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 Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères annonce la finalisation du mémorandum d'entente avec les États-Unis, qui sera signé à Genève vendredi.

16/06/2026 ssofidelis.substack.com  15min #317260

 Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères annonce la finalisation du mémorandum d'entente avec les États-Unis, qui sera signé à Genève vendredi.

L'Iran et l'erreur fatale du pacte avec le diable

Par Karim pour  BettBeat Media, le 14 juin 2026

Tous les mouvements de résistance s'étant assis à la table de l'empire en sont ressortis en tant qu'exécutants. Et aujourd'hui, l'Iran est invité à cette même table.

J'ai écouté aujourd'hui le  monologue d'Alon Mizrahi qui se demande, avec une frustration frôlant l'angoisse : "Pourquoi négocier avec le Mal ?" Cette question m'a interpellé, car elle aborde avec franchise que la plupart des commentateurs s'efforcent d'éviter un sujet qui me taraude depuis très longtemps : pourquoi négocier avec le Mal ?

Pourquoi, alors que tous les enseignements de l'histoire et toutes les preuves accumulées s'y opposent, continuons-nous à revenir à la même table, à nous asseoir face au même sourire, et à nous convaincre que cette fois, l'issue sera différente ?

J'en suis venu à croire que la réponse n'est ni stratégique ni politique. Elle est psychologique.

Le syndrome de Stockholm

Nous sommes tous atteints d'une même pathologie. Nous, les gens normaux. Je l'appelle le "syndrome de Stockholm" vs la psychopathie. Nous croyons pouvoir convaincre le psychopathe de nous épargner, de nous considérer comme son égal, comme un partenaire de négociation. Nous savons que le psychopathe est impitoyable, nous avons constaté ses méthodes d'intimidation et sa façon de traiter quiconque se trouve en travers de sa route - et pourtant, une petite voix douce et désespérée en nous nous convainc que cette fois, ce sera différent. Si nous nous comportons bien, si nous parlons poliment, si nous accordons les bonnes concessions et lui montrons que nous méritons son estime, il finira par nous considérer comme son égal. Il nous épargnera. Il nous laissera la vie sauve.

Mais il ne le fera pas. Il ne l'a jamais fait. Et il ne le fera jamais. Ce n'est pas le genre des psychopathes. C'est même la définition précise de ce qu'ils sont incapables de faire.

L'esprit colonisé souffre de la même pathologie, mais à l'échelle des civilisations. Les classés "non blancs" ont été traqués, asservis, divisés, affamés, bombardés et massacrés sans interruption depuis cinq cents ans, et pourtant - pourtant - persiste dans le monde colonisé ce fantasme obsédant et infantile selon lequel un jour, nous pourrons tous chanter Kumbayah, my lord avec l'Occident. Que si l'Iran est assez conciliant, si la Chine ouvre assez de marchés, si l'Afrique signe assez d'accords commerciaux, si les gouvernements arabes s'humilientt suffisamment, le joug sera levé. Les médias se mettront en pause. Et le sourire de l'autre côté de la table des négociations sera, cette fois-ci, très sincère.

Mais il ne sera pas réel. Il ne l'a jamais été. Le sourire relève du domaine médiatique. Le sourire, c'est la presse sous sa forme la plus perfide. Et la grande tragédie de notre époque tient à ce que certains des peuples les plus héroïques de la terre - ceux qui ont versé leur sang au nom de leur indépendance, ceux qui ont forgé des révolutions sur la conviction fondamentale que l'Occident ne changera pas - se laissent aujourd'hui progressivement séduire par la promesse de ce sourire.

L'Iran est aujourd'hui entraîné dans cette direction. Et ceux d'entre nous qui observent la situation du dehors, qui ont assisté ces trois dernières années au génocide en Palestine et à la destruction systématique de toutes nos illusions sur le prétendu "ordre international fondé sur des règles", ont le devoir de dire clairement ce qui se passe. Pas parce que les Iraniens auraient besoin qu'on leur dise, mais parce que nous devons le dire. Les Iraniens savent. Ils l'ont toujours su. Parce que ce que nous connaissons le mieux est précisément ce que nous avons tendance à oublier quand la pression se fait insoutenable.

L'OLP était admirée, crainte, courtisée. Puis vinrent les accords d'Oslo. Ensuite la reconnaissance. Puis les poignées de main sur la pelouse de la Maison Blanche. Et que reste-t-il de l'OLP aujourd'hui ? Une force de police auxiliaire qui arrête des enfants palestiniens au nom de l'occupant.

Le grand enseignement du XXe siècle : négocier avec le Mal pervertit la résistance

Les faits historiques sur ce point ne laissent planer aucun doute. Il s'agit, en réalité, de l'un des schémas les plus constants et les plus brutaux de l'ère moderne. Chaque État arabe, chaque mouvement de résistance, chaque projet de libération nationale qui s'est laissé entraîner dans des "négociations" avec Israël et les États-Unis n'est pas sorti de ces négociations en partenaire respecté, mais en tant que cadavre.

Prenons l'exemple de l'Égypte. En 1967, l'Égypte était le symbole de la dignité arabe. Son gouvernement aurait emprisonné un citoyen pour le simple fait d'avoir répondu à un appel téléphonique d'un Israélien. En 1979, Anouar el-Sadate s'était convaincu, et avait tenté de convaincre son peuple, qu'il menait des négociations difficiles à Camp David - qu'il était un patriote obtenant des concessions, récupérant le Sinaï, garantissant la paix. Aujourd'hui, l'Égypte est le principal sous-traitant du siège de Gaza. Les services du renseignement égyptiens traquent et emprisonnent les Égyptiens qui manifestent leur solidarité avec les Palestiniens. Les gardes-frontières égyptiens tirent sur des Gazaouis affamés tentant de fuir le carnage. L'État égyptien, qui incarnait autrefois le nationalisme arabe, n'est plus aujourd'hui qu'un mécanisme d'application du sionisme qu'il avait pourtant juré de combattre.

Mizrahi affirme que l'Organisation de libération de la Palestine est un exemple similaire. Dans les années 1970, Yasser Arafat s'est adressé à l'Assemblée générale des Nations unies et a été reçu dans les capitales européennes en tant que symbole de la résistance légitime. L'OLP était admirée, redoutée, courtisée. Puis vinrent les accords d'Oslo. Ensuite la reconnaissance. Puis les poignées de main sur la pelouse de la Maison Blanche. Et que reste-t-il de l'OLP aujourd'hui ? Une force de police auxiliaire qui arrête des enfants palestiniens au nom de l'occupant, tandis que ses responsables vivent dans des villas financées par le pouvoir même qui rase au bulldozer les maisons de ceux qu'ils prétendent représenter.

Prenons le Hezbollah. Considérons la lente dérive de la confrontation absolue vers un accommodement politique, vers des "règles d'engagement", vers l'acceptation implicite que le colonisateur s'est définitivement implanté. Les attaques par beepers ne se sont pas sorties de nulle part. Elles ont frappé une organisation qui s'est permis pendant des années de croire qu'une forme de coexistence stable avec Israël était possible - qu'il existait des limites que l'ennemi ne franchirait jamais, des accords que l'ennemi respecterait. L'ennemi a franchi toutes les limites. L'ennemi n'a rien respecté. Parce que l'ennemi ne le fait jamais.

Le schéma est si constant qu'il cesse d'être un schéma pour devenir loi. Négocier avec ce type particulier de Mal n'est pas la voie vers la paix. C'est un mécanisme qui digère, transforme et régurgite une résistance devenue collaboration. C'est la lente alchimie par laquelle le capitalisme s'infiltre dans la culture de la résistance - une villa par-ci, une aide financière par-là, un contrat de conseil, une fille dans une université de l'Ivy League, un million de dollars viré sur un compte dont personne ne parle - jusqu'à ce que, avant même que quiconque ait vraiment pu réaliser de ce qui se passe, toute une classe de compradores se cristallise au sein même du corps de la résistance.

Une classe qui se pare du langage du libérateur tout en exécutant, dans tous les domaines, les ordres de l'Empire. Une classe qui ne peut littéralement se permettre que la lutte aboutisse vraiment, car sa propre existence matérielle dépend désormais de la gestion perpétuelle de la lutte plutôt que de sa résolution (comme les royaumes du Golfe).

Il ne s'agit pas de la défaillance morale d'individus spécifiques. C'est une certitude structurelle. Placez des êtres humains dans un processus conçu pour les corrompre, et un pourcentage prévisible d'entre eux sera corrompu. Prolongez ce processus sur des décennies, et les corrompus s'élèveront au sommet, car le système les récompense et punit tous les autres. Les incorruptibles sont ignorés, marginalisés, parfois même tués. Les plus malléables sont promus. Et l'organisation qui a vu le jour en tant que vecteur de libération a été vidée de sa substance et remplacée par quelque chose de très différent, tout en conservant son nom d'origine.

Une nation de colonisateurs occidentaux, blancs et européens qui s'emparent des terres d'autrui sur tout un continent à l'autre bout du monde n'a aucun droit, aucun pouvoir, aucune légitimité en Asie occidentale.

Ce que "négocier" veut vraiment dire

Lorsqu'un pays comme l'Iran s'assoit à la table des négociations face aux États-Unis en 2026, les choses doivent être claires : ces États-Unis-là ont, en pleine connaissance de cause, financé, armé et défendu politiquement le massacre délibéré de dizaines, voire de centaines de milliers d'enfants palestiniens. Ce n'est pas un événement diplomatique banal. Ce ne sont pas deux États ajustant leurs intérêts grâce au dialogue.

Je suis d'accord avec Mizrahi lorsqu'il affirme que les négociations légitiment le partenaire de négociation. Lorsque vous vous asseyez face à quelqu'un, vous annoncez à votre propre peuple et au monde entier que cette entité est légitime, qu'il s'agit d'un interlocuteur de bonne foi, que ses préoccupations méritent d'être prises en compte et que sa présence dans votre région doit être gérée plutôt que rejetée. S'asseoir à la table des négociations implique que les États-Unis seraient en droit de poser des exigences. Ou, à tout le moins, en droit de demander. Le droit de participer aux décisions en Asie occidentale.

Mais les États-Unis n'ont aucune légitimité en Asie occidentale. Pas la moindre. Ils n'ont aucun droit historique, géographique, éthique ou politique sur le moindre grain de sable entre la Méditerranée et l'Hindu Kush. Une nation de colons occidentaux, blancs et européens qui ont pillé les terres d'autrui sur tout un continent à l'autre bout du monde n'a aucun droit, aucun pouvoir, aucune légitimité en Asie occidentale. Elle n'est là qu'en tant qu'occupante, pyromane et voleuse. Elle s'y trouve grâce à sa puissance militaire, et pour aucune autre raison valable.

C'est ce que l'Égypte n'a pas compris en 1977. C'est ce que l'OLP n'a pas compris en 1993. C'est ce que tous les mouvements de résistance vaincus ont échoué à saisir jusqu'au stade de leur dissolution. La négociation n'est pas le moyen d'aboutir à un résultat. La négociation est le résultat. Dès l'instant où vous signez quoi que ce soit, on perd déjà ce qui comptait le plus.

La mentalité coloniale

Le syndrome de Stockholm décrit plus haut n'est pas une fioriture rhétorique. C'est la description clinique de ce qui arrive à la psyché humaine lorsqu'elle est exposée de manière prolongée au pouvoir qui tient le fusil. Le captif commence, contre toute évidence et toute logique, à s'identifier à son ravisseur. À rechercher son approbation. À croire qu'un bon comportement sera récompensé. À rationaliser la cruauté du ravisseur envers autrui qui, à coup sûr, ne s'abattra pas sur lui.

À l'échelle des nations, cette pathologie se manifeste par la mentalité coloniale, et il faut la nommer sans hésiter. C'est la croyance persistante, quasi incurable chez les colonisés, qui veut que si l'on parvient à faire bonne impression, à parler la bonne langue, à faire les bonnes concessions et à se montrer raisonnable, la puissance coloniale accordera enfin reconnaissance, dignité et respect. Cette croyance n'est pas l'apanage de la classe des compradores. Elle s'infiltre au sein même des mouvements de résistance. Elle chuchote aux oreilles des dirigeants révolutionnaires dans les moments difficiles. Elle leur souffle que cette fois, grâce à ces conditions particulières, les choses seront forcément différentes.

Mais elles ne le seront pas. Elles ne l'ont jamais été. Et ne le seront pas davantage aujourd'hui.

Le système impérialiste occidental - j'utilise délibérément le terme "système", car nous ne parlons pas d'individus mal intentionnés, mais d'une machine complexe associant capital, puissance militaire, idéologie raciale et domination culturelle - ne reconnaît la légitimité d'aucune société qu'il ne contrôle pas. Il en est incapable. Reconnaître la légitimité d'un Iran, d'une Chine ou d'une Afrique indépendants, revient à saper le principe fondateur du système même. Le système fonctionne précisément pour nier cette légitimité. Attendre de ce système qu'il accorde sa reconnaissance, c'est comme attendre du feu qu'il cesse de brûler. Ce rejet n'est pas motivé par la malveillance. Il n'est motivé que par la nécessité de préserver le système.

Voilà pourquoi les "accords" avec un tel système présentent toujours la même structure. La partie colonisée offre des concessions concrètes et irréversibles : désarmement, accès au marché, reconnaissance du rôle régional du colonisateur, restrictions de la souveraineté. Le colonisateur, lui, ne propose que des promesses vagues et réversibles : un allègement de sanctions qui peuvent être réimposées, un engagement économique révocable à tout moment, des garanties de sécurité caduques. La partie colonisée s'en trouve affaiblie. Le colonisateur, lui, en ressort renforcé. Puis, lorsque la partie colonisée est suffisamment affaiblie, le colonisateur rompt complètement l'accord, accuse la partie colonisée de diverses violations et passe à l'étape suivante de ce long dessein de destruction.

Nous avons si souvent assisté à ce scénario qu'il serait naïf de prétendre le contraire à ce stade. Ce serait de l'auto-aveuglement volontaire. Le syndrome de Stockholm exprimé par ces hommes d'État.

S'allier au Grand Satan.

Un danger particulièrement insidieux caractérise la négociation, car il détruit les sociétés de l'intérieur bien avant toute attaque extérieure. Lorsqu'un État révolutionnaire engage des négociations prolongées avec la puissance qu'il a initialement combattue, il crée une contradiction interne qui ne pourra, à terme, qu'être résolue par la force.

La contradiction est la suivante : la légitimité de l'État repose sur l'identification de l'ennemi comme étant le Mal absolu, incurable, le Grand Satan. Cette identification n'est pas une simple figure de style. C'est l'essence même de la revendication de l'État en matière de loyauté et de sacrifice de son propre peuple. Les mères qui ont envoyé leurs fils au combat, les familles qui ont enduré les sanctions, les scientifiques assassinés - tous ont consenti ces sacrifices avec la conviction que cet ennemi n'est pas du genre à qui l'on tend la main.

Et lorsqu'il se décide à serrer cette main, l'État doit penser aux millions de citoyens qui ont cru en son idéologie fondatrice. Il doit, d'une manière ou d'une autre, les réconforter. Et, à terme, lorsque les discours rassurants ne suffisent plus, il devra les réprimer. Les forces révolutionnaires qui ont fondé et protégé l'État deviennent alors un obstacle à sa nouvelle orientation. Les Basij, le Corps des gardiens de la révolution islamique et l'establishment religieux - des institutions nées précisément du rejet de tout compromis avec l'Occident - doivent désormais être réorientées, recyclées ou remplacées. Et dans ce processus, l'âme du pays sera consumée.

C'est ainsi que l'Égypte est devenue une prison pour son propre peuple. C'est ainsi que l'Autorité palestinienne est devenue le bras armé de son propre oppresseur. C'est la raison pour laquelle l'Arabie saoudite emprisonne les militants palestiniens. Ce schéma n'est pas fortuit. C'est la conséquence inévitable de la tentative de concilier deux engagements incompatibles : d'une part, l'identification révolutionnaire de l'ennemi comme étant le Mal, et d'autre part, l'approche diplomatique impliquant de traiter l'ennemi comme un partenaire légitime.

L'Iran se trouve actuellement à deux doigts de cette contradiction. Sa survie va dépendre de sa capacité à la surmonter.

Ce qu'exige vraiment la résistance

Je tiens à être clair sur ce que j'avance, car certains y verront de l'extrémisme, du fanatisme, et le romantisme irresponsable de quelqu'un qui n'a pas à prendre de décisions d'État.

Je soutiens qu'il existe des formes du Mal avec lesquelles aucun compromis n'est possible. Non pas que le compromis soit moralement répréhensible - bien qu'il le soit - mais parce que le compromis ne fonctionne pas. Négocier ne garantit pas les résultats promis par ses partisans. Négocier ne conduit qu'à des résultats radicalement opposés, entraînant le déclin de la partie conciliante.

Je soutiens que les États-Unis et Israël, tels qu'ils se révèlent depuis ces trois dernières années, mais aussi depuis le début du siècle dernier, relèvent de cette catégorie du Mal. Non pas que chaque Américain ou Israélien soit mauvais - beaucoup sont des gens ordinaires, piégés dans des systèmes qu'ils n'ont pas conçus -, mais parce que les systèmes politiques eux-mêmes ont démontré, au-delà de tout doute raisonnable, être organisés autour du déni d'humanité d'autrui. Un système politique qui finance la famine délibérée d'enfants pendant près de trois ans ne peut être amendé par le dialogue. C'est un système auquel il faut s'opposer, qu'il faut stopper, contenir et, en fin de compte, éradiquer.

Je soutiens que la seule résistance efficace contre un tel système doit être totale. Totale dans son refus de toute légitimité. Totale dans son refus de tout contact. Totale dans son boycott des institutions, des produits, des plateformes et des productions culturelles. Totale, enfin, dans son engagement à élaborer des structures parallèles indépendantes du consentement du système. Toute autre approche revient à collaborer.

C'est difficile, impopulaire, exigeant des sacrifices que la plupart des gens ne sont pas prêts à consentir. L'Iran d'aujourd'hui, reconnu comme un interlocuteur légitime, n'existerait pas sans ceux qui ont refusé de signer l'accord ces quarante-cinq dernières années. Le jour où l'Iran finira par signer cet accord, ces gens deviendront un problème à gérer plutôt que l'un des fondements du pays.

Pour conclure

J'écris ces lignes sans me faire d'illusions : je ne révèle rien aux Iraniens qu'ils ne sachent déjà. Cette histoire est davantage la leur que la mienne. La sagesse que j'invoque est celle qui s'est répandue depuis Téhéran et Qom vers le reste du monde. Ce texte est plutôt la lettre de solidarité d'un étranger adressée aux Iraniens ayant conscience des enjeux. C'est-à-dire la partie à laquelle on demande actuellement, avec une urgence croissante, de se taire, d'être patiente et de se fier aux décisions des dirigeants.

Peut-être savent-ils ce qu'ils font. Peut-être y a-t-il un calcul qui m'échappe. Je suis prêt à accorder le bénéfice du doute à des hommes politiques qui ont démontré à maintes reprises leur sérieux et l'amour de leur pays.

Mais les réalités historiques et géopolitiques n'autorisent pas un tel bénéfice du doute quant au processus lui-même. Le processus de négociation avec cet ennemi est intrinsèquement grave, quelles que soient les intentions de ceux qui s'y engagent. Il entraîne les sociétés sur des trajectoires sous-estimées par leurs dirigeants. Il ouvre des brèches où s'infiltre le poison de l'Empire. Il corrompt. Il dissout. C'est un poison à action lente qui a tué toute résistance chez ceux qui l'ont avalisé.

Le psychopathe ne négocie pas. Il ne recourt à la négociation que pour mieux capturer sa proie. Et le captif qui tombe dans le panneau - qui croit voir de l'autre côté de la table le partenaire égal qu'il a toujours rêvé d'être - est un captif qui ne survivra pas aux ténèbres.

L'Iran a survécu aux assassinats, au sabotage, aux sanctions et à la guerre déclarée. La question est maintenant de savoir s'il peut survivre à une poignée de main.

J'espère de tout cœur qu'il y parviendra. Et plus encore qu'il n'aura pas à devoir s'y résoudre.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com