
Par Ibrahim Al-Amine
Les dirigeants actuels du Liban et les institutions qui leur sont rattachées se sont rangés du côté d'Israël sur la question du désarmement du Hezbollah. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam font avancer ce programme avec le soutien de partis tels que les Forces libanaises et le Parti des Kataeb, qui attendaient depuis longtemps une telle occasion.
Malgré le strict respect par le Hezbollah de l'accord de cessez-le-feu de 2024, les soutiens étrangers de l'État libanais ont exprimé leur mécontentement quant au rythme et à la gestion du désarmement.
Alors que le Hezbollah faisait preuve de retenue, ses adversaires ont radicalisé leur discours, exigeant d'abord le désarmement, puis appelant à son démantèlement complet.
L'absence de progrès tangibles a conduit des personnalités telles que Fares Souaid à remettre en question l'objectif même du désarmement, compte tenu notamment de la présence parlementaire bien établie du Hezbollah.
Cette pression s'est rapidement transformée en une campagne plus large visant les institutions sociales et éducatives du Hezbollah. Des acteurs financiers et politiques, dont le banquier Antoun Al-Sehnaoui et des personnalités telles que Salim Sfeir, ont mené ces offensives avec un fort soutien médiatique.
Conformément aux exigences américaines, ils ont pris pour cible Al-Qard Al-Hassan malgré son statut d'institution non bancaire.
Cette initiative a ouvert la voie à un contrôle financier accru par des personnalités telles que Riad Salameh et son successeur Karim Souaid, dans le but apparent de consolider l'accès à ce qui reste des fonds des déposants.
Chaque manifestation de retenue de la part du Hezbollah a été accueillie par une nouvelle escalade de la part de ses opposants, qui ont tiré parti des canaux officiels et des mécanismes étatiques sous la direction actuelle.
Aoun a invoqué des pressions extérieures, tandis que Salam a présenté le désarmement comme une question d'intérêt national.
Au fil du temps, tant la politique que la rhétorique ont pris une dimension sectaire. La communauté chiite s'est sentie de plus en plus prise pour cible, car cette approche semblait traiter des communautés entières comme des prolongements du Hezbollah jusqu'à preuve du contraire. Des pressions parallèles se sont également intensifiées contre les populations chiites dans certaines régions du CCG.
Pendant plus d'un an, les factions pro-américaines et pro-israéliennes au Liban ont interprété les événements à travers un prisme israélien, traitant parfois les déclarations du porte-parole de l'armée israélienne comme des directives de facto.
Les erreurs de jugement commises par les envoyés étrangers et les responsables de Washington, Riyad et des capitales européennes ont encore aggravé la situation.
Washington s'est ensuite orienté vers une stratégie de pression maximale, exigeant des mesures sur le terrain de la part des responsables libanais. L'attention s'est tournée vers l'armée libanaise, considérée comme capable de désarmer de force le Hezbollah.
Les responsables américains, saoudiens et européens ont fait pression sur le chef de l'armée, allant jusqu'à réclamer sa destitution après qu'il eut fermement rejeté la possibilité que l'armée s'oppose à des civils.
L'approche américaine elle-même n'était pas uniforme. Morgan Ortagus a adopté une stratégie de confrontation qui n'a donné que peu de résultats, tandis que son successeur, Tom Barrack, a tenté de négocier un accord avant de se retirer, faute d'avoir pu réaliser des progrès.
Le président du Parlement, Nabih Berri, a soutenu les mesures du gouvernement dans l'attente de concessions réciproques qui ne se sont jamais concrétisées. Après le retrait de Barrack, le dossier a été confié à l'ambassadeur US Michel Issa.
Issa a eu du mal à obtenir une large coopération, s'appuyant principalement sur un cercle restreint dirigé par Fouad Makhzoumi. Pendant ce temps, à Washington, le sénateur Lindsey Graham, partisan de la ligne dure, prônait une position plus ferme et s'opposait à tout compromis politique.
Des personnalités de l'extrême-droite droite libanaise proches des États-Unis, dont Antoun Al-Sehnaoui, se sont fait l'écho de cette position.
Dans ce contexte, Beyrouth semble être revenue à un schéma rappelant l'époque de l'influence syrienne, lorsque les puissances extérieures émettaient des directives contradictoires et que les acteurs locaux attendaient des instructions de l'étranger.
Aujourd'hui, les alliés de Washington semblent tout aussi contraints, tandis que l'engagement saoudien s'est affaibli après des échecs répétés à persuader les nouveaux dirigeants syriens de s'opposer au Hezbollah.
Les agissements du gouvernement d'Aoun et de Salam, tels qu'ils sont décrits ici, constituent une trahison nationale ! Parmi les mesures prises, on peut citer la restriction de la détention d'armes conformément aux intérêts israéliens, la poursuite en justice des combattants de la résistance et la mission confiée aux agences de sécurité de recueillir des renseignements sur la résistance et ses positions. Le gouvernement a également maintenu une ligne dure envers l'Iran, allant jusqu'à réclamer l'expulsion de son ambassadeur et la rupture des relations diplomatiques.
Surtout, les dirigeants semblent vouloir normaliser les relations avec Israël, ce qui rappelle le modèle de Mahmoud Abbas à Ramallah.
Rien n'illustre mieux cela que les propos de Nawaf Salam sur les négociations avec Israël, qui laissent transparaître une approbation, voire une fierté, à l'idée de franchir ce cap.
Pour ces raisons, la destitution du gouvernement actuel est un impératif national. Encore une fois : renversez le gouvernement de la honte !
30 mars 2026 - Al-Akhbar - Traduction : Chronique de Palestine
* Ibrahim Al Amine est éditorialiste, rédacteur en chef du quotidien libanais Al-Akhbar, proche de la résistance libanaise.