Par Philip Giraldi
Pas une semaine ne s'écoule à Washington sans un nouveau sursaut de "trumpisme", soit la détermination affichée par le président de transformer notre république constitutionnelle en une incarnation de l'univers selon Trump qui honore et glorifie, comme il l'a récemment déclaré, "[moi]-même". La vanité trumpienne s'est manifestée notamment par son "Arc de Tr(i)ump" à Arlington, sa tentative de renommer le Kennedy Center, sa mainmise sur l'Institut de la paix, son appropriation des terrains de golf publics du District de Columbia, ainsi que par une déclaration faite il y a deux semaines selon laquelle il continue d' envisager de s'attribuer la Médaille d'honneur du Congrès. Comment un réfractaire à la conscription peut-il formuler une telle proposition reste un mystère, car il faut avoir servi dans les forces armées des États-Unis d'Amérique pour y prétendre.
La semaine dernière a été marquée par deux illustrations étranges de la façon dont Donald Trump peut détourner les fonctions ordinaires du gouvernement pour s'auto-glorifier. Tout d'abord, le désastre du miroir d'eau du Lincoln Memorial : le président a embauché illégalement, sans appel d'offres, un proche politique pour vidanger, repeindre, puis rafraîchir la surface de ce plan d'eau pour l'assortir à sa couleur de prédilection, le "bleu USA". Comme on pouvait s'y attendre, les travaux se sont soldés par un échec cuisant et ont largement dépassé le budget prévu. On s'est en outre très vite aperçu que la peinture s'écaillait et flottait à la surface, tandis que le produit utilisé pour imperméabiliser les travaux présentait des fuites et que des algues s'étaient mises à proliférer. Le résultat a été si toxique que des canards qui se sont posés à la surface de l'eau en sont morts ! Trump, qui avait affirmé que la nouvelle finition était si résistante qu'elle ne pouvait même pas être entaillée par un couteau, a immédiatement pointé du doigt des vandales armés de lames, qui se sont avérés inexistants. Ce qui "a existé" en revanche, c'étaient des photos de Trump dans sa limousine officielle blindée, fortement surchargée, accompagnée d'autres véhicules similaires en convoi, traversant le chantier avant que la nouvelle surface recouvrant la piscine non remplie n'ait eu le temps de sécher, permettant de supposer raisonnablement que ce sont le président et ses acolytes cérébralement morts qui ont en réalité causé les dégâts.
L'autre incident embarrassant a concerné l'apparition du nouveau passeport américain commémorant le cent cinquantenaire des États-Unis, sur lequel figure, en page intérieure, une photo de Donald Trump lançant un regard noir au titulaire, poings serrés. Bon, aucun président en exercice n'a jamais cherché à figurer sur un passeport délivré par notre gouvernement, en théorie républicain et constitutionnel, mais les critiques se sont immédiatement jetés sur un autre point invisible à première vue sur ce document. Apparemment, une mise en garde figurera également à l'intérieur du passeport : "Bienvenue, mais comportez-vous bien !", ce qui suggère plutôt que Donald Trump - ou celui qui le conseille au Département d'État - estime que des passeports américains peuvent être délivrés à des étrangers qui utilisent ce document pour entrer aux États-Unis. Cet avertissement invitant à bien se comporter relève bien sûr d'une incompréhension totale de la nature et de l'objectif du document qui n'est délivré qu'aux personnes déjà citoyennes américaines et qui l'utilisent pour rentrer aux États-Unis, où leur comportement ne devrait pas faire l'objet d'une mise en garde dans un passeport. Peut-être que Trump veut arrêter toute la population et que cet avertissement constitue un "motif raisonnable".
Enfin, on peut s'attendre à d'autres rebondissements, car Trump célébrera la fête du 4 juillet avec un jour d'avance lors d'une cérémonie commémorative au Mont Rushmore. On peut supposer qu'il fera l'annonce de l'ajout de son buste sculpté à ceux déjà exposés sur le monument.
Mais l'événement phare de la semaine dernière reste sans conteste l'entrée dans la phase de négociations du protocole d'accord (MOU), qui pourrait en réalité déboucher sur du positif s'il met fin à cette guerre catastrophique avec l'Iran déclenchée par Israël. Malheureusement, les massacres perpétrés par l'État juif au Moyen-Orient se poursuivent, tout comme les représailles tant de la part des États-Unis que des Iraniens, et les Israéliens se préparent très certainement à entraver et faire échouer toute initiative sérieuse en faveur d'un accord de paix. Les quatorze points qui constituent le protocole d'accord comportent également un certain nombre de lignes rouges, tant du côté américain qu'iranien, qui menacent de faire dérailler l'ensemble du processus. De nombreux observateurs aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient estiment que l'issue la plus probable de ce cessez-le-feu et de cette trêve sera une nouvelle guerre, une fois qu'Israël et les États-Unis se seront réorganisés et réarmés.
Examinons les points du protocole d'accord susceptibles d'être exploités par les détracteurs et qui poseront inévitablement problème : les négociations visent toutes à mettre fin à la guerre, mais une grande majorité des membres du Congrès et des grands médias américains contrôlés par les sionistes sont alignés sur les forces du lobby israélien, même si, la semaine dernière, une résolution appelant à la fin de la guerre a été adoptée au Congrès à une faible majorité. Tous ces événements montrent que l'enthousiasme tant pour mettre fin à la guerre que pour la poursuivre fait défaut, et des prétextes seront trouvés pour retarder, voire faire dérailler le processus. Dans la plupart des cas, ces législateurs souhaitent en réalité que la guerre se poursuive, conformément aux ordres visant à perturber les négociations émanant directement du Premier ministre Benjamin Netanyahu depuis Tel-Aviv. Les soi-disant "partisans de la priorité à Israël" ont choisi de se concentrer sur ce qu'ils considèrent comme des points particulièrement négatifs du document, notamment l'accord prévoyant la restitution à l'Iran des milliards de dollars de fonds "gelés" iraniens. Le point onze du protocole d'accord stipule que
"Les États-Unis d'Amérique s'engagent à rendre pleinement disponibles les fonds et avoirs gelés ou soumis à des restrictions de la République islamique d'Iran dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord. Les États-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran conviendront d'un commun accord des procédures relatives à la libération de ces fonds au cours des négociations"
De plus, certains affirment que l'Iran aurait délibérément continué à résister aux exigences américaines visant à démanteler son programme d'enrichissement d'uranium, ce qui n'est que partiellement vrai, dans la mesure où l'Iran insiste uniquement sur son droit de poursuivre l'enrichissement à des fins civiles. Des divergences subsistent également quant au type de processus d'inspection auquel l'Iran consentira. Le point huit du protocole d'accord stipule, et l'Iran souscrit à cette disposition, que
"la République islamique d'Iran réaffirme qu'elle ne se procurera ni ne mettra au point d'armes nucléaires".
La levée totale des sanctions américaines contre l'Iran suscite également la controverse parmi les responsables à Washington et, plus particulièrement en Israël, qui choisissent de considérer l'Iran comme une menace persistante et de le qualifier de soutien au terrorisme, contrairement à la réalité. C'est Israël qui constitue la principale source de terrorisme et d'instabilité politique au Moyen-Orient - et au-delà.
C'est pourquoi un point du protocole d'accord en particulier, le premier des quatorze, provoque une vive inquiétude au plus haut niveau des gouvernements concernés. Il exige
"[...] la cessation définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s'engage dès à présent à ne plus déclencher aucune guerre ni aucune opération militaire l'un contre l'autre, à s'abstenir de toute menace ou recours à la force l'un contre l'autre, et à garantir l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban".
Il est clair qu'Israël n'acceptera pas les dispositions concernant le Liban, et Netanyahu flanqué des individus de sa ligne dure l'ont clairement fait savoir. Les tentatives américaines du président Trump et du vice-président JD Vance pour freiner Israël ont échoué. La question est de savoir comment ils vont s'y prendre pour faire capoter le processus, et si cela inclura éventuellement des opérations sous faux drapeau attribuées à l'Iran mais menées par Israël pour tuer des soldats américains toujours stationnés dans des bases au Moyen-Orient.
Un autre point susceptible de poser problème est le point cinq, qui prévoit essentiellement la réouverture complète et immédiate du détroit d'Ormuz à la navigation commerciale. L'Iran a clairement indiqué son intention de superviser ce processus dans ses eaux territoriales qui s'étendent sur la moitié du détroit, l'autre moitié étant sous le contrôle d'Oman. Il a déjà annoncé l'instauration de droits de passage pour couvrir les frais administratifs, mesure rejetée par les États-Unis. On a déjà assisté à plusieurs échanges de tirs entre les deux camps au sujet du contrôle d'Ormuz, notamment des attaques de drones contre plusieurs navires commerciaux de pays tiers, des frappes américaines sur des sites de défense iraniens, ainsi que des frappes de représailles par drones contre Bahreïn et le Koweït, où stationnent d'importants effectifs militaires américains.
Le point six constitue une autre source potentielle de tensions. Il invite les États-Unis d'Amérique à
"[...] s'engager, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif et mutuellement convenu, doté d'au moins 300 milliards de dollars, pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d'Iran".
Le financement de la reconstruction de l'Iran est également un sujet particulièrement sensible pour le Congrès américain et les grands médias américains, qui présentent ce financement comme une "récompense" accordée à un État terroriste.
Au regard des violences récurrentes, de l'intention d'Israël et de ses alliés à Washington de saboter l'accord comme autant d'autres lignes rouges flagrantes dans le protocole d'accord en quatorze points qui pourraient faire capoter la négociation, mieux vaut être optimiste et vouloir croire que la reprise des pourparlers en Suisse, si elle a réellement lieu, pourrait aboutir à un accord de paix dans un délai d'environ 45 jours. En effet, de nombreux experts en politique étrangère prédisent que cette piste a peu de chances d'aboutir, mais souhaitons qu'ils se trompent. La fin d'une guerre inutile qui n'aurait jamais dû avoir lieu serait le dénouement souhaitable pour toutes les parties concernées, même si certaines questions doivent être réglées avec beaucoup de finesse pour éviter une rupture des négociations. Espérons que certaines parties mettront de côté leur arrogance et agiront réellement comme il se doit, pour le bien du monde et de ses populations aujourd'hui confrontées à un désastre économique et politique.
Philip Giraldi
Article original en anglais : Are There Really Iran-US Peace Talks ? Or Is It Buying Time for Another War? The Unz Review, le 28 juin 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
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Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national.. Son site web est councilforthenationalinterest.org, et son adresse électronique est email protected
Il est associé du CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation)
La source originale de cet article est The Unz Review
Copyright © Philip Giraldi, The Unz Review, 2026
Par Philip Giraldi
