
par François Meylan
En premier lieu, je souhaite rendre hommage aux trois-cents journalistes qu'Israël a assassiné à Gaza, en Cisjordanie et au Liban.
Concernant la prise, ce dimanche 31 mai 2026, de la forteresse de Beaufort, il est surtout question d'une position névralgique haute de 670 mètres, posée sur une falaise de 500 mètres de long et surplombant le fleuve Litani. C'est logique que Tsahal en a besoin pour conduire ses opérations et que les Israéliens ne souhaitent pas laisser cette bâtisse au Hezbollah.
Notons qu'Israël a déjà occupé la forteresse, lors de sa première occupation illégale du Liban, entre 1982 et 2000. Rappelons aussi que le Hezbollah s'est développé en réponse à cette occupation.
Symboliquement, le château de Beaufort est significatif. Militairement, de nombreux protagonistes l'ont occupé. On pense tout particulièrement au Moyen-Âge et à la protection du Royaume de Jérusalem (1099-1291). Celui-ci a été fondé et occupé par les Croisés (des seigneurs et chevaliers chrétiens d'Occident), avant d'être repris et occupé par les dynasties musulmanes, notamment les Ayyoubides (fondés par Saladin) et les Mamelouks.
Concernant les exactions commises par Tsahal au Liban (destructions et tueries de masse), seul Netanyahou sait jusqu'où il ira. La chasse au Hezbollah étant un prétexte comme celui du Hamas à Gaza où Israël occupe déjà 60% du territoire.
Ces opérations, chaque fois plus loin dans la profondeur, interrogent même en Israël. Récemment, Yonatan Keller, ancien officier responsable des services de renseignements militaires (le AMAN) exprimait publiquement son incompréhension face à de telles manœuvres qui dépassent de loin l'installation d'avant-postes. De surcroît, cela expose très dangereusement l'infanterie israélienne qui progresse à plus de 30 km en terrain adverse. Celui-ci étant parfaitement connu par le Hezbollah.
Quant à la surprise feinte par nos chancelleries occidentales, par nos présentateurs TV et nos "spécialistes de plateaux" elle est toujours déconcertante. Combien l'Occident doit avoir peur d'Israël pour s'enferrer dans le déni à ce point... Il suffit d'écouter Benjamin Netanyahou, Bezalel Smotrich, Itmar Ben-Gvir, le ministre de la Défense Israël Katz ou encore la ministre des Colonies Orit Strook qui parlent très ouvertement de transformer le Liban en Gaza n°2 ; de tout raser ; de pratiquer la politique de la terre brûlée, d'empêcher qu'un seul libanais déplacé puisse revenir chez lui, d'installer de nouvelles colonies etc., etc.. Il n'y a rien de secret. Tout est public. Ce sont les occidentaux qui refusent d'entendre parce cela signifierait l'obligation, selon le Droit international, de réagir avec autre chose que de veines déclarations.
Par ailleurs, relevons que le gouvernement Netanyahou a une ministre des Colonies... Orit Strook. Vous en connaissez beaucoup de "démocraties" en 2026 qui ont des colonies ?
Terminions avec la dernière protestation du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot qui réclame une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. Rappelons que la dernière fois que Barrot convoqua l'ambassadeur d'Israël à Paris, suite aux maltraitances et aux abus sexuels infligés aux humanitaires de la Global Sumud Flotilla pour Gaza. Monsieur l'ambassadeur Joshua Zarka ne s'est pas même déplacé. Prétextant qu'il était en vacances au Portugal. Devant pareille attitude, tout autre ambassadeur aurait été prié de faire ses valises et de quitter le territoire.
Conclusion : le Liban martyrisé n'a, du moins pour l'instant, rien à attendre des chancelleries européennes.