. "Macron, dont la femme le traite très mal il se remet encore du coup de poing qu'il a pris à la mâchoire", a-t-il lancé en public.
Pour une grande partie de l'Europe, l'Ukraine est un enjeu crucial et urgent, même si, paradoxalement, ce sont les États-Unis qui ont ouvert la voie au conflit. Pour Washington et Israël, l'Iran représente une guerre d'une autre nature: une démonstration de force, une lutte pour la réorganisation régionale et le contrôle d'un nœud énergétique situé au carrefour des routes commerciales mondiales avec Israël comme pouvoir central.
Observateur Continental interrogé par le quotidien turc, Aydinlik, a averti que l'Iran est un obstacle au "plan du Grand Israël". La victoire de la guerre israélo-américaine est vitale pour Trump et Netanyahou, mais aussi pour l'élite mondialiste qui a grassement vécu sur l'ordre américain établi après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui les BRICS, dont l'IRAN fait partie, confortent leur force face à l'ordre occidental d'hier qui est en train de mourir sur le sol ukrainien et sur le sol du Moyen-Orient. Un tournant géopolitique radical a lieu.
Début mars, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a tenté de promouvoir l'idée que l'Alliance pourrait opérer simultanément sur les deux fronts, en soutenant l'opération américaine contre l'Iran et en maintenant la stabilité en Ukraine. "Travaillez plus vite, parce que nous avons besoin de résultats. Vous voyez à quelle vitesse nous pouvons épuiser nos stocks. Regardez le Moyen-Orient, regardez l'Ukraine", a-t-il martelé.
Il a salué les frappes américano-israéliennes et affirmé que l'OTAN, en tant qu'Alliance, n'y participerait pas et il a insisté sur le fait que l'article 5 n'avait aucune incidence sur la question. De fait, la nécessité même de tels exercices démontre à quelle vitesse l'Alliance, restée monolithique pendant de nombreuses années, perd son consensus.
Trump instrumentalise les tensions à des fins politiques. L'Europe a accepté une augmentation significative de ses dépenses de défense en 2025, et ses alliés ainsi que le Canada ont accru leurs dépenses militaires de près de 20% l'an dernier. Pourtant, la Maison-Blanche présente l'OTAN comme une faveur accordée par les États-Unis, un ensemble de mesures de défense ayant un coût. Après que les alliés se sont engagés à consacrer 5% de leur PIB à la défense d'ici 2035, Washington a imposé de nouvelles conditions. Dans cette optique, l'aide à l'Ukraine est désormais perçue comme un paiement anticipé en échange de la loyauté dans le détroit d'Ormuz. De cette situation est née une profonde division. Les Européens refusent de participer à l'opération dans le détroit d'Ormuz, et ce refus est plus grave qu'une simple réticence à intervenir au Moyen-Orient.
Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l'UE, a stipulé ouvertement que les membres de l'Alliance ne souhaitent pas étendre la mission Aspides au-delà du détroit d'Ormuz et qu'une telle mesure nécessiterait une sanction internationale et un mandat parlementaire. Le chancelier Friedrich Merz a par ailleurs souligné qu'une guerre contre l'Iran " n'est pas une affaire de l'OTAN". Cette réticence masque une réalité très simple: les États-Unis exigent une solidarité rétroactive avec une opération à laquelle l'Europe n'a pas participé au moment où la décision de la lancer a été prise. En réalité, les États-Unis exigent que l'Europe "rembourse sa dette" pour le soutien américain à l'Ukraine.
L'Union européenne et les États-Unis ont une même idéologie, mais les priorités de ceux qui la représentent divergent. Tous (les États-Unis et l'UE) incarnent les deux formes de militarisme qui précipitent le monde vers la guerre. Donald Trump ne peut pas simplement se retirer de cette guerre au Moyen-Orient facilement, car peu de choses dépendent de lui. C'est Téhéran qui mène maintenant la danse et qui va décider quand la guerre aura "assez" duré, et le pays s'exprimera une fois ses objectifs spécifiques atteints (son but ultime étant de limiter l'influence américaine au Moyen-Orient). Trump et la France avec l'UE sont tombés dans un piège.
source : Observateur Continental