
Par Franck Pengam, le 26 mai 2026
- Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, a déclaré lors d'une cérémonie à Tel Aviv que les Libanais devraient remercier Israël pour la clé USB, le GPS, la tomate cerise et la pastèque sans pépins, et "franchir la frontière pour serrer la main" de leurs voisins.
- Ces propos interviennent alors que le ministère de la Santé libanais recensait 3 151 morts depuis le 2 mars, dont 123 médecins et secouristes, au moins 210 enfants et près de 300 femmes, selon les chiffres cités dans l'article.
- Huckabee a affirmé dans un entretien avec Tucker Carlson qu'Israël aurait le droit, au nom du livre de la Genèse, d'étendre ses frontières du Nil à l'Euphrate - une position que l'article qualifie de programme théocratique habillé en langage diplomatique.
- L'article analyse le discours sur les pastèques sans pépins comme l'expression d'une logique coloniale classique, dans laquelle une puissance invite les victimes d'un conflit à se montrer reconnaissantes envers ceux qui le mènent contre elles.
- Dans quel sens faut-il lire la nomination d'un sioniste chrétien revendiqué comme représentant officiel des États-Unis auprès d'Israël, alors que Washington soutient simultanément la guerre contre l'Iran et qu'Ormuz serait désormais fermé ?
Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël, a prononcé le 12 mai dernier un discours lors des Atlas Awards à Tel Aviv, dont une séquence vidéo circule désormais largement en ligne. Il y conseillait aux Libanais de remercier Israël pour ses prétendues contributions à leur quotidien : la clé USB, la navigation par GPS, la tomate cerise et la pastèque sans pépins.
"Je me demande si tout le monde au Liban comprend que s'il n'y avait pas Israël, ils n'auraient pas de téléphone portable", a-t-il déclaré, ajoutant que les Libanais devraient "franchir la frontière, leur serrer la main et dire merci".
Ces propos ont provoqué une vague d'indignation, et ils le méritent amplement.
Car pendant que l'ambassadeur américain célébrait les vertus de la tomate cerise à Tel Aviv, le ministère de la Santé libanais recensait 3 151 morts depuis le 2 mars dernier, dont 123 médecins et secouristes, au moins 210 enfants et près de 300 femmes. Des milliers de déplacés qui tentaient de regagner leurs foyers dans le sud du pays ont été pris pour cibles. La frontière méridionale du Liban, celle-là même que Huckabee invite les Libanais à "franchir" pour exprimer leur gratitude, est soumise à des bombardements intenses. Ce décalage entre le ton presque publicitaire de l'ambassadeur et la réalité de la guerre menée par Israël sur le territoire libanais n'est pas simplement choquant : il révèle une forme de déni institutionnel qui mérite d'être nommée.
GÉOPOLITIQUE PROFONDE@GPTVoff Bombardés par Israël, les Libanais devraient dire merci : voilà le fond du discours hallucinant de Mike Huckabee. Pendant que le Liban compte ses morts, l'ambassadeur américain en Israël vante les téléphones, les clés USB, le GPS, les tomates cerises et les pastèques sans pépins. 5:23 AM · May 26, 2026 · 1.36K Vues -- 8 Réponses · 33 Reposts · 71 Likes
Une théologie expansionniste déguisée en diplomatie
Mike Huckabee n'est pas un diplomate ordinaire. C'est un sioniste chrétien revendiqué, dont les positions sur le conflit moyen-oriental sont explicitement fondées sur sa lecture des Écritures. Dans un entretien accordé au présentateur Tucker Carlson, il a affirmé qu'Israël aurait le droit, au nom du livre de la Genèse, d'étendre ses frontières jusqu'à couvrir l'ensemble du Moyen-Orient, du Nil à l'Euphrate. Interrogé sur ce point, il a répondu sans ambiguïté : "Ce serait très bien s'ils prenaient tout". Ce n'est pas une analyse géopolitique : c'est un programme théologico-politique d'expansion territoriale, maquillé en diplomatie américaine.
"Je me demande si tout le monde au Liban comprend que s'il n'y avait pas Israël, ils n'auraient pas de téléphone portable. Je me demande s'ils comprennent que chaque fois qu'ils utilisent une clé USB, chaque fois qu'ils utilisent la navigation GPS, chaque fois qu'ils mangent une tomate cerise ou qu'ils savourent une bouchée délicieuse de pastèque sans pépins, au lieu de dire 'je ne peux pas parler à ces gens-là', ils devraient franchir la frontière, leur serrer la main et dire merci".
Que cet homme soit aujourd'hui le représentant officiel de la première puissance mondiale auprès de l'État d'Israël n'est pas un détail anecdotique. C'est un signal envoyé à toute la région sur la nature réelle de la politique américaine au Moyen-Orient : il ne s'agit plus seulement d'un soutien stratégique à un allié, mais d'une adhésion assumée à une idéologie d'expansion territoriale présentée comme une mission divine. Huckabee a par ailleurs soutenu activement la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l'Iran, un conflit désormais enlisé, alors que la fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran menace l'un des points de passage énergétiques les plus critiques du monde.
Le discours sur les pastèques sans pépins n'est pas qu'une gaffe. Il traduit une vision du monde dans laquelle les victimes d'une guerre sont sommées de se montrer reconnaissantes envers ceux qui la mènent contre elles. C'est une logique coloniale dans sa forme la plus nue : vous souffrez, certes, mais regardez comme nous vous avons apporté la civilisation. Que cette posture soit tenue par un représentant officiel des États-Unis, depuis un gala de remise de prix à Tel Aviv, pendant que les bombes continuent de tomber sur le Liban, dit quelque chose de profond et d'inquiétant sur l'état réel de la politique étrangère américaine dans cette région du monde.
On peut discuter des intérêts stratégiques américains en Israël, des équilibres régionaux et des calculs de puissance. Ce sont des débats légitimes et nécessaires. Mais lorsqu'un ambassadeur en exercice recommande à un peuple meurtri d'exprimer sa gratitude pour des innovations technologiques dont il bénéficierait, pendant que ses enfants sont tués par l'armée de l'État qu'il défend, il ne fait plus de diplomatie. Il déroule une propagande impériale, glaciale, indécente, qui transforme la souffrance des peuples en argument de communication.