Par Nate Bear
La Coupe du monde de foot commence ce jeudi et le régime américain s'est déjà fait un devoir d'en faire la plus raciste de l'histoire.
L'arbitre somalien Omar Artan, désigné par la FIFA, élu meilleur arbitre d'Afrique l'année dernière et voyageant avec un passeport diplomatique, s'est vu refuser l'entrée aux États-Unis à son arrivée à Miami et a été contraint de repartir d'où il est venu.
L'équipe nationale iranienne a été contrainte de déplacer son camp d'entraînement de l'Arizona au Mexique, et le sélectionneur de l'équipe, ainsi que divers membres du staff technique, se sont vu refuser des visas américains. Les États-Unis exigent également que l'équipe iranienne entre et quitte le territoire américain le jour même de ses matchs, une condition clairement destinée à nuire aux performances des joueurs. Les billets réservés aux supporters iraniens viennent également d'être annulés, et les supporters iraniens ne seront donc pas présents dans les stades.
Le vice-capitaine de l'équipe nationale irakienne, Ayman Hussein, a été arrêté, fouillé et interrogé pendant sept heures à l'aéroport O'Hare de Chicago, tandis que le photographe de l'équipe nationale irakienne s'est vu refuser l'entrée et renvoyé dès l'atterrissage.
Les joueurs de l'équipe sénégalaise ont été traités comme des criminels à leur débarquement, les agents de sécurité les empêchant d'entrer dans le terminal et les soumettant à une fouille à nu sur le tarmac. L'équipe d'Ouzbékistan a été de même fouillée après être descendue du car devant le stade Icahn à New York avant un match amical contre les Pays-Bas.
Au moins 90 supporters issus de deux grands groupes de supporters au Maroc se sont également vu refuser des visas avant le tournoi, la plupart en vertu d'une clause invoquant des doutes quant à leur intention de regagner ensuite leur pays, malgré leurs antécédents de voyage documentés pour assister à la Coupe du monde 2018 en Russie, à la Coupe du monde 2022 au Qatar et aux Jeux olympiques de Paris. Certains ont perdu des milliers de dollars en réservations d'hôtel non remboursables.
Ces refus font suite au refus initial de visa pour le Marocain Zakaria El Ouahdi qui joue en Europe, après que le personnel de l'ambassade américaine l'ait signalé comme représentant un risque parce que son père a été jugé suspect à cause de sa barbe.
L'équipe sud-africaine a attendu des mois la délivrance des visas américains, entraînant une plainte publique du ministre des Sports du pays qui a déclaré avoir été "ridiculisé", et qui, cette semaine encore, attend toujours que quatre visas soient délivrés.
L'Association internationale de la presse sportive affirme que de nombreuxjournalistes iraniens et africains se sont vu refuser les visas indispensables pour entrer aux États-Unis et couvrir le tournoi.
Tous ces incidents poussent beaucoup de gens à comparer cette Coupe du monde aux Jeux olympiques nazis de 1936, mais je trouve la comparaison injuste, car en 1936, l'Allemagne nazie n'avait encore attaqué aucun pays souverain, assassiné aucun chef d'État ni commis aucun génocide.
Certains usagers de Twitter n'ont pas saisi la nuance, mais j'espère que mes lecteurs comprendront qu'il s'agit d'une boutade destinée à souligner avec beaucoup de sérieux la barbarie de l'empire américain.
La vérité, c'est que le régime américain a commis tous ces actes criminels rien qu'au cours des derniers mois, de l'enlèvement d'un chef d'État à l'assassinat d'un autre chef d'État (et de sa famille), en passant par le bombardement d'une nation souveraine pour avoir refusé de se soumettre à l'empire. Et le génocide de Gaza, soutenu par les États-Unis et perpétré par leur mandataire colonial avec des armes et des technologies fournies par le régime américain, est toujours en cours.
Donc oui, l'argument est valable. La Coupe du monde est organisée par un régime suprémaciste blanc, un régime qui interdit purement et simplement l'entrée sur son territoire aux citoyens de nombreux pays du Sud dont les équipes nationales se sont qualifiées pour la Coupe du monde, notamment l'Iran, Haïti, le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Un régime qui dispose de structures assimilables aux camps de concentration où des gens disparaissent régulièrement ou y perdent la vie. Un régime qui tient constamment des propos ouvertement racistes sur la nécessité de sauver la civilisation occidentale des populations non blanches et n'est donc manifestement pas apte à accueillir l'un des événements sportifs mondiaux les plus prestigieux et pluriculturels.
Pourtant, malgré tout, si l'on compare l'attention médiatique accordée aux crimes des États-Unis en tant que pays hôte de la Coupe du monde à celle accordée au Qatar, à la Russie ou au Brésil, où en est-on des reportages sur les violations des droits humains commises par les États-Unis ? Où sont les émissions spéciales télévisées sur la répression américaine et les politiques de meurtres de masse ? Que sont devenus les éditoriaux indignés sur la violence armée dans les quartiers défavorisés ? Où sont passées les protestations des équipes nationales contre la politique du pays hôte ?
L'équipe allemande se bâillonne pour protester contre le manque de liberté d'expression au Qatar
L'hypocrisie flagrante affichée n'est qu'une nouvelle condamnation des libéraux dépourvus de valeurs, et démontre à quel point les sujets de l'empire, qu'ils soient journalistes ou athlètes, ferment les yeux sur ses crimes. Quand on sait n'avoir rien à craindre, rien n'est plus simple que de dénoncer les étrangers depuis le cœur même de l'empire. Mais il est bien plus délicat de défendre des principes éthiques susceptibles de vous attirer les foudres de vos dirigeants et de ceux qui vous engraissent.
Mais dans bien des cas, la réalité est probablement bien plus simple et plus effrayante que ça. Il est plus probable que beaucoup, au cœur même de l'empire, approuvent et soutiennent tout simplement la violence impériale. Que le Qatar et la Russie imposent des politiques liberticides aux homosexuels est, pour beaucoup, pire que le génocide des Palestiniens, ces "damnés de la Terre", une population considérée comme fondamentalement sous-humaine par les impérialistes.
La Coupe du monde est l'illustration par excellence de l'impunité dont jouissent les impérialistes pour commettre leurs crimes.
En 2017, lorsque la candidature des États-Unis en tant qu'hôte potentiel a suscité des craintes, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a déclaré :
"Toute équipe, qu'il s'agisse des supporters ou des officiels, qualifiée pour la Coupe du monde doit pouvoir accéder au pays, sinon la Coupe du monde n'aura pas lieu. C'est évident. Les conditions requises sont claires".
Mais aujourd'hui, alors que les arbitres et le personnel des équipes accrédités par la FIFA se voient interdire l'accès au pays, le lâche Infantino affirme que ces questions relèvent entièrement de la responsabilité du pays hôte.
Aucune conséquence, aucune condamnation. Juste l'impunité totale de l'empire.
La FIFA a exigé des précédents pays hôtes de la Coupe du monde qu'ils adoptent des lois spéciales pour contourner toutes sortes de réglementations afin d'assurer le bon déroulement des éditions passées.
L'Afrique du Sud a adopté une loi sur les mesures spéciales exigée par la FIFA, tandis que le parlement brésilien a adopté et codifié en 2013 une loi générale sur la Coupe du monde de 900 pages couvrant absolument tout, des dispositions pénales aux procédures de visa en passant par la liberté de la presse. Mais aucune exigence de ce type n'a été imposée aux États-Unis, le régime pouvant interdire l'entrée à qui bon lui semble, y compris aux arbitres de la FIFA et au personnel des équipes.
L'empire bénéficie de l'impunité pour ses agissements de la part d'autres impérialistes comme Infantino dont la politique est fondamentalement identique. Selon eux, l'empire blanc est dispensé de promulguer des lois spéciales pour la Coupe du monde, car sa gouvernance est non seulement adaptée à l'objectif, mais infiniment supérieure. Lorsque l'empire exerce son pouvoir et son autorité, ces derniers, à la différence des pouvoirs exercés aux marges, sont, par définition légitimes.
Tout cela réveillera peut-être les consciences dans le monde du sport, mais c'est peu probable, car cette affaire ne concerne pas seulement la FIFA ou le football. Ce que nous constatons à l'occasion de cette Coupe du monde touche au cœur même de l'empire et du système de valeurs qui le sous-tend.
Nous n'assistons qu'au racisme, à l'hypocrisie et la double morale qui resurgissent toujours lorsque les principes libéraux proclamés se heurtent aux réalités impériales.
Non, ce fiasco ne fera pas bouger la FIFA, mais il devrait nous rappeler que l'empire n'est qu'une entité illégitime et un concept en faillite qui, une fois démantelé, signera aussi de facto la fin de la FIFA.
Nate Bear
Article original en anglais : The Most Racist World Cup In History, ¡Do Not Panic ! le 9 juin 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
La source originale de cet article est ¡Do Not Panic!
Copyright © Nate Bear, ¡Do Not Panic!, 2026
Par Nate Bear
