par Alfredo Jalife-Rahme
Tous les observateurs convergent vers cette constatation : seul Israël tente de faire échouer le mémorandum d'Islamabad. Ils divergent cependant sur un point : doit-on considérer que c'est Israël ou que c'est la coalition de Benyamin Netanyahou ? Cette distinction conduit à imaginer soit une paix stable, soit simplement une trêve.

Pour que les États-Unis et l'Iran soient sur le point de signer le "mémorandum d'Islamabad" [1]"il a dû se produire quelque chose de très grave lors des escarmouches les plus récentes autour du détroit d'Ormuz : l'abattage sous drapeau réel ou sous faux drapeau d'un hélicoptère états-unien dans les eaux iraniennes ; la destruction de deux réservoirs d'eau en Iran ; les bombardements iraniens de bases US à Bahreïn/Koweït/Jordanie avec probablement la destruction d'une base d'avions F-15 ; la fermeture complète du détroit d'Ormuz ; la hausse des prix des hydrocarbures et la baisse des marchés boursiers, etc.
À mon avis, les deux facteurs les plus graves au vu des allers et retours entre les États-Unis et l'Iran étaient la chute des marchés boursiers, avec la hausse des hydrocarbures et la destruction de deux réservoirs d'eau iraniens [2]. Il est clair que les deux puissances nucléaires, l'une majeure (les États-Unis) et l'autre moyenne (Israël), sont militairement supérieures à l'Iran, qui se défend grâce à sa"guerre asymétrique"réussie.
La Brookings Institution soutient que"c'est l'eau, et non le pétrole, qui est la ressource la plus précieuse du Moyen-Orient" [3]". Dans mon entretien avec la chaîne espagnole NegociosTV, j'ai soutenu que parmi les "guerres invisibles multidimensionnelles" qui se sont condensées dans le détroit d'Ormuz les guerres de l'eau [4] figurent en bonne place".
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, commente que"Téhéran reste pessimiste quant aux échanges diplomatiques avec les États-Unis en raison du bilan de Washington, qui revient régulièrement sur ses engagements [5]". L'ancien diplomate britannique Alastair Crooke souligne le poids à la fois de la"crise économique au bord du gouffre"aux États-Unis et le poids de la"défaite stratégique"d'Israël [6].
Les trois phases de la guerre régionale se sont additionnées dans le détroit d'Ormuz : militaire/géoéconomique/géofinancière. Le quotidien britannique The Telegraph, très hostile à l'Iran, fait état de fuites selon lesquelles les Émirats arabes unis rendraient à l'Iran une partie de leurs fonds saisis en échange de l'arrêt des bombardements [7].
Pendant ce temps, l'ancien commandant de la marine israélienne, Eliezer Marom, déclarait :"Nous avons vu ce que les missiles iraniens peuvent causer, aussi limités soient-ils"dès lors que"les dégâts en Israël sont énormes". Eliezer Marom a ajouté qu'une partie importante de ces dégâts"n'est pas visible pour les Israéliens, à cause de la censure militaire [8]".
Parallèlement, le célèbre géopoliticien et universitaire de l'Université de Chicago, John Mearsheimer, a averti :"Israël est capable de lancer une attaque nucléaire contre l'Iran s'il perd la guerre"et propose comme"seule solution de désarmer Israël... ou d'en finir complètement avec son existence", car"le monde ne peut accepter un fardeau aussi lourd" [9]".
Theodore Postol, universitaire éminent au MIT et ancien conseiller du Pentagone, déclare : "Israël est la plus grande menace nucléaire au Moyen-Orient ; les Iraniens sont dans une position prépondérante pour causer du tort à Israël" par "toute une génération de nouveaux missiles ininterceptables", au point que "la survie d'Israël pourrait finir par être remise en question [10]".
Tucker Carlson, le commentateur télévisé le plus regardé aux États-Unis, souligne que Trump, pour qui il avait été un propagandiste généreux pendant la campagne, se trouve pris en otage par Israël et ne parvient à exécuter que les instructions de Netanyahou, lequel est capable de saboter tout arrangement entre les États-Unis et l'Iran [11].
Le journal francophone libanais et anti-Hezbollah L'Orient Le Jour se demande si l'accord de Trump avec l'Iran constitue "une irruption diplomatique ou une simple trêve régionale" alors que "entre menaces militaires et diplomatie, le projet de mémorandum cherche avant tout à éviter un nouvel incendie mais sans régler les différends fondamentaux [12]". L'Orient Le Jour est plus enclin à y voir une "trêve" - coïncidant peut-être avec la durée de la Coupe du Monde de 39 jours - alors que la "performance souhaitable pour l'application du mémorandum" serait de 60 jours.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " Trump says Iran peace deal to be signed Sunday, opening Hormuz", AFP, June 13, 2026.
[2] " Analysis of Satellite Image and Videos Suggest Precision U.S. Strikes on Iranian Water Facility", Christoph Koettl & Christiaan Triebert, The New York Times, June 10, 2026.
[3] " Water, not oil, is the Middle East's most precious commodity", Scott M. Moore, Brookings Institution, May 18, 2026.
[4] " Trump rompe el tablero : ¿adiós al acuerdo de paz ? ", Alfredo Jalife, YouTube, 13 de junio de 2026.
[5] " Tehran pursuing diplomacy with 'pessimism' ; no Geneva visit planned : FM spox", PressTV, June 13, 2026.
[6] " The Growing Crisis Inside Israel EXPLAINED (w/ Alastair Crooke) ", The Chris Hedges YouTube Channel, June 13, 2026.
[7] " UAE 'to hand Iran billions of dollars in exchange for halting strikes'", Sophia Yan, The Telegraph, June 13, 2026.
[8] " @MayadeenEnglish", Al Mayadeen English, X, June 13, 2026.
[9] " @GlobalIJournal", Global Insight Journal, X, June 12, 2026.
[10] " @GUnderground_TV", Going Underground, X, June 13, 2026.
[11] " Israel About To Find Out"They're Not A Superpower"- Tucker Carlson On Iran War ", Mario Nawfal, YouTube, June 13, 2026.
[12] " Trump annonce un accord avec l'Iran : une percée diplomatique ou une simple trêve régionale ?", Dany Moudallal, L'Orient-Le Jour, le 12 juin 2026.